Christian Tarting a proposé à Poezibao, pour les Notes sur la création, un petit dossier autour de La Monte Young.
Il est ici proposé au format PDF à ouvrir d'un simple clic sur ce lien.
Poezibao a déménagé. Ici vous trouverez toutes les archives de 2004 au 31 décembre 2022. Les nouvelles parutions se font depuis le 1er janvier 2023 sur ce nouveau site!
Christian Tarting a proposé à Poezibao, pour les Notes sur la création, un petit dossier autour de La Monte Young.
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Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 24 juin 2020 à 11h16 dans Notes sur la création | Lien permanent | Commentaires (0)
Auxeméry avait proposé une série de poèmes de tous temps et toutes provenances pendant la période du confinement. Quelques propositions seront encore publiées, à raison d'une par semaine environ.
Aujourd'hui Henri Michaux, Paul Valéry et Tchouang-Tseu
On peut ouvrir ce dossier par un simple clic sur ce lien.
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 24 juin 2020 à 11h04 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)
En « hommage » à Ivar Ch'Vavar qui avait publié des textes de lui en 2003 dans sa revue Le Jardin ouvrier et en hommage à Jules Verne (beaucoup lu à la maison par son père), ainsi qu’à la ville d’Amiens, Patrice Maltaverne a écrit ce texte que Poezibao a découpé en onze épisodes de feuilleton, à paraître sur le site les lundi, mercredi et vendredi.
L’ensemble s’intitule « Jeunes et vivants », comme les héros de Jules Verne ;
- 77 poèmes car Jules Verne a vécu 77 ans, cela recouvre presque tous les voyages extraordinaires (avec les nouvelles d’un volume comptées séparément) ;
- 31 vers par poème car c’est une totalité (le tour d’un mois comme le tour d’une semaine ou d’un monde, pourquoi pas) ;
- les poèmes sont à peu près justifiés, en référence à Ivar Ch’Vavar, mais je n’ai pas voulu qu’ils le soient complètement, la contrainte étant déjà suffisante pour l’écriture ;
- la plupart des poèmes sont inspirés d’un passage des romans ou nouvelles de Jules Verne, il y a même une citation dans chaque poème (non matérialisée), qu’il n’est pas si important de reconnaître.
Patrice Maltaverne anime l’association Le Citron Gare ; revue Traction-brabant, Le Citron gare, ou encore ce blog ou celui-là, dédié aux revues. .
Quatrième épisode, poèmes 23 à 30, à découvrir en cliquant sur ce lien
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 24 juin 2020 à 10h47 dans Feuilleton | Lien permanent | Commentaires (0)
Le Grand Dépotoir de Julien Blaine à la Friche Le Belle de Mai
Homme politique en tant que Christian Poitevin, créateur de la Friche, du CIPM, du Mac à Marseille, parmi d'autres...
Julien Blaine excelle dans le cri de l'éléphant qu'il s'est approprié pour communiquer (contrairement au cri de Artaud qui est une déchirure, celui de julo, est un acte, ou un geste de cohésion, et d'union, qui nous transporte de joie) dans une dimension chamanique.... Entre l'enfant et l'artiste, il reste ses costumes, ses masques, ses lettres typographiées, ses textes...
Depuis une semaine, à 78 ans, Julien Blaine reçoit ses amis aux grandes tables de la Friche de la Belle de Mai, devant un whisky ou une bouteille de vin blanc, pendant que ses œuvres disparaissent de la salle d'expo, enlevées par ceux qui déambulent dans ce lieu de culture, ouvert gratuitement en ce moment. Artistes, galeristes, jeunes du quartier, retraités de la culture à Marseille, amis d'enfance, touristes, étudiants, chacun vient voir l'expo et repart avec une œuvre ou deux. Aucune œuvre n'est référencée, la salle se vide, devant nos yeux, et l'expo continue...
Au fur et à mesure, plus de 500 pièces ont déjà disparu, sans qu’on sache où elles vont... Au fur et à mesure Julien Blaine expose ses œuvres qu'il prend dans la remise annexe de la salle d'expo, des œuvres grands formats, papiers, toiles, objets, photos, textes imprimés, mobilier, etc... (photos) Qu'il expose, pour une durée éphémère, car ces œuvres partent et quittent le lieu très rapidement.
Le travail artistique et poétique de Julien Blaine lui permet de s'amuser beaucoup, de jouer et rire avec ses amis, surtout dans sa bande marseillaise.
(Marseille est une ville clanique qui préserve son clan, comme une tribu), Il se fâche aussi beaucoup ce qui lui permet de se réconcilier énormément, il est très attaché à sa famille, à ses amis, ce qui l'éloigne du marché de l'art qu'il déteste. Le vernissage a eu lieu le jour du début du confinement, la Friche de la Belle de Mai a fermé à 18h, alors qu'une performance se déroulait dans le lieu de l'exposition.
Après le confinement l'événement a repris, avec des dates annulées, des performances en suspens. Ça va très vite, Julien Blaine est quelques fois dépassé lui-même, par son entreprise, il exprime même de la colère par moment ? Protéger les œuvres dans leur disparition (?) - ami avec Parmiggiani- ou bien les laisser disparaître entièrement et complètement ?
Dans une vie libre.
Un petit drame se joue au quotidien, rappelant un happening du siècle dernier, se répétant tous les jours d'ouverture. Défaire, détruire .... re-questionner l'art ? A partir de là où il est institué, à partir de sa monstration ?
Des sentiments ambigües, quelque chose de la performance, qui perfore le concept même de l'exposition, tout en restant dans le cadre de celle-ci. C'est une sorte de rétrospective à l'envers, revenir au point d'origine ? Un travail d'écriture sur le concept d'origine avec Gilles Suzanne, professeur en Esthétique à l'Université d'Aix Marseille, est en cours.
Un grand paradoxe cher à l'art s'exprime dans cet univers culturel, que Julien a lui-même mis en place il y quelque années, une scène soulevant ainsi, non seulement les problématiques chères à la Performance, et au Happening, mais aussi celles qui hantent l'art depuis la fin du 19ème, questionnant l'espace de l'œuvre, et de la galerie, lieu ou non-lieu.
Re-venir sur la question de l'espace d'exposition, du spectateur-acteur, de la déambulation, des règles du jeu, du white cube, de la mise en dérision -du marché de l'art en l'occurrence-, de l'humour excédé, du jugement esthétique, du hasard, de la validation de l'œuvre ... etc... Autant de choses incontrôlées, et incontrôlables, qui sont mises à l'épreuve, et "dés jouées". Demain que restera-t-il ? nous n'en savons rien .... Julien Blaine non plus.
Une salle vide -f aisant penser à une allégorie du vide de Yves Klein ? - graphée sur ses murs par l'artiste pour comptabiliser les départs de ses œuvres. En réponse à Banksy qui est présent dans la projection vidéo à l'entrée de l'expo ?
Il y a chez Julien Blaine, un africain, un chinois, un Zorro, un indien, un japonais, un esquimau, un américain, un trappeur, un éboueur, une femme de ménage, un âne, un éléphant, un tagueur, un poète, un artiste, un homme de lettre et de culture, un homme politique, un ami qui m'engueule, etc. ... Toutes sortes d'identités, faisant de lui l'image même de l'artiste contemporain qui existe dans son corps-œuvre, se baladant au travers des classifications.
Véronique Vial
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 24 juin 2020 à 10h35 dans Reportages et rencontres | Lien permanent | Commentaires (0)
Sharon Olds est née en 1942 à San Francisco. C’est une auteure reconnue aux États-Unis ; elle a obtenu entre autres consécrations le prix Pulitzer pour la poésie en 2013. Les éditions du Corridor bleu la publient pour la première fois en français, dans une traduction de Guillaume Condello. Sa poésie relève (ou pas, ou paradoxalement, j’y reviens) d’un genre bien ancré dans les eaux poétiques nord-américaines, la « confessional poetry » - qu’on rend en français plutôt par « lyrisme de l’ordinaire » ou « lyrisme du quotidien ». Les poèmes d’Olds sont narratifs ; à première vue, elle raconte sa vie. Certains critiques américains l’ont d’ailleurs accusée de narcissisme, ou d’exhibitionnisme. C’est que la poésie d’Olds déborde ce fleuve parfois trop tranquille du « lyrisme de l’ordinaire » - on pense au VIL (vers international libre) brocardé par Jacques Roubaud. Ces accusations manquent leur cible, ou dévoilent des motifs moins glorieux que l’appétit pour la métaphysique, pour au moins – à mon sens – deux raisons. La première est évidente – on la voit comme le nez au milieu de la figure, je crois qu’Olds aimerait l’expression : elle parle de sexe, de menstruation, écrit une Ode au pénis ou au vagin, au préservatif, elle parle de la vie quotidienne des femmes, elle en parle dans des termes souvent crus. Mais pas pour autant provoquants ; la poésie d’Olds ne cherche pas la transgression, à la façon d’un Bernard Noël avec le Château de Cène, de Sade. Olds va bien contre le puritanisme américain, pour lequel on ne parle pas du corps, de la saleté de ce foutu corps. Mais elle va plus loin : le parti pris biologique d’Olds est une sorte de théologie, ou d’anti-théologie pour mieux dire : contre la métaphysique, la théologie, il y a le corps. Celui auquel nous faisons face (avec, contre, c’est selon) tous les jours ; et c’est en ce sens que sa poésie est profondément biologique. Olds n’emballe ses récits du corps dans aucun joli petit paquet métaphysique ou romantique, sans non plus une philosophie de l’absurde. Pas de rictus, une attention. Ce discours heurte bien sûr le fonds culturel américain autant que la tradition poétique, et déjà comme Pound ou Williams la supposée contradiction entre l’ordinaire trop ordinaire (la menstruation) et le ciel poétique. Il n’y a pas volonté expressive de choquer le lecteur (elle n’en rajoute pas, elle dit simplement), pas plus qu’elle ne veut susciter le désir ; c’est le sexe ordinaire, quotidien, mais dans ses détails et surtout l’attention à l’autre. En ce sens, elle pousse à bout la logique de la poésie « confessionnelle », elle la dénude si je puis dire, un peu comme Duchamp tirait sur la corde du ready-made en choisissant un urinoir plutôt qu’une chaise. Elle-même le dit très explicitement, dans une ironie douce, attentionnée plus que cruelle :
Mon compagnon dit que ce que j’écris
sur les femmes ne concerne que moi – « Tu as
soixante et quelques balais » s’exclame-t-il « et tu
écris encore sur la première fois où tu as baisé ! »
Mais ce n’est pas que mon hymen
certains parlent bien de Beauté et de Vérité
La provocation n’est pas donc dans l’objet, mais dans le traitement, et à rebours. On comprend alors le choix d’une forme très ancienne, canonique, que là encore elle écartèle sans entendre la casser ni la déconstruire, l’ode. Écrire une ode au préservatif ou à la fellation ne s’arrête pas au scandale, à l’écart entre un genre noble et un sujet trivial ; l’ode antique célèbre, un genre solennel, et ce qu’Olds grave de solennité dans la pierre de ses odes me semble l’attention à l’autre, le lien intime. D’où l’autre thème dominant le recueil, la famille, qui est là où la vie se perpétue, le terreau dans lequel la racine pousse. Olds raconte sans fard comment sa mère la battait, l’absence de son père dans cette violence ; mais là encore elle détourne l’imagerie ordinaire de cette histoire ordinaire, de cette saleté, car elle a le talent de la métaphore. Elle déplie comme on déplie un journal toute l’ambivalence de cette relation à la mère, dans la métaphore :
Et je suis heureuse que – dans les prières, les pleurs,
dans la sidération – ses enfants l’aient laissée partir, comme
son duvet gris, sur la froide
houle aux formes rebondies
Et je dis journal parce qu’Olds interroge la mémoire. Or la mémoire, c’est bien l’autre dans les poèmes d’Olds, ou la relation à l’autre ; les poèmes d’Olds sont adressés, ils parlent à quelqu’un, loin de la « confession » où le sujet lyrique ne parlerait finalement qu’à lui-même. Sa poésie m’a fait penser à la célèbre formule de Wittgenstein : « si un lion pouvait parler, on ne le comprendrait pas ». C’est à nous qu’Olds parle, à ce que nous avons de commun ; la traduction de Guillaume Condello rend très bien ce rythme comme de conversation, une sorte d’ode à la conversation.
Sébastien Dubois
Sharon Olds, Odes, traduit de l’anglais par Guillaume Condello, Le Corridor Bleu, 2020, 136 p., 15€
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 24 juin 2020 à 10h09 dans Notes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0)
Les éditions Le Corridor bleu publient Odes de Sharon Olds dans une traduction (de l’anglais, USA) de Guillaume Condello.
« Titulaire du prix Pulitzer, du National Book Critics Circle Award, et du prix T.S. Eliot, Sharon Olds est une des plus grandes voix de la poésie américaine contemporaine. Ses Odes, qui font le bilan de toute une vie de poétesse, de mère, d'amante, de citoyenne engagée, sont un des sommets de sa carrière - et c'est le premier de ses livres à être traduit en français. Elle y évoque la vie dans toutes ses dimensions, sans fausse pudeur mais avec une liberté et une maîtrise stylistique folles, pour célébrer, comme il se doit, la moindre des choses.
Le 26 juin Julia Lepère, Amandine Pudlo et Guillaume Condello seront sur scène, trois voix, trois corps, pour faire résonner celle de ces odes.
La soirée aura lieu le à 19h30, au Phono Museum, 53 boulevard de Rochechouart, à Paris.
Réservation à l'adresse : [email protected] »
(Guillaume Condello)
Poezibao publie, en regard des extraits donnés ici, une note de lecture de Sébastien Dubois.
ODE AU SANG MENSTRUEL
Je ne sais pas si vous êtes vivantes ou mortes, riches
rations de mues ; tube de nourriture
pour vol spatial, abandonné ; abats — ce qui
s'évapore, fait à partir de rien près de là où l'on fait
l'amour. Tu offres une couverture au petit garçon,
à la petite fille, tu es mâle et femelle —
servant; magicien; mère; père;
dieu du possible — nous quittant, la plupart du temps
superflu, toi que notre ignorance
a méprisé. Les morceaux que tu emportes
nous effrayaient, protéines et monocytes,
glucides et macrophagocytes, atomes
de fer bivalent, autant que s'ils avaient été
des parties de nous. Ruisseau aux berges duquel
on somnole et s'embrasse, merci pour cet espoir de
survie dont tu es à l'affût comme
les premiers secours. Honneur à toi, qui coules
dans les canalisations, les stations d'épuration, les rivières,
jusqu'à la mer, puis t'en extrais pour t'élever jusqu'aux
nuages, et tombes en pluie sur ton peuple, vigoureux
élixir, manne transparente.
///
ODE À LA PENSÉE
J'ai presque l'impression de te voir,
flottant dans l'air - comme une espèce
à part entière. Je pensais que c'était moi
qui t'avais créée, quand j'étais dans ma chambre,
seule, avec mes ciseaux, mon scotch et mon papier -
alors que tu étais déjà là, faisant dieu sait quoi
pendant que je découpais, mes mâchoires bougeant au rythme
des lames. Parlais-tu avec tes mots ? Jouais-tu avec tes
alphabets ? Ou moins entravée encore, tout simplement,
balançais-tu tes protons et neutrons, tes électrons
dans tous les sens ? Je sais - tu étais quelque chose à mi-chemin
entre un courant électrique et une vague, dans la matière
grise et blanche du cerveau. Ô pensée, tu étais
en moi, mais on n'aurait pas dit,
je pensais à toi dans les marges d'un éblouissement,
planante. Toi, ma chérie, tu dépasses l'entendement,
tu entres et sors de nos têtes
à ta guise, et nous sommes innocents
de tout ce que tu dis - il n'y pas de sang sur tes mains,
chère pensée, alors que j'ai étranglé tellement
de tes semblables que les miennes
sont couvertes du tien - ça suffit, va,
vagabonde, emplis la pièce, sors
et parcours le monde, de-ci, de-là,
en-haut, en-bas, au cœur de la terre, je sais que tu
reviendras: vois comme mes yeux se troublent quand je dis que
— Je ne suis pas folle.
///
ODE A LA BARBE NAISSANTE.
Rumi l'a bien dit: le prix d'un baiser
c'est ta vie. Après mon divorce, j'ai compris
que ma passion pour les points, les dominos,
pour les ocelots et les coccinelles,
les étoffes brodées de pois — pour la barbe du papier,
les petites mouchetures — faisait partie intégrante de mon
amour pour les joues rasées, de mon adoration blasphématoire
pour la barbe naissante. Elle incarne des idées d'addition,
de racines carrées et de multiplication,
de coefficient, elle incarne la réalité
du désir, son équation :
peau rasée que multiplie la caresse, à la puissance
du feu du rasoir. Je n'aimais rien
autant que ces clous de fakir dans le lit de
la passion — la facilité avec laquelle ils poussent,
comme s'il était simple d'être un homme,
comme si c'était aussi magnifique, pour eux,
d'être cela, que pour nous, d'être pressées contre cela —
beauté d'être ce que l'on est, beauté
de ce que l'on n'est pas. Parfois, il posait sa
joue sur la mienne si lentement que les masculines
piques de fer, brillantes d'excitation,
plongeaient dans ma peau, comme si des passages
étaient prêts pour les y recevoir. Cette communication
directe entre la mâchoire
masculine et le genou féminin — ces aiguilles
qui changeaient les épines en eau — semblait imaginée
par des avocats de la reproduction
au plaidoyer devenu fou. Autrement
dit, je crois que les saints, agenouillés dans leur
grotte, brûlaient autant de revoir leur dieu que je
brûlais de revoir cette ombre de la barbe renaissante.
J'avais parfois du mal à croire
combien de temps je devais attendre, avec ce désir.
J'ai parfois regretté de ne pas être capable de flirter, mais j'ai
essayé, une fois, alors que j'étais une femme récemment
abandonnée, de sortir avec un homme qui n'était pas intéressé
par l'amour, j'ai cru mourir, mon cœur
c'est mon corps, le prix d'un baiser, c'est ta vie.
///
ODE DES VENTS
Quand les températures chutent, que le vent commence
à gémir, dans les spirales de l'air conditionné,
et que je me demande comment le vent choisit
ses notes, miaulant doucement
sur un mode mineur,
je réalise soudain
que les tuyaux de l'appareil sont formées
de telle sorte qu'elles produisent un ré bémol, qui monte en un
mi, fa, fa dièse, et qui
redescend, à mesure que la brise qu'il souffle rafraichit
et faiblit. La conque contient des notes,
des notes siluriennes, et les cornes du bélier,
le chofar, en contient aussi — les instruments
ont été faits à la ressemblance des grottes, avec des tunnels
éoliens, à travers lesquels parlaient les dieux,
comme à travers le didgeridoo avec sa longue
gorge de deuil et sa bouche en cire
d'abeille, ou à travers les cuivres.
Et pendant combien de siècles avons-nous
écouté la puissante plainte sexuelle
des chats, avant de prendre leurs intestins et d'en faire
des cordes, pendant combien d'époques nos
prédécesseurs primates ont-ils grogné, en
fabriquant la prochaine génération,
avant qu'un, ou une, homo sapiens,
regarde un, ou une, autre homo sapiens,
et son corps, comme une
forme produisant des mélodies, et se demande quelles
notes il pourrait
en tirer ?
Et les parents qui battent leurs enfants, est-ce
pour la sentir passer, la mélodie – pour entre, à nouveau
la musique qu’on jouait sur eux
au commencement, pour les siècles des siècles et sans amen.
Sharon Olds, Odes, traduit de l’anglais par Guillaume Condello, Le Corridor Bleu, 2020, 136 p., 15€
En savoir plus sur Sharon Olds
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 24 juin 2020 à 09h58 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)
Poezibao publie ici Absolutus infinitus, une longue réflexion proposée par Françoise Clédat. Elle est ici proposée au format PDF pour en faciliter l'impression ou l'enregistrement. On peut l'ouvrir par un simple clic sur ce lien.
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 22 juin 2020 à 11h46 dans Cartes Blanches | Lien permanent | Commentaires (0)
En « hommage » à Ivar Ch'Vavar qui avait publié des textes de lui en 2003 dans sa revue Le Jardin ouvrier et en hommage à Jules Verne (beaucoup lu à la maison par son père), ainsi qu’à la ville d’Amiens, Patrice Maltaverne a écrit ce texte que Poezibao a découpé en onze épisodes de feuilleton, à paraître sur le site les lundi, mercredi et vendredi.
L’ensemble s’intitule « Jeunes et vivants », comme les héros de Jules Verne ;
- 77 poèmes car Jules Verne a vécu 77 ans, cela recouvre presque tous les voyages extraordinaires (avec les nouvelles d’un volume comptées séparément) ;
- 31 vers par poème car c’est une totalité (le tour d’un mois comme le tour d’une semaine ou d’un monde, pourquoi pas) ;
- les poèmes sont à peu près justifiés, en référence à Ivar Ch’Vavar, mais je n’ai pas voulu qu’ils le soient complètement, la contrainte étant déjà suffisante pour l’écriture ;
- la plupart des poèmes sont inspirés d’un passage des romans ou nouvelles de Jules Verne, il y a même une citation dans chaque poème (non matérialisée), qu’il n’est pas si important de reconnaître.
Patrice Maltaverne anime l’association Le Citron Gare ; revue Traction-brabant, Le Citron gare, ou encore ce blog ou celui-là, dédié aux revues. .
Troisième épisode, poèmes 15 à 22, à découvrir en cliquant sur ce lien.
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 22 juin 2020 à 10h47 dans Feuilleton | Lien permanent | Commentaires (0)
« Au temps de mourir, mourez, / Mais au temps de vivre, ô gué, / Au temps de vivre, jetez / Le grappin sur cette aubaine / De surgir, de s’étonner. »
Poezibao a extrait cette courte citation d’une note de Matthieu Gosztola autour de Lorand Gáspár.
Pour respecter la mise en page de cette note, la rendre plus facile à imprimer ou à enregistrer, elle est ici proposée au format PDF à ouvrir d’un simple clic sur ce lien.
Source de l'image : Fiche Wikipédia de Lorand Gáspár, avec sa biographie et sa bibliographie.
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 22 juin 2020 à 10h31 dans Notes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0)
Edith Azam publie Bestiole-moi Pupille aux éditions La Tête à l’envers.
Après un temps aussi
le Fou cesse son chant
le Fou approche lentement.
Dans sa tête Pupille
c’est tout ça qu’elle entend :
les pieds sur le plancher
les craquellements :
d’ossature.
Et reconnait Bestiole
qui reprend sa grignote.
Le Fou s’arrête tout près d’elle
et leur violence contenue
a quelque chose d’indécent.
Puis Bestiole repart dans un trou
et les mâchoires ouvertes
patiente en salivant
Le Fou reprend son chant-crécelle
et tourne et tourne
et très longtemps
tout autour de Pupille.
Pupille se maintient
se parle dans sa tête
ne cède pas se parle
continue des paroles
qui n’existent même pas
se parle se fait voix...
Ne cède pas Pupille
s’invente se traverse
s’écriture dans souffle
va rejoindre Bestiole
au creux des cavités :
et fouille tout son air.
Edith Azam, Bestiole-moi Pupille, éditions La Tête à l’envers, 2020, 61 p., 16€. pp. 24-25. Peinture de couverture, Eléa Damette.
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 22 juin 2020 à 10h02 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)