Lumière
4 mars 2017, un samedi, 17h47, Paris, le ciel est de plomb jaunâtre (cela existe-t-il le plomb jaunâtre ?) infusé de lumière, bâtiments sculptés en blanc tranchant. Dans mon enfance les adultes employaient cette expression : « c’est un bain qui chauffe » !
Son
Hier, menée là par Hans Zender, Lachenmann, in-ouï au vrai sens du mot, non ouïes encore ces sonorités incroyables obtenues sur de vrais instruments, dans cet allegro sostenuto pour clarinette, violoncelle et piano.
Des oiseaux
Pensant au merle, je songe à mon presque voisin, Franck Venaille se plaignant de ne plus l’entendre chez lui ; à Claire d’Aurélie qui m’avait dit voir un nombre impressionnant d’espèces d’oiseaux de sa petite fenêtre de Montrouge. Je constate que dans l’univers urbain, il y a beaucoup de pies (dites voleuses) et de corbeaux qui sont peut-être des corneilles, au croassement si criard et d’apparence agressive. Où est le merle ? Quand son chant ? Bientôt à l’aube, solitaire, stupéfiant, comme il y a quelques années, ici même ?
Métaphores du contexte actuel : prédominance des pies et des corneilles, discrétion du merle. Et les pigeons, gavés et indifférents.
Un évènement de lumière
Très touchée par ce texte du compositeur Michel Chion, relevé sur son site : « Vous voyez cette image fixe ? Elle est extraite d'un plan du merveilleux film de Paradjanov Les Chevaux de feu, 1964. Ce qui se trouve derrière les marguerites filmées en contre-plongée, ce ne sont pas seulement deux enfants qui dansent ensemble, mais aussi, caché par la plus grande, le soleil. Un peu de vent fait que la fleur bouge sur sa tige, et que le soleil apparaît et disparaît. J'appelle cela un événement de lumière, et suis convaincu que c'est une des premières sensations prégnantes de la vie, lorsque le nouveau-né voit, c'est-à-dire, croit-on savoir maintenant, tout de suite, même si c'est encore confusément et sans couleurs. Il suffit d'ailleurs d'être cloué au lit quelque temps, par une maladie grave ou non, pour retrouver l'importance archaïque des événements de lumière ». (source)
Lorsque je relève des « lumières », ce sont bien à des évènements de lumière que j’ai affaire, souvent à quelque chose d’inattendu, de fugitif. Association ici avec ces images en accéléré, dans des documentaires, qui rendent sensibles les incessantes variations de la lumière auxquelles nous sommes devenus bien trop insensibles. Et il ne faut pas incriminer la vie moderne, sauf à certaines heures (soir et nuit). Les variations incessantes de la lumière sont parfaitement perceptibles en pleine ville et elles nous affectent sans doute bien plus que nous l’imaginons.
Un étonnement patient
Le livre de Hans Zender, Essais sur la musique, est remarquable. Voici par exemple des pages sur John Cage : « Cage ne pensait pas de manière dialectique mais au moyen des paradoxes de la philosophie zen ». (p.80). Zender pense d’ailleurs que « seule une bonne connaissance es écrits zen et des classiques chinois permet de réaliser, voire d’évaluer de manière critique, ce que Cage a vraiment fait ». Il mène toute une réflexion sur la modification complète du temps, dans la musique de Cage et il propose de considérer sa musique comme « un processus de dissipation » (au sens de la physique) du temps musical. Cage, écrit-il encore, fait partie des artistes qui « se sont attaqués aux habitudes figées de notre culture. » (p.83) Il suggère que « nous devons arriver à une ouverture sans limites de l’écoute et accueillir tout ce qui arrive avec un étonnement patient »
→ ne serait-ce pas un idéal de toute écoute de musique. Et ne devrait-on pas ici se poser la question de la différence entre une toute première écoute et les écoutes qui suivront. Il me semble qu’un mélomane devrait réécouter inlassablement, mais tout aussi inlassablement découvrir : nouvelles interprétations des mêmes œuvres, mais aussi œuvres nouvelles et singulièrement les œuvres contemporaines. Pour le bonheur que cela peut apporter mais aussi pour l’éclairage sur l’histoire de la musique et même au-delà, sur la conscience contemporaine. En filigrane, Zender évoque souvent cette capacité de la musique à signifier le temps en cours. Muzibao aimerait entraîner ses lecteurs sur ces chemins de découverte et d’écoute renouvelée.
Avec le projet d’extraire certains passages du livre de Hans Zender, à propos de tel ou tel musicien et de tenter de l’illustrer par une vidéo bien choisie.
Hubert Lucot, les pommes.
« La Correspondance de Mallarmé indique les dates de naissance des arbres fruitiers. Dans mon compotier, trois pommes appartiennent à trois arbres plantés par Mallarmé et par sa fille, on m’a autorisé à les ramasser sur l’herbe chargée de serein ; serum : « le soir ». (In Je vais, je vis, p.405)
→ et j’étais persuadée qu’il avait fait une allusion à Cézanne. Vérification faite, elle n’est pas là, en toutes lettres en tous cas.
« Tout souvenir est un rêve » écrit Hubert Lucot un peu plus loin (p.415). L’inverse est-il vrai ?
Sonne l’heure
Minuit, les douze coups, effets de foule, chevauchée, agitation.
Une heure du matin, un coup unique, grenade dégoupillée de la solitude.
De la méthode
La méthode d’Hubert Lucot, encore, distillée petit à petit, au fil des pages : « Le miracle attendu VINT, connexion (nœud, petit x, point de suture) de deux mouvements : le soleil brûlant avait perdu de sa force, un vent infime constituait un délicieux apport. Le miracle affectait mon être corporel et temporel. »
→ On a toujours l’impression que les déambulations de l’écrivain, dirigées vers quelques points nodaux, Suresnes, Vincennes, par exemple, ont pour but de susciter une disponibilité à tout un jeu de connexions à multiples niveaux temporels et culturels. Donc de plus en plus riches et fourmillantes au fur et à mesure que passe la vie, mais avec cependant une focalisation particulièrement marquée sur l’enfance et la jeunesse. Souvent autour de la figure centrale d’A-M, Anne-Marie, qui serait le catalyseur qui permet au processus de « prendre ».
→ Et l’on apprend d’Hubert Lucot, on peut suivre sa méthode, on peut se rendre attentif à ce spectre de réminiscences qui s’ouvre en nous, à notre insu le plus souvent, mais en fait constamment. Sur un évènement de lumière (Michel Chion), sur une qualité de l’air, sur un son (l’avion à hélices qui troue littéralement l’infini du ciel et le rend perceptible, à la limite du supportable).
Le bruit des instruments
Le livre de Hans Zender sera sûrement à l’origine de maintes explorations et découvertes, que je ferai peut-être partager aux lecteurs de Muzibao ! Ainsi par exemple d’Helmut Lachenmann.
Voici l’expérience. Je lis, le soir, quelques mots de Zender à propos de ce compositeur et notamment cela : « obtenir par filtrage du jeu instrumental des échelles entières de sons bruités, voilà la création la plus personnelle de Lachenmann, ce que lui-même appelle la "musique concrète instrumentale". Sans recourir à l’électronique (…) il a réussi à établir, au beau milieu du monde des sons nettement délimités et descriptibles en termes de paramètres, un second royaume absolument peuplé d’ombres sonores, de sonorités qui "sont" moins qu’elles ne naissent et s’évanouissent continuellement. (…) Lachenmann a non seulement élargi les techniques de jeu de presque tous les instruments habituels, il a également renouvelé "l’appareil esthétique" si souvent critiqué par lui, jusque dans ses formes de transmission ».(in Essais sur la musique, p.88)
→ j’ai alors ouvert Youtube sur ma tablette et je suis tombée d’emblée sur une musique qui m’a fait comprendre de quoi il était question, L’Allegro sostenuto pour clarinette, violoncelle et piano, dans l’interprétation de l’ensemble MDI. Avec la partition, très difficile à suivre, mais permettant de comprendre déjà certains aspects. On découvre tout un monde sonore nouveau, surtout avec le violoncelle et la clarinette. Le piano est peut-être trop « caractérisé » pour que cet effet soit aussi puissant ?
→ Ce que je trouve fascinant dans ce livre de Zender c’est qu’au travers de toutes les expériences qu’il relate, on se rend compte que la musique n’est pas arrivée, comme certains veulent le croire, dans un cul-de-sac, mais qu’elle se trouve au contraire devant des possibilités de renouvellement quasi infinies.
Force créatrice et intelligence formelle
« Chez Beethoven, la plus haute force créatrice, dont l’inspiration confine au miracle, va de pair avec une intelligence formelle d’égale puissance. » (p.91). Cette conjonction au fond si rare et qui est la condition sine qua non de la grande œuvre, celle de l’inspiration (mais oui, chers poètes) et la capacité à trouver la juste forme (mais elle seule n’est qu’une bogue vide).
Hans Zender ne se confine pas au domaine contemporain et l’un des petits essais qui composent ce livre porte sur la question du classicisme et du romantisme, avec des pages très éclairantes sur Schumann. Il note un « éloignement des grands formes construites pour aller vers le "moment" musical et opère un intéressant recoupement avec la prédilection pour le fragment d’un Friedrich Schlegel ou Novalis. « Schlegel définit ses fragments comme des "hérissons" – donc des formes qui se repoussent mutuellement, au lieu de former une chaîne. » (p.93)
Et toujours cette double polarité : les deux tendances fondamentales de toute sorte de musique : un mouvement qui tend vers la macroforme, la périphérie, et le mouvement complémentaire qui tend vers la plus petite unité, la condensation du moment. »
Enfants et laitues
Impossible de résister au plaisir de transcrire ce passage d’Hubert Lucot, un lundi 21 novembre à 16h30 :
« Dans la montée de la rue Lamarck, peu avant le Sacré-Cœur, une ligne d’enfants de 3 ans se présente, comme au matin sur le terreau un rang de laitues nées dans la nuit.
Miniaturisation. Mélange de nature et de culture haut de 90 cm, jambettes de Lascaux dans un jean adorable.
Planète heureuse, riche, saine.
Anoraks bleus, roses, vert pomme, étanches dans le froid hivernal.
Les bambins forment un front latéral devant la maternelle. Leur sagesse extrême s’oppose au désordre des parents, absents ce soir, quand ils viennent "récupérer leur progéniture". Attendent-ils un autocar ? qui les mènerait à Venise ? Nous, les voyageurs du Monmartrobus, nous nous sommes portés sur le côté du véhicule, béats : nous voyons des petits d’homme pour la première fois. » (p.456)
→ cette « description » me semble tellement emblématique de la manière de faire, de sentir, de décrire d’Hubert Lucot. Une incroyable sensibilité aux signes, un empan perceptif et sensitif hors du commun. Et il faut le dire, une incroyable capacité d’amour.
→ Cette scène rend le lecteur sensible aux scènes similaires, si récurrentes et si peu gratifiées de vraie attention. Ce matin même, sur le trottoir parisien, une cohorte moins colorée de bouts de chou, les interrogations sur les accompagnants, qui est professeur, qui est parent, qui est animateur ? Ou bien ces petits de 3 ou 4 ans, maintes fois, à Montréal, arrimés à une petite corde et tous habillés de gilets fluo vert, jaune ou orange.
Pourquoi ?
Un peu plus loin Hubert Lucot écrit : « Je vois un monde, son amplification, j’ai un regret : le livre en cours a simplifié une telle gestualité. »
→ pour quelles raisons H.L. écrit-il cela, seuls les fins connaisseurs de l’œuvre pourraient le dire. J’ai cru comprendre que certains avaient regretté l’orientation prise à partir de cette série de livre qui s’ouvre avec ce Je vais, je vis.
Sous le pont Mirabeau
« Sous le pont Mirabeau coule la Seine, dès les 17 ans je savais liés la poésie et l’amour, et aussi que nul – et donc moi pas – ne reproduirait Apollinaire et Stendhal, il fallait trouver de nouvelles formes, dans la nostalgie des anciennes, tristement perdues. » (p.463)
Tout moineau, toute goutte d’eau
« Je n’ai pas connu le plaisir du succès universitaire mais je suis resté un étudiant appliqué : tout moineau, toute goutte d’eau me posent un problème que j’ai appris à résoudre. » (p.484)
Scelsi
Zender toujours, très belles pages sur l’étrange compositeur Giacinto Scelsi (1905-1988), pages éclairantes et objectives alors qu’on raconte un peu n’importe quoi à propos de ce compositeur, qui n’écrivait pas lui-même ses partitions. Il improvisait dans des moments d’intense inspiration et demandait à un musicien de transcrire ce qu’il avait joué.
Zender émet en fait trois hypothèses à propos de Scelsi. 1. Il a réalisé d’une manière radicale un concept de "musique intuitive", 2. Sa musique se développe à l’intérieur d’unités temporelles plus larges que celles des musiques qui nous sont familières ; 3. Sa musique découle d’une conception archaïque de l’art.
→ il faudrait développer tous ces points !
Muzibao
Ce bonheur à travailler pour Muzibao. La sérendipité à son comble. Les rebonds inattendus, parfois à partir d’un tweet, d’une actualité qui m’entraîne sur une piste de découvertes en découvertes. Certaines, pas toutes, que je développe, enrichis, mets en réserve. Les ressources ? Une véritable caverne d’Ali Baba qui me fait souvent songer à ce qui pouvait ressembler à une disette à une époque où l’accès aux textes et aux musiques était bien plus mesuré, réservé qu’aujourd’hui. Un esprit curieux est animé d’une sorte de réflexe conditionné : chercher ! Or autrefois, chercher, c’était compliqué. Il fallait interroger, ouvrir des dictionnaires et des encyclopédies, à condition d’avoir les bons sous la main, aller en bibliothèque, emprunter des livres, des disques, en acheter. Chercher a été fondamentalement modifié par le bien nommé moteur de recherche. Presque toute question de connaissance qui se pose peut trouver une réponse, ou plus exactement un commencement de réponse via Internet.
Je pense que le bagage accumulé pendant 50 ans d’écoute intensive, de passion musicale me permet de trouver, choisir, élaborer mes découvertes (œuvres, musiciens, interprètes, musicologues) pour ensuite les partager avec les lecteurs de Muzibao.
Le texte rare
Délice du texte rare. Vincent Pélissier, l’éditeur de Fario, monte une collection assez exceptionnelle, un ensemble de 17 livrets, rassemblés chaque saison en un coffret de 4. Voici ce qu’on peut lire sur le site de l’éditeur : « Collection consacrée exclusivement au domaine poétique français, et par là unique en son genre dans le panorama éditorial actuel, Les Impardonnables (Cristina Campo nomme ainsi les poètes) se déclinera en quatre quatuors saisonniers, soit 16 recueils annuels, chaque recueil au format de poche, sous étui, complétés par un dix-septième volume joint à la quatrième saison et offrant à l’ensemble un appareil critique accompagné, en écho à ces voix vives du passé, par les contributions de plusieurs auteurs contemporains et d’un artiste. L’ensemble sera rassemblé au terme de chaque année dans un coffret. Les œuvres seront données en "réédition originale", à savoir : séparément, sans voisiner avec aucune autre du même auteur, sans commentaire ni illustration. »
J’ai reçu le premier ensemble et j’ai lu, avec délectation, Conversation à l’intérieur d’une limousine, de Léon-Paul Fargue et Valery Larbaud, texte qui tourne autour de leur connaissance commune, qui manifestement les fascine, Henry J.-M. Levet.
A.M.
A.M. est morte hier soir : je ne peux l’écrire autrement. A.M c’est l’épouse d’Hubert Lucot (morte en août 2012) dont le livre, Je vais je vis, m’accompagne depuis un long moment. Le livre m’accompagne et j’ai le sentiment d’accompagner H.L.-A.M. C’est impressionnant de voir comment le livre de quelqu’un qui vous est inconnu (je regrette tellement de ne pas avoir rencontré Hubert Lucot !) peut vous donner le sentiment d’appartenir à son histoire et à sa vie. J’ai eu ce même sentiment en lisant Bernard Chambaz et en partie Jacques Roubaud. On est loin de la prétendue auto-fiction il me semble. Et cette qualité de partage d’une intimité, qui dans les trois cas cités, n’a rien d’impudique, ne choque jamais, est-elle uniquement extra-littéraire ou procède-t-elle du littéraire, c’est une question que je ne sais pas résoudre.
Hubert Lucot ne cache rien des dernières semaines d’A.M. Les pages où il décrit par le menu ses interventions nocturnes épuisantes auprès d’elle, qui a tout sali dans son lit, sont d’une crudité totale et en même temps jamais « sales », jamais choquantes. C’est la vérité humaine, dite sans aucune complaisance. Ce qu’est la maladie. Ce qu’aura été cette fin de vie, la fin d’un parcours commun de 54 ans, qui semble avoir été à la fois éblouissant et terriblement difficile. C’est bouleversant, comme une sorte d’équivalent littéraire d’une descente de croix à la Grünewald.
Très étrange sensation aussi, compte tenu de tout cela, que celle procurée par ma lecture à rebours dans la chronologie. Je découvre ainsi la nature de l’accident d’Hubert Lucot, évoqué dans les deux opus suivants, Sonatines de Deuil et La Conscience, une violente agression, avec coup de poing dans le visage et fracture d’un os du coude, subie la veille de la mort de sa femme, après une dispute avec un automobiliste.
Lachenmann
Encore de très belles pages de Hans Zender sur Helmut Lachenmann ! « Lachenmann a réagi à l’usure et à l’abrasion de la composition des hauteurs dans l’avant-garde classique – représentée presque symboliquement par l’écriture des clusters chez György Ligeti – avec sa "musique concrète instrumentale. ». En nous rendant conscients des timbres bruités au sein de notre instrumentarium raffiné, en le poussant plus loin et en le manipulant de manière très raffinée, il a découvert de nouvelles dimensions du son, qu’il traite de manière structurelle. »
→ Ces possibilités, on les pressent dès les quatuors de Bartók ou de Chostakovitch avec ces sonorités spectrales, inouïes, que l’un ou l’autre tirent déjà du violoncelle, sons bruités sur la caisse, sur la corde, avec les cordes, etc.
Zender poursuit en disant que les compositions de Lachenmann « offre à la perception de l’oreille une pâture riche et merveilleusement préparée » et qu’il accomplit un « salto mortale allant "des hauteurs vers le bruit" » en une véritable « revalorisation esthétique du bruit. »
→ ces remarques s’inscrivent dans mes expériences en cours, d’une plus grande attention à tous les bruits, avec toujours en tête la remarque de John Cage, si un bruit te déplait, écoute-le. Le monde moderne fourmille (euphémisme) de sons inouïs, incroyables, que l’on peut isoler un temps : bruits de moteurs, de machines, superpositions inédites de bruits (nature et culture, vent dans les arbres et marteau piqueur !). C’est aussi un champ d’expérimentation et de recherche pour la musique, au-delà même de celle que l’on a appelé "musique concrète", celle d’un Pierre Henry par exemple. Zender insiste sur maintes dimensions d’ouverture et à ce titre déjà, son livre est important.
Par ailleurs n’y a-t-il pas eu aussi chez certains poètes un « salto mortale », allant du sens vers le son seul.
Processus cérébral ou sensation purement sensuelle
Belle remarque aussi sur la nécessité pour le compositeur contemporain (pour le poète contemporain aussi ?) de faire en sorte que sa musique ne devienne « ni un processus cérébral abstrait ni une sensation d’ordre purement sensuel. » (p.128)
Hubert Lucot
J’ai terminé hier soir Je vais je vis. Sentiment de deuil. Je vais attendre maintenant la parution du dernier livre d’Hubert Lucot, A mon tour.
Retournant le livre, je lis ces deux mots « sensation brève et sentiment long ». Et dans la vidéo consacrée au livre, sur le site de l’éditeur P.O.L., je renforce cela avec : « hybrider l’instant bref et la durée très longue ».