La sonate de piano de Schubert en si bémol majeur (D. 960). Dans le premier mouvement, cette façon de passer d’étage en étage dans l’espace créé par les sons, ce cheminement, cet autre « voyage d’hiver » vers quelle jeune fille entrevue, jamais rejointe ... Ces arrêts, ces attentes, ces élans. On pourrait aussi voir là comme un dessin de collines en mouvement, ailleurs de montagnes et de cols – mais aussi la maison, la chambre rêvées. Il y a surtout ces inflexions qui sont comme des infléchissements de l’espace intérieur, presque incompréhensiblement exaltants et poignants à la fois. Ce qui me renvoie une fois encore au fameux passage du Principe de la poésie de Poe, cité par Baudelaire, où l’auteur avance que l’émotion particulière suscitée par le poème, joie et tristesse mêlées, tiendrait au fait que celui-ci nous rappelle à la fois que quelque chose comme le Paradis existe et que nous en avons été chassés. Ce qui ne fait que reculer l’explication.
Philippe Jaccottet, La Seconde semaison, Paris, Gallimard, 1996, p. 63.
Photo : © André Hirt, le 31 décembre 2016.
À Truinas, le village d’André du Bouchet, près de Dieulefit (Drôme provençale), pas si loin que cela de chez Philippe Jaccottet, à Grignan.