France
Culture, ce lundi soir 31 janvier 2005 à 22h30, dans l’émission Surpris par la nuit, La
nuit la poésie
Les poètes et
l’histoire
(de la poésie).
Susan Howe, Habib
Tengour, Serge Essénine
Aristote déjà, dans sa
Poétique, opposait le poète à l’historien. Plus près de nous, Charles Olson
disait qu’il était difficile d’être à la fois historien et poète. Lorsqu’on est
poète et qu’on ne peut se satisfaire du récit des vainqueurs, comment – dans
les mots de Walter Benjamin – arracher la tradition au conformisme ? Comment
s’emparer du souvenir à l’instant du danger ? Sans vouloir traiter la question
dans sa généralité, nous écouterons deux poètes d’aujourd’hui qui entretiennent
dans leur travail de création un rapport singulier à l’histoire.
Rapport biographique
d’abord, qui se révèle d’emblée ancré géographiquement, même si c’est une
inscription mouvante entre deux pôles : l’Irlande et l’Amérique pour Susan
Howe, l’Algérie et la France pour Habib
Tengour. Rapport politique aussi bien, par lequel ils élaborent une
contre-écriture qui inscrit ses formes novatrices dans les trous laissés béants
par l’histoire officielle. Dans ses livres de poésie comme dans ses
essais-poèmes, Susan Howe redonne vie à des voix perdues, oubliées, écrasées –
qui sont souvent des voix féminines. Dans ses récits-poèmes, Habib Tengour se
jouant de la temporalité déjoue la censure, à travers des télescopages spatiaux
et la mise en scène de rencontres fictives entre des personnages marginaux du
passé.
C’est à l’un de ces
personnages que sera consacrée la troisième partie de l’émission : Serguei Essénine
(1895-1925), fulgurante figure juvénile, qui à 20 embrassa la révolution russe
pour s’en éloigner aussitôt. Au-delà de sa vie mouvementée, c’est l’onde de
choc qui a traversé de fond en comble sa poésie qui fait peut-être de lui,
paradoxalement, le poète le plus emblématique de cette révolution à laquelle il
répétait ne rien comprendre. Nous l’évoquerons en compagnie de sa traductrice,
Christiane Pighetti.
(communiqué
de France Culture)
Rédigé par : ELIZONDO | dimanche 24 décembre 2006 à 16h55