« On m’a bien dit que j’étais né »
ainsi s’ouvre, en fanfare, ce texte qui s’il prétend conter
une vie ordinaire a quant à lui quelque chose d’extra ordinaire. Ce roman-poème
qu’on s’en veut de découvrir si tard, passé déjà le mitan de la vie (et qui
sait peut-être beaucoup plus…). Car quelle leçon ! Leçon de vie, leçon d’écriture,
leçon de poésie et des plus magistrales. D’un seul jet, tendu comme un arc du
premier au dernier octosyllabe, le récit d’une vie d’homme, présentée comme dérisoire, sans
histoires : bref une "vie ordinaire" habitée non sans étonnement par le « taciturne
goût de vivre », le récit d’une vie qui vous happe et ne vous lâche plus
jusqu’à son terme. Il déroule donc le fil de son existence ce « Georges
Machin/qui pendant sa vie ne fut rien ». Naissance, enfance, parents,
vacances, école, peu de mots mais décochés, des formules lapidaires qui n’en
finissent pas de ricocher dans la conscience « ma mère me disait
toujours/toi tu n’arriveras à rien/Elle avait raison quoique tort/Comme c’est
si souvent le cas/J’y suis arrivé à ce rien » ; évocation du métier d’acteur
« mais quel ennui dès que sur scène/il fallait aller débiter/texte qui m’était
étranger/loin de mémoire naturelle » ; amours, quelques grandes
figures ramenées à juste proportion (Valéry, Isou, Pichette…). Et la vie
continue, et les octosyllabes se suivent sans faiblir « j’avance en âge
mais vraiment/je recule en toute autre chose ». « Georges Machin »
ne se prend pas au sérieux, ne prend rien ni personne au sérieux, se moque de
ses confrères écrivains avides d’honneurs et ses formules bien affûtées font
mouche à tout coup.
Roman-poème d’une vie, d’une vie ordinaire, d’une vie
banale mais « la photographie dépend/bien plus de celui qui la prend/que
de celui qui pose » : en fait ici les deux sont confondus, d’où un
jeu de dédoublement. Si c’était une autopsie, Perros serait à la fois le
médecin-légiste et le cadavre. Son amertume, son scepticisme n’ont d’égal que
son humour. Sans illusions sur lui-même ou sur les hommes ou le monde, il nous
remet les yeux en face des trous, orbites vides de la Vanité.
Une biographie détaillée pour accompagner la lecture


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