Le grand violoncelliste et chef d’orchestre autrichien Heinrich Schiff, né en 1950, vient de mourir à l’âge de 65 ans à Vienne.
Il avait travaillé notamment avec André Navarra, dont le label Fondamenta vient de publier un magnifique coffret d’enregistrements remastérisés. Il se produisait aussi comme chef d’orchestre depuis 1990. Depuis 2012 il avait dû abandonner sa carrière de soliste en raison de graves problèmes de santé.
Il s’était attaché à servir la musique contemporaine et de nombreux musiciens avaient écrit pour lui : Hans Werner Henze, Wolfgang Rihm oder Friedrich Gulda. Il a notamment joué le très étonnant concerto pour violoncelle et orchestre de cuivre de Friedrich Gulda Il était aussi un professeur très estimé. Il comptait notamment Gautier Capuçon parmi ses élèves.
Dmitri Shostakovich Cello Concerto No. 1 in E-flat major, Opus 107, Heinrich Schiff – Violoncello, Esa- Pekka Salonen- Conductor, Swedish Radio Symphony Orchestra
Note d’écoute du concerto pour violoncelle n°1 de Dimitri Chostakovitch par Henrich Schiff
Le premier mouvement s’ouvre sur un thème de 4 notes, DSCH, dérivé du monogramme musical de Dimitri Schostakovich (plusieurs orthographes de son nom existent, Chostakovitch en français, Shostakovitch dans le domaine anglo saxon). Explications (en anglais) ici. DSCH en effet, en notation anglaise ou allemande où les notes sont représentées par des lettres, se traduit par ré mib do si. Bach a souvent utilisé le motif de son nom, qui se traduisait par si b la do si bécarre
Muzibao recommande particulièrement le mouvement lent de ce très beau concerto (composé pendant l’été 1959) à partir de 6’34. Il s’ouvre par un grand thème élégiaque. On remarque la très belle mélodie au violoncelle à 7’32, le jeu intense et intérieur du soliste à 11’53, le motif semi dansant et très bouleversant (13’41), le jeu dans l’extrême aigu, volontairement grinçant à 16’39 puis le quasi duo violoncelle et célesta, comme un dialogue de spectres (de nouveau vers 16’58) et le très beau mouvement de l’archet à 18'39, juste avec le pizz final des violons, 19’05. La cadenza qui occupe tout le troisième mouvement est une intense pièce jouée en solo. Voir par exemple à 21’16 le mélange du jeu à l’archet et du jeu pizzicatto et la très belle image à 22’ du chef, dans l’écoute intense du soliste. Une partie très virtuose conclut ce mouvement soliste.
Une interview d’Heinrich Schiff pour la BBC (en anglais)
Et bien sûr, une des suites pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach. Muzibao recommande particulièrement la Sarabande à 9’3