France Musique a lancé le 16 décembre sept webradios dédiées bien sûr à la musique, classique, jazz, musiques du monde et contemporaine.
Muzibao s’intéresse ici particulièrement à la webradio « La Contemporaine » avec un compte-rendu d’écoute et un entretien avec un de ses programmateurs, Olivier Le Borgne.
Au sujet de ce lancement, on peut lire cet article du journal Le Monde.
On peut aussi lire cette présentation des webradios sur le site de France Musique.
1. Note d’écoute
○ Mode d’emploi : il faut se rendre sur le site de France Musique, puis cliquer en haut à droite, sur « Webradios », et ensuite cliquer sur la webradio de son choix. Les webradios ne sont pas encore accessibles sur les applications France Musique pour smartphones ou tablettes, mais le seront dans le courant de 2017.
En bas de l’écran, sur un bandeau, l’œuvre en cours, le chronométrage et en cliquant sur « toutes les œuvres », on retrouve toutes les indications sur l’enregistrement diffusé et ceux qui l’ont précédé. Il y a encore parfois quelques bugs, mais dans l’ensemble tout cela fonctionne très bien.
○ Muzibao a procédé à de très nombreuses heures d’écoute de la webradio « La Contemporaine ». L’expérience est très intéressante et enrichissante. Il est impossible de citer tous les compositeurs entendus, mais en voici quelques-uns, Berio, Reich, Crumb, Kagel, Ligeti, Tansman, Lutoslawski, Rautavaara, Parmegiani, Ferrari, Denis Dufour, Risset, Eötvös, Hilborg, Pintscher.
L’écoute donne une vraie impression de découverte, il y a manifestement un travail subtil de programmation et il peut arriver que des raretés soient proposées comme Violostries de Bernard Parmegiani, pratiquement introuvable en disque et notamment dans la version diffusée, avec le violoniste Devy Erlih. Un commentaire verbal est incrusté périodiquement et donne une impression de présence humaine, rare sur une webradio.
Selon Muzibao, cette webradio peut permettre à un auditeur curieux de s’initier à la musique contemporaine (depuis 1945) et de développer sans doute petit à petit une vraie culture à son sujet. On sait que l’accès à la musique contemporaine est toujours difficile, même si de nos jours le streaming et désormais une webradio comme « La Contemporaine » permettent de s’y initier dans de bonnes conditions.
2. Entretien avec Olivier Le Borgne
Olivier le Borgne est un des programmateurs des webradios de France Musique. Il a bien voulu répondre aux questions de Muzibao.
Muzibao : Lors du lancement des webradios, il a été précisé qu’il ne s’agissait pas de robinets à musiques…. Quelles idées régissent la programmation ? Et qui en est en charge ? Comment les programmateurs travaillent-ils, concrètement ?
Olivier Le Borgne : Chacun des trois programmateurs (Robert Rudolf, Benjamin Hertz et Olivier Le Borgne) est en charge de la programmation, par blocs de trois heures. C’est la première idée : la programmation est effectuée par des humains, et jamais par un quelconque algorithme ou autre robot, il est important de le préciser. Les moteurs qui nous meuvent sont la passion, les connaissances personnelles, la curiosité sans cesse en éveil, le désir de faire partager l’amour de la musique contemporaine au plus grand nombre, en nous donnant pour principe de casser les idées reçues, et en prouvant par la programmation elle-même que les musiques contemporaines offrent un terrain extraordinaire à l’imaginaire, au jeu, à la sensualité. Il va sans dire que nous prenons grand plaisir à découvrir ou redécouvrir des univers, des compositeurs ou des œuvres méconnues, comme nous en prenons évidemment à faire découvrir ce que nous connaissons plutôt bien. Le fait de programmer thématiquement est extrêmement enrichissant pour chacun de nous trois.
M : comment est conçue la grille horaire et quotidienne du programme ? Y a-t-il des séquences de base, des modules, qui se répètent, se combinent et selon quel schéma dans une journée ? À quelle périodicité se renouvelle le programme et comment doit faire l’auditeur pour ne pas retomber toujours sur les mêmes œuvres, pendant une période donnée ?
OLB : La grille de programmation se présente sous forme d’une boucle de 21 heures (7 blocs de 3 heures qui s’enchaînent) allant de minuit, dans la nuit du dimanche au lundi, à 21h le lundi. Ensuite cette boucle de 21 heures se décline 7 fois jusqu’au dimanche suivant minuit. À minuit, apparaît un nouveau bloc de programmation de 3 heures qui vient enrichir la boucle. Cette dernière devant, pour les raisons liées aux déclinaisons, conserver sa durée de 21 heures, l’effet immédiat de l’apparition de ce nouveau bloc sera de faire « disparaître » de la boucle le dernier module (celui qui allait de 18h à 21h précédemment). Nous procédons exactement de la même manière pour chacune des autres webradios. Notre objectif est qu’arrivés à un certain terme (dans 5 ou 6 mois par exemple), nous puissions stopper ce système de boucles et en plus du rafraîchissement effectué par les nouvelles programmations, rediffuser des modules datant de plusieurs mois auparavant. La grille sera alors plus riche, moins automatique.
Pour le dire autrement, dans le cadre du système actuel, quand l’auditeur écoute une œuvre à 19h le lundi, il pourra retrouver celle-ci à 16h le mardi, 13h le mercredi, 10h le jeudi, 7h le vendredi… et ainsi de suite. La boucle de 21 heures permettant cette dérive de 3 heures. Ce système peut convenir parfaitement à un auditeur qui a un créneau d’écoute identique chaque jour de la semaine. Il peut également convenir au « randomeur » qui en retrouvant les mêmes programmations, peut enrichir sa connaissance d’une même œuvre.
M : les courtes introductions sont-elles une des spécificités des webradios de France Musique et comment travaillez-vous cette spécificité ?
OLB : Oui, les courtes introductions vocales, éditorialisées et réalisées par les programmateurs eux-mêmes au micro, sont une des spécificités des webradios de France Musique (plus précisément pour La Contemporaine, Ocora-Monde et Les Concerts Radio France, les autres webradios ne proposant pas de présentations vocales). Nous sommes toujours à la recherche du micro juste : pas trop long, bien rythmé, ne paraphrasant pas nécessairement les métadonnées que l’internaute trouvera sur le site, mais en donnant à l’auditeur des informations ou des anecdotes sur les œuvres diffusées, les compositeurs ou les interprètes. Des informations qui peuvent aider dans la progression de l’écoute, qui peuvent même rythmer celle-ci. C’est une gageure particulièrement motivante dans cette belle aventure !
M : à terme pourra-t-on réécouter des « tranches de la webradio », ou les œuvres programmées, un peu comme des playlists ? Et y a-t-il ou y aura-t-il un moyen d’avoir accès au programme à l’avance ?
OLB : Non, on ne pourra pas à terme réécouter des tranches de webradios, de même que les œuvres programmées. Quant au fait d’avoir accès au programme à l’avance, ce n’est pas à l’ordre du jour, mais ce n’est pas non plus impossible de le souhaiter, de l’imaginer. Ceci étant, le fait de ne pas connaître la programmation à l’avance possède ses vertus : celle de la surprise, celle d’apprendre à ne pas tout contrôler et se laisser surprendre…
M : Pour l’écoute sur tablette ou smartphone, il semble qu’il faille passer par le site de France Musique ? Via un navigateur… quand est-ce que les webradios seront intégrées à l’appli France Musique ?
OLB : Les webradios seront intégrées à l’appli France Musique (qui sera renouvelée) dans le courant du premier semestre 2017, à priori.
NDLR, à titre d’exemples, le temps de la préparation de cet article ont été diffusées des œuvres de Steve Reich, Jean-Claude Risset et Henri Dutilleux.