Aujourd'hui, premier anniversaire de Poezibao, j'ai choisi un texte auquel je suis très attachée parce
qu'il représente un de mes premiers vrais contacts avec la poésie, alors que
j'étais très jeune, contact plus personnel que celui que pouvait véhiculer
l'enseignement scolaire. Ce texte fut l'origine d'un choc que je n'ai pas
oublié.
Je le dois à un livre que beaucoup connaissent Le Livre d'Or
de la poésie française de Pierre Seghers.
Hommage lui soit rendu et puisse-t-il inspirer la suite du
travail de Poezibao, au quotidien,
dans la même visée de mettre la poésie un peu plus en valeur, dans une société et une civilisation qui lui tournent le dos si facilement.
J'ai bien conscience que pour un anniversaire, le texte n'est
pas très gai !
Une dernière chose enfin, recopiant ce texte comme je le fais de tous les textes de l'anthologie, je me souviens…que je le sais presque entièrement par cœur. Et je déplore que l'on apprenne plus par cœur la poésie.
VII
TOUS LES MORTS SONT IVRES
Tous les morts sont ivres de pluie vieille et sale
Au cimetière étrange de Lofoten.
L'horloge du dégel tictaque lointaine
Au cœur des cercueils pauvres de Lofoten.
Et grâce aux trous creusés par le noir printemps
Les corbeaux sont gras de froide chaire humaine
Et grâce au maigre vent à la voix d'enfant
Le sommeil est doux aux morts de Lofoten.
Je ne verrai très probablement jamais
Ni la mer ni les tombes de Lofoten
Et pourtant c'est en moi comme si j'aimais
Ce lointain coin de terre et toute sa peine.
Vous disparus, vous suicidés, vous lointaines
Au cimetière étranger de Lofoten
- Le nom sonne à mon oreille étrange et doux,
Vraimentt, dites-moi, dormez-vous, dormez-vous ?
- Tu pourrais me conter des choses plus drôles
Beau claret dont ma coupe d'argent est pleine,
Des histoires plus charmantes ou moins folles ;
Laisse-moi tranquille avec ton Lofoten.
Il fait bon. Dans le foyer doucement traîne
La voix du plus mélancolique des mois
- Ah les morts, y compris ceux de Lofoten -
Les morts, les morts sont au fond moins morts que moi…
Oscar Venceslas von Lubics Milosz, in Livre d'Or de la poésie française, Seghers (je n'ai pu trouver
l'année), p. 318
et recueil Chansons et
danses d'autrefois, in Poésies, tome
I, Éditions André Silvaire, 1972, p. 176.
Rédigé par : rey yvette | jeudi 19 janvier 2006 à 23h14
Rédigé par : myriade | mercredi 30 novembre 2005 à 17h56