Ne pas développer
Ne pas développer. Accueillir/libérer mais aussi ne pas retenir et alimenter la pensée qui passe.
Avec la liseuse,
me saute soudain aux yeux un inconvénient majeur pour quelqu’un qui lit cinq ou six livres en même temps et qui a à faire avec des dizaines simultanément. On ne voit pas le livre qui est dans la liseuse et on risque d’en oublier l’existence.
Notes d’un lecteur
Un lecteur du Flotoir regrette les « portraits de lecteur » et il me donne envie de réactiver cette rubrique. Il m’offre aussi cette très belle citation reprise « d’une vieille revue des années 76, intitulée Première Livraison et qui a donné par la suite la collection du même nom aux éditions Christian Bourgois sous la houlette de J.C. Bailly : "Un témoin de la lecture n'aurait rien à raconter, car à la lettre, il ne se passe rien. Pourtant, une voix inaudible ne cesse de bafouiller, fabuler, revenir en arrière ou répondre à côté. Comme dans le huis-clos familial où pendant des années rien n'arrive en apparence : les origines sont cachées, les histoires sont tues, les répliques étouffées". Gérard Macé in Bâtons brisés. »
Ce même lecteur me parle aussi de « cette figure introuvable qu'est tout lecteur. Dans la traversée en solitaire qu'est sa lecture, il reste foncièrement injoignable pour quiconque. Seul le livre qu’il a encore en main pourrait, en guise de "vade-mecum" attester de son existence qui est plus que compromise. »
Et ce lecteur…
Et ce lecteur, je le découvre peu de temps après, est l’écrivain Siegfried Plümper-Hüttenbrink. Je retrouve dans ma bibliothèque deux livres de lui, De la lecture (sur Walter Benjamin et Ludwig Wittgenstein) et En lettre recommandée.
Sur la lecture, je relève cela qui m’apaise, moi qui me reproche si souvent d’être injuste vis-à-vis de tant de livres qui sont là, qui m’attendent et que je ne peux ouvrir, faute de disponibilité suffisante : « Un livre n’a pas forcément besoin d’être lu dès qu’il veille, en attente d’être lu, sur votre table de chevet ou dans le poche de votre manteau. Lu ou pas, il est et reste un partenaire invisible, autant dire un fantôme, et qui, selon Hélène Cixous, reste en activité permanente. » (Cahier Agnès Rouzier, du CCP, p. 48)
Et cela alors même qu’il y a peu, dépassant ma « culpabilité » vis-à-vis de tous ces livres, qui me rend parfois intérieurement agressive à leur égard, j’ai choisi de les considérer comme des présences amies, en attente très précisément (je parle bien sûr des livres que j’ai choisi de garder, étant entendu que si je reçois plus de 700 livres par an, une toute petite partie d’entre eux, une centaine sans doute au grand maximum, me retient vraiment).
« Hier stehe ich, ich kann nicht anders »
Citations que je complète de celle-ci : « Je songe ici à cette figure exemplaire de Walter Benjamin, pour qui lire c’était aussi consulter, voire même ausculter ce silence archaïque qui gît à l’étouffée au fond des livres. L’acte de lire fut d’emblée à ses yeux l’enjeu même de sa pratique d’écriture. » (De la lecture, p. 15)
Comme si écrire un mot
Un peu plus loin je relève : « Comme si écrire un mot était d’abord lire avec lui ce qu’il nous donne à lire » qui me fait immédiatement songer à cela, publié dans les « Notes sur la création » de Poezibao : « Selon Claude-Royet Journoud et Jean Daive, Michel Couturier disposait, pour écrire (notamment L’ablatif absolu), d’une boîte en bois dans laquelle il rangeait des fiches bristol. Sur chacune d’elle, il avait écrit un mot, et ainsi retranscrit l’ensemble du lexique du livre en cours. À chaque mot étaient associés une définition et l’ensemble des acceptions possibles du terme. Michel Couturier veillait à ce qu’à chaque occurrence dans le livre corresponde un sens différent. Cette anecdote nous dit beaucoup, me semble-t-il, sur l’usage de la répétition chez Michel Couturier, dans cette ambivalence, du sens et du son, dont il produit ici une forme de théorie pratique, à travers la boîte. » source
Poétique, remarques
Je continue en pas à pas, tant c’est dense et riche pour la pensée, les « remarques » de Jacques Roubaud.
Trois remarques sur la poésie, 204, 214 et 215 :
204. Le vers est un "état agglutinant" de la langue.
214. Poésie : une pensée sans connaissance
215. Poésie : une pensée qui perd connaissance
Poésie : qui entre bien sûr en résonance avec le titre d’un des volumes du grand cycle en prose de Jacques Roubaud.
→ oui un précipité, une condensation, une concaténation, une opération inverse de la dilution de Hahnemann. Du peu, du très dilué vers la plus grande concentration, faite de beaucoup d’élimination.
Un bleu d’octobre
Livre de Françoise Ascal que je commence dans un gris d’avril. Beau livre, très attachant, des notes au fil des jours, elles commencent ici en 2002, font état du retour d’une maladie, de l’angoisse devant la mort, des jours qui passent, du jardin aimé, des moments suspendus : « J’écoute Lipatti interpréter Bach. Il faut se rapprocher des sources sûres. »
→ pour moi toujours la tension extrême, le déchirement même parfois entre les sources sûres, livres et musique et l’appétit fou, insatiable de la découverte.
On meurt par hasard plus que par volonté. Sur Pierre Boulez
Claude Minière m’écrit :
« Pierre Boulez s’est éloigné discrètement, on ne peut pas dire que "l’actualité culturelle" ait accordé une grande place à ses écrits, ses réflexions et études. On a présenté des "portraits" du chef d’orchestre, toujours de bonne volonté, pédagogue, clair et précis. C’est peu pour un chercheur passionné et inquiet, pour un acteur critique sans concessions…
Je me souviens qu’il nous avait aidés, Margaret Tunstill et moi, quand nous traduisions d’Ezra Pound Treatise on Harmony. Nous aurions pu commettre des erreurs dans la dénomination des valeurs de notes (blanches, noires, demi-croches, etc.) telles qu’elles sont nommées en Amérique ; il a tout vérifié soigneusement, puis nous avons parlé très librement de Pound. J’avais publié une Note de lecture de son ouvrage, Par volonté et par hasard (le titre est loin d’être anodin), dans la revue italienne Spirali. Assis dans un studio de l’IRCAM, il plaisantait gaiment. Je me rappelle de quelque chose de plus intrigant : je menais avec lui un entretien destiné à paraître dans la revue TXT. Des projets de création ? Il avait longuement décrit son souhait de composer un opéra dans lequel les interprètes porteraient tous des masques… Les voix seules seraient la volonté, sans représentation... Il avait horreur de la musique d’illustration.
Il s’est "effacé". Mon dieu, comme les choses s’effacent politiquement ! »
Claude Minière, correspondance privée, reproduit avec son autorisation
Écriture
Cette note de Siegfried Plümper-Hüttenbrink, dans le cadre d’une recension d’un ouvrage que je compte lire, Le Choix d’un poème, sous-titre, La poésie saisie par la musique.
« Sans doute qu’il y a à l’origine de l’écriture une "incision". Quelque chose comme la force frayante d’un trait ou d’un tracé qui inscrit plus qu’il n’écrit. Faisant de la lettre une entaille mémorielle. Lui conférant même un impact occulte dès qu’elle s’inscrit "en lettres de feu" (comme chez Hölderlin) ou disparaît subitement (comme avec le "e" chez Perec). Quant à l’acte lui-même d’inscrire, il se disait enscrire au XIIIe siècle, au sens d’indiquer une destination, de marquer un rappel ou d’évoquer un souvenir. Dante dira "noter" en écoutant, et en vue de "retenir la note dans l’acuïté" dira Anne-Marie Albiach dont la syntaxe annotative, câblée en morse, s’ouvre aux reliefs et reliquats d’un chant graphique » (source)
Portrait de lecteur
Il est assis sur le banc d’un square. C’est un homme âgé. ll porte un pantalon en velours côtelé marron, des mocassins impeccables malgré la poussière du square, un pull-over rouge qui dépasse légèrement de son blouson, bien fermé car sans doute il n’a pas très chaud. Il a plus de 70 ans et ses cheveux blancs dépassent d’un chapeau Borsalino noir. Il lit M, une enquête de Tabor Süden, de Friedrich Ani : « À la recherche d’un homme qui a mystérieusement disparu, le célèbre commissaire Tabor Süden nous entraîne dans le monde dangereux des groupuscules néo-nazis, dont la nostalgie pour le Troisième Reich demeure intacte. ». Il en est au tout début du livre, qu’il retourne pour lire la quatrième de couverture. Se demande-t-il dans quel monde il est tombé. Les néo-nazis parmi les petits enfants patineurs et cyclistes, les tulipes perroquets et les pavots, les merveilleux nuages.
J’apprends que l’auteur, très connu en Allemagne, a écrit le scénario de très nombreuses séries allemandes dont le célèbre Tatort.
Judith Schlanger & les réseaux invisibles
Très beau portrait de la philosophe Judith Schlanger dans Le Monde daté jeudi 28 avril 2016.
Elle dit cela par exemple : « Vous savez, je perçois la survie de manière de plus en plus pessimiste : ce qui subsiste n’a presque rien à voir avec le mérite. Il y a parfois des réhabilitations imprévues, mais n’attendez rien du jugement de l’histoire. En revanche, je crois profondément qu’il y a toujours plus de valeur que ce que nous savons ou percevons. La vie de l’esprit est loin de se réduire à de grands noms ou à de grands textes. Autour de nous, sans que nous le sachions, des gens réfléchissent ; des livres attendent leurs lecteurs, et ces derniers sont le plus souvent totalement imprévisibles. Je ne m’intéresse plus qu’à ces réseaux invisibles. »
Flotoir
Je me sens tout à fait en mesure de me débrouiller avec toutes les tâches, de plus en plus nombreuses, qui m’incombent, mais je ne dois en aucun cas négliger le Flotoir et sa mise en ligne. Il est le cœur de mon travail, son moteur, la source de toute mon énergie.
Joseph Joubert
Ayant peu de temps pour lire en ce moment, peu de temps pour tenir mes notes dans ce flotoir, autour des lectures et des écoutes, je me suis tournée vers ma petite Kindle, dans laquelle j’ai enregistré, il y a un moment déjà, cet auteur qui m’a toujours intéressée et attirée, Joseph Joubert. Et j’ai trouvé dans les pages feuilletées, de pures pépites.
Mais en cherchant s’il y avait une édition recommandée de ses écrits, je suis tombée sur ce bel article dans Fabula, dont tout le début synthétise des réflexions que j’ai souvent effleurées à propos de la notoriété littéraire, de la question de la communication chez les artistes, etc.
Voici le début de cet article d’Étienne Beaulieu (source)
S’effacer en douce : la discrétion de Joseph Joubert
« Nous sommes habitués à penser aujourd’hui le geste littéraire en fonction de sa rémunération symbolique et non plus seulement en regard d’une récompense en monnaie sonnante et trébuchante. L’époque oppose souvent même avec désinvolture l’un et l’autre dans une polémique éternelle entre les tenants d’une littérature « commerciale » et ceux qui voudraient que ne porte ce beau nom que la « véritable littérature », comme si la chose allait de soi. La sociologie de Bourdieu a réussi à imposer jusqu’à son lexique dans ce que l’on nomme maintenant, l’expression se changeant en réalité, « le champ littéraire ». Ce fameux champ (plus électromagnétique qu’agraire) inverserait la donne du champ économique en jouant l’étrange jeu du « qui perd gagne » faisant en sorte que, depuis le milieu du XIXe siècle (avec Flaubert, Baudelaire et Manet plus précisément), la marge serait devenue le centre de la valeur littéraire et artistique. Le centre de l’attention médiatique et populaire perdrait en conséquence toute valeur autre que de pure façade commerciale. Plus on a de reconnaissance du grand public, moins la valeur de l’œuvre serait grande, et inversement plus obscure se révèle l’œuvre et plus grande pourrait être sa valeur symbolique et sa chance d’être lue dans une norme ultérieure qu’elle aurait d’ailleurs contribué à mettre en forme. La réduction ainsi opérée touche directement l’idée d’un décalage entre la faveur du public à une époque donnée et une reconnaissance future et improbable que l’on appelait jadis « la postérité » ou « la fortune », sorte de ciel des élus qui n’ont pas rencontré ici-bas l’horizon d’attente d’un lectorat frivole et qui font avec Stendhal le pari très risqué d’être lu cent ans après leur mort. Mieux encore, cette théorie toute économique et symbolique de la littérature a rendu suspecte toute tentative de penser ce qui échappe au jeu d’un don fait à l’avenir, que l’on comprend maintenant comme un placement sur le contre-don de l’au-delà : après sa mort, un écrivain récupèrerait sa mise perdue par la défaveur de son vivant et il pourrait même toucher avant terme les dividendes de sa gloire post-mortem, un peu à la manière de Chateaubriand et de ses Mémoires d’outre-tombe qui récupère sa mise en avançant en âge et qui en conséquence augmente sa valeur en vieillissant et au fur et à mesure que croissent ses mémoires.
En examinant le cas étrange de Joseph Joubert (1754-1824), une autre avenue d’interprétation se dégage et montre de manière oblique en quoi cette théorie sociologique de la littérature échoue à comprendre le geste littéraire qui tente de s’effacer lui-même, dans un pur renoncement à toute forme de gloire fût-elle posthume, comme c’est le cas de cet écrivain sans écrit qu’est Joubert.(…) Lui dont les ratures se sont accumulées des décennies durant dans ce qu’il appelait ses « cahiers » et qui n’ont pas été conservés pour publication d’aucune façon, mais seulement par les soins posthumes de sa veuve et de son ami Chateaubriand, qui ont déterré littéralement les écrits qu’avait entassés Joubert dans ses malles avant de mourir »
→ j’apprends en parcourant cet article qu’une édition complète de ses cahiers est en cours de publication aux Classiques Garnier, sous la direction de Sabrina Giai-Duganera et Etienne Beaulieu, avec la collaboration de Pierre Aussudre, Jean-Luc Dauphin et Isabelle du Chayla et qu’on peut toujours se référer aux anthologies existantes et à la belle édition Beaunier publiée chez Gallimard en 1938 et réimprimée en 1994.
Quelques citations de Joseph Joubert
Relevé plusieurs belles citations de Joubert (lecture Kindle)
« Au lieu de me plaindre de ce que la rose a des épines, je me félicite de ce que l'épine est surmontée de roses et de ce que le buisson porte des fleurs. »
« Je suis, comme Montaigne, impropre au discours continu. »
« Vous allez à la vérité par la poésie, et j'arrive à la poésie par la vérité. »
« J'ai trop de cervelle pour ma tête ; elle ne peut pas jouer à l'aise dans son étui. »
« Ce n'est pas ma phrase que je polis, mais mon idée. Je m'arrête jusqu'à ce que la goutte de lumière dont j'ai besoin soit formée et tombe de ma plume. » Joseph Joubert, Pensées, essais, maximes et correspondance
Jacques Roubaud et Poétique
Il n’est pas question de tout transcrire de ce qui m’intéresse, dans le livre Poétique, Remarques de Jacques Roubaud, je serais noyée et le flotoir avec, malgré sa nature insubmersible ! Mais il me faut cocher, souligner pour repassages ultérieurs, tant le propos est incroyablement riche et dense. Il n’est pas daté, cela rend les choses quelque peu mystérieuses : comment s’est construite cette pensée, comment se sont accumulées ces 4755 remarques, où il est question principalement de poésie, de poétique, de nombres et de mathématiques, de mémoire, d’images…?
Ma théorie du repassage, pour faire pièce au tas considérable qui m’attend, fer en main cette fois !
Contraintes et productivité fictive.
Cette remarque, la 874, qui me semble si merveilleusement convenir à Georges Perec. : « La poétique formelle a, dans sa deuxième partie, le (les) programme(s) de composition, recours aux dispositifs fantasmagoriques (L’Oulipo ne s’en prive pas) ; si par ailleurs toutes les contraintes générales énoncées sont respectées (avec une rigueur tatillonne), on obtiendra une grande productivité fictive. »
→ mais il s’agit ici de récit. Quid de la poésie sous contraintes ?
Mon fil est dans le flux
Tentant de reprendre un peu la barre d’un flotoir longuement resté en rade, je me rends compte comme il m’est difficile de revenir sur mes pas, de remonter le courant. Il y a un effet de flux qui est très puissant et porteur sur le moment, comparable à un fleuve qui entraîne les matériaux dans son cours. Mais si je reviens plus tard, en quête de ce qui est resté sur les berges, il est très difficile pour moi de retrouver ce qui me semblait alors aller de soi, une forme de cohérence entre tous les éléments pris dans ce flux. L’effet flux diminue au fur et à mesure que passe le temps. L’impulsion encore très perceptible pendant un jour ou deux, perd de sa puissance et tout s’étiole dans une sorte d’enlisement. Très vite ce qui a été pris dans la nasse cesse de palpiter et s’éteint.
Il en va de même de tous mes projets. Si je les mets en œuvre alors qu’ils viennent de se former, je dispose d’une très forte énergie pour les propulser. Mais si je laisse cet élan originel se démagnétiser, l’effort pour reprendre les choses est considérable et souvent peu efficace.
Note de passage
Remplacer les pronoms tu, ou il, ou encore ils, par nous.
→ Et surprise de découvrir, quelques jours après avoir noté cette idée, donc sans aucune concertation possible, dans un sens ni dans l’autre, ces mots, dans le livre de Didier Cahen (voir ci-dessous) : « …délier silencieusement le je, le tu, le il. Irradiation du nous » (DC, 96)
Le peu des hommes
Beau livre en effet de Didier Cahen, à propos duquel Anne Malaprade me donne une note pour Poezibao. Le Peu des hommes. Pas un journal, plutôt des notes. La vie qui va, notée surtout pendant des périodes de vacances à l’ile de Ré, les tentatives d’écriture, le sentiment d’impuissance, une forme d’auto-dérision. Un Didier Cahen pour moi assez inattendu mais devenant plus proche, dans cette sorte d’humanité à nu qu’il donne à voir ici. Ne le dit-il pas lui-même : « … mieux partager mes doutes » (DC, 59)
Sur la lecture ? : « J’emmêle les sources, je prends la vie des autres. » (DC, 15) ou bien encore « J’entre toujours trop vite dans la gueule du non ». (DC,26)
Et cette remarque qui me parle tant : « Retour au monde. France Musique. France Culture ? Pas le même accompagnement. J’hésite. Des notes, de la parole, et mon écoute flottante ; j’aime entendre ce silence autrement cultivé. » (DC, 29)
« … en bas de l’échelle. La vie… continuelle… perpétuée… inachevée » (DC, 35)
→ je pense à Marie-Claire Bancquart, à son dernier livre, tout juste paru, Qui vient de loin, à cette lecture l’autre jour chez Tschann, à sa présence vaillante malgré tous les aléas de sa santé, au questionnement fin et subtil d’Olivier Philipponnat.
Siegfried Plümper-Hüttenbrink et la photographie
Je découvre le livre In absentia, sous-titre photographies, qui contient bien en effet de très curieuses photographies mais aussi une série de textes très puissants sur la photographie, sur la pratique de la photographie. Il me semble qu’un lien de compréhension particulier unit ceux, ils ne sont pas si nombreux, qui ont fait cette expérience, que je juge quasi ontologique, du développement des images en chambre noire, cette pratique fut-elle très modeste et limitée. Je ne cesse de repenser à ce saisissement de voir apparaître dans le bain de révélateur l’image jusqu’à présent strictement invisible, cette (al)chimie qui la fait surgir de cette eau qui semble sans mémoire. Et cela alors même que je n’ai plus mis les pieds au laboratoire photo depuis plus de trente ans sans doute. Et toujours j’associe, à tort ou à raison quant à la justesse de la réminiscence (mais cela importe si peu), cette expérience et le film Blow up où une vérité cachée finit par advenir, si je me souviens bien, par l’exploration de l’image. C’est exactement cela me semble-t-il que dit Siegfried Plümper-Hüttenbrink dans ces textes saisissants. Je viens au demeurant d’en donner un dans l’anthologie permanente.