En hommage à ce très grand poète italien qui vient de mourir
à Florence, ce lundi 28 février, à l’âge de 90 ans.
Et maintenant, vers quelles latitudes inimaginables
son pèlerinage l’a-t-il entraîné ?
A ses côtés s’ouvrent
des paradis d’air et de lumière
s’affolent, chauve-souris
dans un labyrinthe de splendeur,
sa vue et sa mémoire,
se défont pour lui
durant sa chute
dans ce précipice
les contours : et pourtant c’est bien lui, un bref
instant
Il se reconnaît et se confirme.
Il le sait, c’était arrivé mille fois,
ces plongées vertigineuses et ces remontées à la surface
dans le temps et dans l’identité.
Mais à présent le changement lui-même change
plus durement
grincent en s’ouvrant les grilles,
plus résolu est l’aboiement des chiens,
plus fort le contraste
entre les idiomes du langage
brisé des humains
et celui, universel et indivis, des oiseaux,
ou le vent, ou le chant des dauphins
aux quatre coins de la planète.
(…)
Mario Luzi, A l’image de l’homme, traduit de l'italien par Jean-Yves Masson. Verdier, 2004, p. 188.
Je remercie très vivement Jean-Yves Masson qui a eu la gentillesse de me faire parvenir l'original italien
E ora a che inimmaginate
latitudini
l’ha trascinato il suo
pellegrinaggio ?
Gli si aprono a fianco
paradisi d’aria e luce,
gli
impazziscono, nottole
in un larinito di
fulgore,
la vista e la memoria,
gli
si disfano
durante il precipizio
in
quel baratro
i contorni ; pure è
lui, ecco, un attimo
si riconosce e si
conferma.
Li sa, era accaduto mille
volte,
inabissamenti e
riemersioni
nel tempo e
nell’identità.
Ma muta adesso il
mutamento,
Stridono
più aspri i cancelli quando s’aprono,
abbaiano più decisi i cani,
contrastano di più
i parlari del franto
linguaggio degli umani
con quello indiviso e
universo degli uccelli,
col vento, con il canto
dei delfini
del pianeta tutto quanto.
Moriva d’esperienza lui,
nasceva
chi sa da che semenza
su quelle ceneri un
virgulto,
lui da lui – lo intende
ora però come mistero
soltanto.
(Mario Luzi, Sotto specie umana,
Milan, éd. Garzanti, 1999)
Mario Luzi est né en 1914 près de Florence. Il passe son
enfance à Sienne, fait ses études à Florence, se lie avec Eugenio Montale et
soutient en 1936 une thèse consacrée à Mauriac.
Extraits de sa bibliographie en français.
Vie fidèle à la vie (Anthologie), Obsidiane/Villa
Médicis, 1984
La nuit lave l'esprit, l'Alphée 1985
L'incessante origine, Flammarion 1985
Pour le baptême de nos fragments, Flammarion 1987
Cahier gothique, précéde
de Une libation, Verdier, 1989
Mi-figue, mi-raison, l'Echoppe 1989
Voyage terrestre et céleste de Simone Martini,
Verdier, 1994
A l’image de l’homme, Verdier, 2004
Une belle page Mario
Luzi sur le site des éditions Verdier
En italien, un ensemble
très complet sur le site de la RAI
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