Les Noces de Figaro au Théâtre des Champs-Élysées : rencontre avec le public (22 novembre 2019)
Un cinéaste (consacré) pour mettre en scène Les Noces ? Oui, mais pas n’importe quel cinéaste. L’amour et la compréhension de la musique sont « constitutifs du langage cinématographique de James Gray », ainsi que l’a rappelé Jérémie Rhorer lors de cette rencontre de deux heures avec un public venu nombreux. Un exemple ? Le cinéaste a confié, lors de répétitions, à Jérémie Rhorer avoir été meurtri par les coupures au montage – il n’avait pas le final cut – d’Ad Astra : il tenait à mettre un extrait de Parsifal dans la grande scène finale père / fils…
Reste que le travail avec les chanteurs n’a pas été simple, de prime abord. « Les chanteurs sont pétris de conventions ; ils sont là pour contractuellement obéir au chef d’orchestre et au metteur en scène, disant la plupart du temps que l’un affirme le contraire de l’autre », assène le chef d’orchestre.
Et James Gray de nuancer : Tout le propos d’un opéra, c’est de tendre la main en disant à tous que nous sommes là, ensemble. L’art, c’est le lien entre nous tous. J’ai commencé à poser des questions aux chanteurs : de quoi s’agit-il ? J’avais toujours la mauvaise réponse : étaient décrites les actions. D’accord, mais qu’est-ce que vous sentez ici ? Je ne veux pas que vous pensiez que vous jouez un rôle. Non, c’est vous qui êtes là. Je veux que vous vous montriez. Quelle est l’émotion incorporée dans ce moment ? Le langage du corps, alors, devenait plus lisible. J’ai dû oublier complètement le cinéma, quand j’ai commencé à travailler sur Les Noces : à l’opéra, il n’y a pas de gros plan ; il faut trouver une autre manière de travailler l’intime. Comment exprimer quelque chose d’à la fois très large et très subtil ? Par exemple, nous avons créé des espaces de monologue, via la lumière… Est-ce que ça fonctionne ? Je voulais que tout soit parfaitement lisible, parfaitement clair. Pour que l’ambiguïté puisse apparaître. Oui, c’est cela. Vous devez travailler consciemment et visuellement sur ce qui fonctionnera chez les spectateurs – vous l’espérez – inconsciemment. C’est très difficile à faire.
Pari tenu ? Rendez-vous à partir du mardi 26 novembre au Théâtre des Champs-Élysées !
Matthieu Gosztola