Fondateur et animateur du groupe surréaliste en Egypte, Georges Henein est sans doute trop oublié aujourd’hui et il faut donc saluer l’initiative de la Nouvelle Revue Française qui dans son numéro 573 d’avril 2005 a confié à Pierre Vilar et Yves Leclair le soin de réaliser un dossier, (Re) découvrir Georges Henein , à l’occasion de la sortie du fort volume Œuvres chez Denoël.
Egyptien, né en 1914, Georges Henein écrit à partir de 1933 en français : de la poésie, en forme versifiée souvent litanique ou sous l’aspect de brefs récits saisissants (excellent exemple de cette manière dans le numéro, avec le récit Paris-Istambul), mais aussi le pamphlet et la chronique. Toujours Henein gardera sa liberté par rapport aux chapelles et aux coteries et agira en franc-tireur, assez peu soucieux de réunir ou structurer son œuvre dispersée, ce qui ne facilite pas la tâche de ceux qui veulent lui rendre justice. Il a néanmoins joué un rôle très important dans la constitution d’une avant-garde littéraire et artistique égyptienne d’expression française et pris part à plusieurs entreprises surréalistes françaises et internationales. Plus tard il devra quitter l’Egypte et il entamera une seconde carrière journalistique et littéraire à Paris, à la direction de Jeune Afrique puis à l’Express. Il meurt en 1973.
Le dossier de la NRF est très bien construit, une brève et claire introduction historique de Pierre Vilar encadrant avec un court mais dense essai de Yves Leclair quelques pages anthologiques tentant de rendre compte des trois aspects de l’œuvre de Henein. Dont Yves Leclair dit qu’il appartient « à cette fraternité modeste et hautaine des seigneurs rebelles, à cette légion d’honneur de ceux qui marchent sur la Tête ». Et dont il place l’œuvre sous le signe du sable « le sable [qui] fut l’alpha et l’oméga de son parcours [...] L’homme, ses œuvres, quels qu’ils furent, Prométhée ou Sisyphe : quelques poignées de sable sur le grand jeu des pistes… » Henein qu’il compare aussi à un « chat qui dort dans son silence subversif », « tôt habitué à remettre en question toutes les frontières de langue et de culture, tous les enfermements, toutes les patries, tous les conforts de l’esprit » ce qu’il démontre de façon évidente en parcourant l’anti-carrière de l’écrivain avec « ce refus viscéral d’être un assis ». D’où le rôle qu’il lui accorde, celui de veilleur ou de vigie susceptible d’ouvrir les horizons bouchés, les portes de prison pour « voir au-delà du visible qui n’est le plus souvent qu’une convention »
Dans cette même livraison de la NRF, on peut signaler aussi plusieurs notes de lecture de poésie, à propos des livres récents de Jacques Réda, (L’adoption du système métrique), de Jude Stefan (Caprices), d’Annie Le Brun (Ombre pour ombre), de Lionel Ray (Matière de nuit), de Venus Khoury-Ghata (Quelle est la nuit parmi les nuits) et de Jacques Ancet (La dernière phrase).
©florence
trocmé
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