Séjour dans la baleine
Tentant d’ouvrir des portes
verrouillées avec une épée, enfilant
les pointes d’aiguilles, plantant des arbres ombrageux
à l’envers ; avalée par
l’opacité d’une autre que les mers
aiment plus que toi, Irlande
–
tu as connu encore et
toujours toutes sortes de pénuries.
Des harpies t’ont obligée à
fabriquer
des fils d'or avec de la paille et tu as entendu les hommes
dire :
qui lui fait faire ces
choses-là. Circonscrite par un
héritage de cécité et
d’incompétence
naturelle, elle deviendra
raisonnable et sera forcée de renoncer.
Contrainte par l’expérience,
elle rebroussera chemin :
et tu as souri. « L’eau
agitée est loin
de la bonace ». Tu l’as
vue, quand les obstacles vinrent barrer
la route, se lever
automatiquement
Marianne Moore, Poésie
complète, Licornes et sabliers, édité
et traduit par Thierry Gillyboeuf, José Corti, 2004, p. 109
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