Une production du label NoMadMusic, toujours inventif et novateur : « So French » réunit Stéphanie-Marie Degand et Christie Julien dans un programme violon et piano qui va de Saint-Saëns, Franck, Ysaÿe à Massenet et Ravel.
Un programme donc très pensé et construit, donné dans un ordre quasi chronologique et qui permet de mettre en évidence les continuités et les évolutions. Et qui a pour but aussi, tout à fait avoué, de faire partager un moment de bonheur : « lorsque nous avons conçu ce programme, nous étions clairement dans un projet hédoniste : jouissance instrumentale, célébration de notre appartenance à ce répertoire, et bonheur d’une vraie liberté d’un discours commun (…) avec un désir d’une conduite dramatique se dégageant avec évidence ».
C’est plutôt réussi, en ce sens que l’on pourrait croire assister à un concert privé et non pas à un empilement d’œuvres plus ou moins justement rapprochées. Il y a une vraie construction du discours musical, autour des rapports qu’ont pu entretenir les musiciens et de leurs admirations et/ou influences réciproques. Avec, au cœur du disque, une belle interprétation de la magnifique Sonate en la majeur de César Franck. Stéphanie-Marie Degand qui signe le texte du livret propose même une comparaison avec le monde littéraire, parlant d’une « parole poétique qui mènerait de Victor Hugo à Stéphane Mallarmé, en passant par Anatole France et Marcel Proust ».
Les pièces sont abordées avec brio, les moments de virtuosité assumés avec une vraie fougue très entraînante, l’élan et le rythme sont tenus de bout en bout mais les deux musiciennes savent aussi ménager des climats de méditation (voir le début de la Sonate de Franck dans l’extrait proposé ci-dessous).
Stéphanie-Marie Degand est une musicienne aux facettes multiples. elle a d’abord beaucoup travaillé dans l’univers baroque, notamment avec Le Concert d’Astrée dont elle fut co-fondatrice, avec Emmanuelle Haïm. Elle se produit aussi beaucoup en musique de chambre et se destine désormais également à la direction d’orchestre après avoir, souvent, dirigé depuis son violon.
Christie Julien est sans doute plus connue aux États-Unis où elle fait une très belle carrière qu’en France. Elle fut l’élève notamment de Dominique Merlet, Pierre-Laurent Aimard et Alain Planès et elle a travaillé plusieurs années aux États-Unis avec Léon Fleisher. Parmi ses partenaires de musique de chambre, on peut aussi citer Emmanuelle Bertrand ou Dimitri Maslennikov.
→ Ressources
○ Une vidéo de NoMadMusic sur ce disque :
Lien de la vidéo, durée 6’11 (premier mouvement de la sonate de Franck)
○ On peut aussi écouter Tzigane de Ravel, en 2015 par les deux interprètes. Lien de la vidéo, durée10’21.
○ Et sur toutes les rencontres et filiations précisément, d’Emmanuelle Haïm à Christophe Coin, en passant par l’archetier Jean-Yves Tanguy, un bref entretien avec la violoniste : sur cette vidéo, à 0’26
« So French », Camille Saint-Saëns (1835-1921), Introduction et Rondo Capriccioso ; César Franck (1822-1890), Sonate pour violon et piano en la majeur ; Eugène Ysaÿe (1858-1931), Caprice d'après l'étude en forme de valse de Camille Saint-Saëns ; Jules Massenet (1842-1912), Méditation de Thaïs ; Maurice Ravel (1875-1937), Tzigane. Stéphanie-Marie Degand (violon) et Christie Julien (piano). Enregistré en avril 2016 à l’Auditorium du Conservatoire de Gennevilliers. NMM035.