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Flotoir 2018
Flotoir 2018 : 304 pages, 173 000 mots, un million de signes. Combien font signe ?
Jean Starobinski
Dans Colportage de Gérard Macé, un beau chapitre sur Starobinski : « Il a sans cesse élargi le cercle de ses réflexions, toujours avec cette bienveillance qui caractérise ses écrits, l’absence de narcissisme ou de culte de soi qui sont devenus le vice de l’Occident, et la patience d’un thérapeute plutôt que la cruauté de l’anatomiste. » (p. 91)
→ n’est-ce pas une superbe leçon de critique, élargissement constant du cercle des réflexions et des investigations, bienveillance et sinon l’objectivité qui est un vœu pieux, un but impossible, par nature, un effacement aussi net que possible de soi (manières d’être, de lire, goûts, rejets, passions, etc.) dans l’approche de l’œuvre d’autrui.
De Starobinski, donnée par Gérard Macé, cette belle remarque : « Choisir comme principe explicatif la seule dimension du passé (l’enfance, etc.), c’est faire de l’œuvre une conséquence, alors qu’elle est si souvent pour l’écrivain une manière de s’anticiper. Loin de se constituer uniquement sous l’influence d’une expérience originelle, d’une passion antérieure, l’œuvre doit être considérée elle-même, comme un acte originel, comme un point de rupture où l’être, cessant de subir son passé, entreprend d’inventer, avec son passé, un avenir fabuleux, une configuration soustraite au temps. ». Commentaire de Macé : « On reconnaît là ce qui fonde la vocation poétique, à laquelle Dante a donné le nom de Vita nuova, et qui s’oppose à la naïveté de ceux qui font des livres avec des souvenirs, ou qui ressassent au lieu d’accueillir la résurrection du passé comme une nouveauté. » (p. 91)
Trop violente charge
Mais plus loin, Gérard Macé mène une violente, trop violente, charge contre la poésie. Ce type d’attaque me semble toujours problématique quand elle vient de quelqu’un qui se dit lui-même poète, qui donc fait partie de ce monde qu’il débine ! Peut-être plus encore lorsque l’auteur de la charge est accueilli dans la collection Poésie /Gallimard. Ou bien on est partie prenante et dans ce cas, on s’applique à soi-même la critique (est-ce le cas ? et si oui pourquoi continue-t-on ?) ou on s’exclut du champ et c’est aussi problématique.
Voici la pièce à conviction (Gérard Macé écrit ici dans le cadre d’un bel hommage à Gabriel Bounoure) : « Depuis, le mal s'est aggravé, et la poésie moderne a navigué d'un écueil à l'autre, autant dire de Charybde en Scylla. À l'arbitraire et la joliesse de l'image cultivée pour elle-même, à la logorrhée d'inspiration surréaliste se sont ajoutés des mystères faciles et des fureurs fabriquées, des prétentions philosophiques, l'éloge du silence et la glossolalie, l'artifice de mises en pages qui servent souvent de cache-misère, une découpe syntaxique tenant lieu de prosodie, la disparition du chant qui fait de tant de poèmes un dialecte torturé, traduit par des sourds ; sans parler de l'élégie frileuse et du vers libre qui ronronne, nouvelle académie qui rappelle les jeux floraux d'autrefois, ou les clubs de haiku dans le Japon d'aujourd'hui. Sous respiration artificielle, la poésie est devenue un refuge et un passe-temps, qui vit de subventions, de colloques et d'hommages réciproques, de lectures publiques dans lesquelles Leopardi, des siècles après Martial, voyait un "tourment supplémentaire infligé à l'humanité" ... Bref, la poésie est une infante défunte, autour de laquelle on se pavane en attendant sa résurrection. Mais l'état de la poésie n'est qu'un symptôme parmi d'autres, dans une "civilisation de non civilisés". Bounoure déjà, parce que son ouverture d'esprit ne calmait pas son inquiétude, se demandait si l'art d'aujourd'hui est "autre chose qu'une direction marquée vers une province nulle", et devant le "temple désaffecté" posait cette question dont on craint de deviner la réponse : "L'art devenu l'unique sujet de l'art, n'est-ce pas l'indice que quelque ressort vital est brisé, que quelque bien essentiel a été à notre époque irrémédiablement englouti ? N'est-ce pas la preuve que l'art est aujourd'hui perdu au même titre que la vie ?" Cependant, le mortel qui se plaint du monde ressemble au mauvais poète qui se plaint du langage ; et si l'éclipse de la poésie est malheureusement trop visible, qui pourrait affirmer que son déclin est définitif ? La poésie fut déjà plusieurs fois ce fleuve caché dont la résurgence est toujours inattendue ; elle vit peut-être sous une forme invisible, elle est peut-être la fée qui se cache derrière la tapisserie (celle qui promet un sommeil de cent ans mais n'empêche pas le réveil, ni la venue d'un prince écartant des branches). » (p. 142 et 143)
→ et devant cette chute, après cette diatribe dont on reconnaît que plusieurs éléments visent juste, on ne le sait que trop pour baigner dans la production poétique depuis près de quinze ans jour et nuit !), on est obligé de se demander si le poète qui écrit ne se pense pas fée qui se cache derrière la tapisserie ?
Écriture et poésie
Je relève cette note qui vient s’inscrire dans ma réflexion en cours sur le conte, même si ce dont il est question ici, c’est encore la poésie : « Malgré les apparences, écriture et poésie sont deux termes dont l'association ne va pas de soi : comme l'eau et le feu, ils furent même opposés dans toutes les traditions où la poésie était orale. L'oralité ressemble à l'eau, perpétuellement fluide et renouvelée elle épouse la pente du temps, toujours vivante elle est fidèle à elle-même en prenant la couleur des terrains traversés, de la lumière changeante à toutes les heures, de la mémoire du récitant qui la détourne en improvisant. L'écriture ressemble au feu, elle laisse des traces aussi noires, aussi nettes que les ruines d'un incendie : c'est une éternité ambiguë, qui permet au poème de vivre au loin, de se propager dans l'espace et dans le temps (malgré les affres de la traduction ou l'évolution des mentalités), mais ce qu'elle sauve de l'oubli est en partie mort, comme une fleur séchée entre les pages d'un livre. ». (p. 145)
Alain Kremski
Je note dans « l’obituaire » de ce compositeur, tout récemment décédé (le 28 décembre 2018, à l’âge de 78 ans) qu’il a écrit pour les bols tibétains et je découvre qu’il en possédait une extraordinaire collection. Cette vidéo d’une minute ! Ou cet extrait d’un disque. Un court extrait de l’article de Pierre Gervasoni dans Le Monde : « Ainsi, en 2013, au moment de recevoir le Grand Prix de la musique symphonique que lui décernait la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem), Alain Kremski avait-il tenu à attirer l’attention sur les bols sonores qui, selon lui, avaient constitué le "créneau" ayant suscité à son égard le plus de résistance de la part du milieu de la musique classique. Et, avec un faux air (barbe blanchie coupée court, œil malicieux) de Sean Connery dans le film Soleil levant (investi, comme lui, dans le respect de certaines traditions japonaises), le compositeur avait résumé ainsi sa position dérangeante : "Qu’est-ce que c’est que ce musicien qui tape sur trois bols ?" Telle fut la question de toute une vie, qu’Alain Kremski sut entretenir avec une exceptionnelle qualité de renouvellement, en préférant la fréquentation des temples bouddhiques et des abbayes cisterciennes à celle des chapelles esthétiques. »
Fata Morgana
Gérard Macé revient sur « fata morgana ». Il cite le Grand dictionnaire universel du XIXème siècle, que j’ai la chance de posséder : « En fait "fata morgana" désigne d'abord un phénomène météorologique apparenté aux mirages, et situé dans le détroit de Messine, non loin de la passe où Ulysse choisit de rester sourd. "Ce phénomène se produit, dans les matinées tranquilles, quand les vagues sont dans le calme le plus parfait et que le soleil, se levant derrière les montagnes de la Calabre, frappe sur la surface unie de la Méditerranée sous un angle de 45°. La chaleur agit alors rapidement sur l'air stagnant, et les couches de l'atmosphère, se mélangeant avec lenteur, présentent une série de miroirs sur lesquels viennent se réfléchir, amplifiés outre mesure, les objets placés sur la côte sicilienne, dans le rayon d'ombre projeté par les montagnes de derrière. On voit se dessiner sur ce tableau, comme sur la feuille blanche de la chambre obscure, de gigantesques figures d'hommes et de chevaux. Quelquefois l'atmosphère est tellement saturée de vapeurs que ces objets sont entourés d'une teinte colorée." Le Grand dictionnaire universel du XIXème siècle, auquel nous empruntons ces lignes, ajoute que le phénomène ne dure pas, et que sa magie est plus ou moins grande, selon que l'on a l'imagination vive ou la vue basse. On pourrait en dire autant des lecteurs et des livres, ces miroirs éphémères où se réfléchit le réel, selon d'imprévues métamorphoses, et des contours quelquefois fantastiques. Et puis, quelle théorie pourrait rendre compte de la littérature, mieux que la théorie générale des mirages ?
Mais Fata Morgana est aussi, on le sait davantage, en même temps que le titre d'un poème d'André Breton une fée d'Armorique, élève de Merlin, qui erre au bord des rivières et des fleuves, et qu'un géographe du 1er siècle, Pomponius Mela, a rencontrée en Gaule entourée de neuf prêtresses. »
→ Il s’agissait bien sûr pour Gérard Macé ici d’en venir au nom de l’éditeur Fata Morgana.
Traduire
La seconde partie du livre de Gérard Macé est consacrée à certaines de ses traductions de l’italien (Agamben, Leopardi, Cristina Campo, etc.).
« Traduire, c'est lire avec un peu plus de patience que d'habitude, et même avec un crayon à la main pour écrire entre les lignes ; c'est imiter sans les avoir vus les gestes de l'auteur, et retrouver sa voix, déformée mais tout de même reconnaissable, à l'autre bout d'une galerie des murmures où l'on entendrait l'écho de paroles prononcées dans une autre langue, et le plus souvent dans une autre époque. Ce que dit Friedrich Schlegel à sa manière, dans une page où il commence par rappeler qu'on ne sait pas du tout ce qu'est une traduction, avant de trouver une formule dont l’évidence a le mérite de ne pas dissiper tout à fait le mystère : "Les traductions sont des mimes." » (p. 209)
Agamben et le vers
Parmi ces traductions, je relève cette « Idée de la prose » de Giorgio Agamben : « Aucune définition du vers, on n'y réfléchira jamais assez, n'est vraiment satisfaisante, sinon celle qui fait de l'enjambement, ou du moins de sa possibilité, le seul gage d'une différence entre le vers et la prose. Ni la quantité, ni le rythme, ni le compte des syllabes — autant d'éléments qu'on retrouve aussi bien dans la prose — ne fournissent, de ce point de vue, un critère suffisant ; mais à coup sûr on qualifiera de poésie tout discours dans lequel il est possible d'opposer la limite métrique et la limite syntaxique (tout vers dans lequel l'enjambement n'est que virtuel devenant un vers à enjambement zéro), et à coup sûr de prose tout discours dans lequel l'opposition est impossible. (...) Qu’est-ce qui est en jeu dans l’enjambement, au point qu’il gouverne ainsi le mètre du poète ? L’enjambement révèle une non-coïncidence, un décalage entre le mètre et la syntaxe, entre le rythme sonore et le sens, comme si (contrairement au préjugé répandu qui voit dans la poésie le lieu d’une parfaite adéquation entre le son et le sens) le poème ne vivait que de cet intime désaccord. »
Et de parler de la versura, « mot latin qui désigne l’endroit (et le moment) où la charrue fait demi-tour au bout du sillon. C’est d’ailleurs, ajoute Macé dans une note, de versus (sillon) que vient en français le mot vers. (p. 253)
Une lettre de Leopardi
Gérard Macé offre aussi la traduction d’une poignante et très belle lettre de Leopardi, où ce dernier exprime son intense solitude, en particulier intellectuelle. Il écrit ainsi à Pietro Giordani : « ajoutez à cela l’obstinée, la noire, l’horrible, la barbare mélancolie qui me lime et me dévore, qui se nourrit de l’étude et sans l’étude augmente. » (p. 271) Et lui aussi, dans cette lettre expose ses vues sur la poésie : « je tiens même pour absolument certain, absolument évident, que la poésie réclame une étude assidue et une peine infinie, et que l’art poétique est si profond que plus on avance, plus on s’aperçoit que la perfection se trouve en un lieu auquel on n’aurait même pas pensé au début.’ (p. 277)
S’affecter de joie
Dans la publication périodique « pauvre » de Christine Jeanney, envoyée par le mail, l’e dans l’o une très belle citation de Gilles Deleuze qui recoupe mes préoccupations : « Nous vivons dans un monde plutôt désagréable, où non seulement les gens, mais les pouvoirs établis ont intérêt à nous communiquer des affects tristes. La tristesse, les affects tristes sont tous ceux qui diminuent notre puissance d'agir. Les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses pour faire de nous des esclaves. Le tyran, le prêtre, le preneur d'âme ont besoin de nous persuader que la vie est dure et lourde. Les pouvoirs ont moins besoin de nous réprimer que de nous angoisser ou, comme dit Virilio, d'administrer et d'organiser nos petites terreurs intimes. La longue plainte universelle sur la vie : le manque à être qu'est la vie... On a beau dire "dansons", on n'est pas bien gai. On a beau dire "quel malheur la mort", il aurait fallu vivre pour avoir quelque chose à perdre. Les malades, de l'âme autant que du corps, ne nous lâcherons pas, vampires, tant qu'ils ne nous auront pas communiqué leur névrose et leur angoisse, leur castration bien aimée, leur ressentiment contre la vie, l'immonde contagion. Ce n'est pas facile d'être libre : fuir la peste, organiser les rencontres, augmenter la puissance d'agir, s'affecter de joie, multiplier les affects qui expriment ou enveloppent un maximum d'affirmations. » (Extrait des Dialogues avec Claire Parnet).
Temps de lecture
J’ai été requise par un article paru dans Slate portant sur la question du temps donné à la lecture et du temps donné aux écrans, au sens large. Voici les données : « Un Américain moyen lit environ 400 mots par minute. Un livre qui n'est pas de la fiction contient environ 50.000 mots. Prenons une calculatrice. 200 livres * 50.000 mots = 10 millions de mots ; 10 millions de mots / 400 mots par minute = 25.000 minutes ; 25.000 minutes / 60 = 417 heures. Pour lire 200 livres en une année, il faut donc allouer 417 heures de son temps à cette activité. Dit comme cela, le chiffre peut paraître impressionnant. Mais il faut le mettre en perspective avec d'autres données sur la consommation moyenne. En un an, un Américain lambda consacre 705 heures aux réseaux sociaux et 2.737,5 à regarder la télévision. Ces 3.442,5 heures représenteraient plus de 1.600 œuvres lues. »
→ bien sûr tout ce ne sont ici que très grossières moyennes, ne tenant en rien compte de la nature et de la longueur des livres, mais c’est la mise en perspective qui est intéressante. On peut toujours chercher dans sa vie des gisements de temps que l’on pourrait dédier à la lecture.
James Sacré
Ce matin, travaillant pour Poezibao et préparant un choix de textes de James Sacré pour « l’anthologie permanente », je suis profondément émue à leur lecture. Une justesse de ton, une simplicité qui n’obère en rien la profondeur de la réflexion, quelque chose aussi d’infiniment mélancolique. « On n’y pensait pas. //Vivre te donnait le monde, des livres, des visages. /La confiance et le plaisir/Transportaient le passé/Dans le vert inépuisable du présent/Vers un demain qu’on allait cueillir...// On allait/ Vers le mot silence : »
Je prépare ces textes en écoutant des œuvres d’Alain Kremski en particulier « Chercheurs de vérité, 1 et 2 ». Je constate que, hors Qobuz (en streaming, possibilité d’achat des fichiers électroniques), la plupart des disques de Kremski sont introuvables.
Et curieusement, préparant ensuite une note de lecture de Ludovic Degroote sur Gérard Duchêne, je trouve ces mots qui me semblent si bien résonner avec ceux de James Sacré et l’impression qu’ils ont produit en moi : « J’entends le silence / me toucher // la besace est toujours pleine /de mots qui engendrent / des histoires. / Des histoires où les voix / sont sourdes et aveugles. /Elles s’attribuent la nécessité du présent // Peut-être / Tout ce temps / pour oublier que l’on est vivant // Regard du doute / La fin d’un mot / son précipice »
Deux maisons plus une
Le hasard des lectures, qui n’en est pas un, pousse à la découverte quasi simultanée de deux « maisons », le bateau échoué qui sert de demeure au frère de Peggotty, la servante de la mère de David Copperfield dans le début du livre et celle que Thoreau construit, de ses mains, au bord de l’étang de Walden. Ce qui les rapproche, c’est une même distance avec le concept d’une maison plus ou moins pauvre ou luxueuse, mais dotée de toutes sortes d’éléments obligés, alors qu’ici la plus stricte nécessité (matérielle et spirituelle) semble avoir présidé aux choix. « Si c'eût été le palais d'Aladin, l'œuf de roc et tout ça, je crois que je n'aurais pas été plus charmé de l'idée romanesque d'y demeurer. Il y avait dans le flanc du bateau une charmante petite porte ; il y avait un plafond et des petites fenêtres ; mais ce qui en faisait le mérite, c'est que c'était un vrai bateau qui avait certainement vogué sur la mer des centaines de fois ; un bateau qui n'avait jamais été destiné à servir de maison sur la terre ferme. C'est là ce qui en faisait le charme à mes yeux. S'il avait jamais été destiné à servir de maison, je l'aurais peut-être trouvé petit pour une maison, ou incommode, ou trop isolé ; mais du moment que cela n'avait pas été construit dans ce but, c'était une ravissante demeure. » (Charles Dickens, David Copperfield, Tome I). Un peu plus tard je ferai la découverte d’une autre demeure extraordinaire, l’éléphant de la place de la Bastille investi par Gavroche dans Les Misérables. « Les deux hôtes de Gavroche regardèrent autour d’eux et éprouvèrent quelque chose de pareil à ce qu’éprouverait quelqu’un qui serait enfermé dans la grosse tonne de Heidelberg, ou mieux encore à ce que dut éprouver Jonas dans le ventre biblique de la baleine. Tout un squelette gigantesque leur apparaissait et les enveloppait »
De l’art de se constituer une demeure dans l’adversité, le dénuement ou par choix philosophique (Thoreau).
Hermann Hesse
... la veille de sa mort, a écouté la 7ème sonate en ut majeur de Mozart, K 309, celle que précisément je travaille en ce moment. Et dont j’écoute, éblouie, la version par Mitsuko Uchida.
Flotoir
Le dimanche matin, ne travailler pour personne que pour soi.
Barbara Hendricks
Bel entretien avec Barbara Hendricks dans Le Monde, avec toujours cette proposition à la source de l’entretien : « je ne serais pas arrivée là, si... ». Elle évoque sa rencontre, déterminante, avec sa professeure de chant : « Je ne serais pas arrivée là si je n’avais pas rencontré une professeure de chant extraordinaire, Jennie Tourel, alors que j’étais encore étudiante en math-chimie. Elle m’a repérée, guidée, inspirée. Mais bien plus que cela : elle m’a fait découvrir ce que pouvait être un artiste et à quoi devait servir un don. (...) J’avais un talent, c’était indéniable. Mais l’idée d’exploiter ce privilège pour flatter mon ego ou gagner de l’argent ne me satisfaisait pas. Et chanter me procurait un plaisir si intense que, en bonne fille de pasteur protestant, je me sentais presque coupable à l’idée d’en faire mon métier. Il me fallait une motivation plus grande, plus noble, plus inspirante. Quelque chose qui me transcende ! Jennie Tourel m’a fourni cette cause à laquelle j’aspirais. Son engagement m’a montré qu’un artiste est quelqu’un qui se met entièrement au service de son art. Avec ferveur et humilité. Cela a donné un sens profond à ma vie. (...) nous aspirons tous alors à ce moment de grâce où le public entend la musique d’une seule oreille et ressent les mêmes vibrations. Comme si la musique contournait notre cerveau arrogant, désireux de tout contrôler, et allait directement à la source pour nous rappeler, en un millième de seconde, que nous faisons partie de cette famille qui s’appelle l’humanité. C’est la raison d’être de l’art. Créer un moment de partage, rappeler ce lien puissant et mystérieux qui nous relie aux origines de la condition humaine.
Pierre Reverdy
Rue Jacob (Paris), dans la vitrine d’un libraire, un fabuleux autographe de Pierre Reverdy. Incroyable présence, soudain, de cette très grande écriture (d’autres autographes du poète ici)
Flacon de sels
Le double pépiement sous la fenêtre, enfants de l’école élémentaire, oiseaux sortis (prématurément ?) du silence hivernal - le balancement et les sons cristallins de « Souvenir (Berceuse pour un enfant tibétain) » d’alain kremski – écouter cette pièce et reposer le carnet sur figures de silence de james sacré, tintement ! –
Le puits
Se pencher sur le récit comme sur un puits sonore, écouter ce qui remonte du récit, du temps, de ce qui a été assemblé là par la plume de l’écrivain. Thoreau : « Un des avantages du plus petit des puits, c’est qu’il suffit de regarder au fond pour constater que la terre n’est pas un continent, mais une île. » (in Walden).
Kremski
Chez lui le mouvement du gong comme une marche lente sur le friselis en tapis du piano dans l’aigu.
Philippe Didion, ses notules et la Recherche
Je reçois chaque dimanche, à ma demande, les notules dominicales de Philippe Didion. Il évoque aujourd’hui sa lecture de Proust, un défi qu’il s’était donné adolescent d’arriver à boucler la lecture complète de La Recherche avant sa retraite. Mais ce que je veux surtout relever ici, c’est cette affirmation, qui me touche, inexplicablement (ou très explicablement) : « Du côté de chez Swann, le volume le plus magique, le plus touchant, le plus juste car il rassemble ce que j’ai déjà dit considérer comme les trois piliers de la littérature : l’enfance, la géographie et le dialogue avec les morts. » Dans cette lecture au très long cours, ajoute Philippe Didion : « Il y a eu des tunnels, des longueurs, des langueurs mais Proust touchait juste à chaque fois, en mettant miraculeusement en mots les sensations, les souvenirs, les sentiments, les ambitions, les déceptions, les joies et les chagrins de son narrateur et en amenant le lecteur à reconnaître qu’il avait connu les mêmes. C’était prévu, bien sûr, car Proust avait tout compris, tout programmé : lorsque, dans Le Temps retrouvé, le Narrateur imagine ses futurs lecteurs, c’est ainsi qu’il les voit : “ils ne seraient pas, selon moi, mes lecteurs, mais les propres lecteurs d’eux-mêmes”. »
→ à propos de Proust, demandé et reçu ce matin un inédit de Pierre Klossowski, Sur Proust (Serge Safran).
Surgissement
Surgissement du passé, mais sensations mal explorées, en entendant soudain, de manière non préparée, La Fête des Belles eaux de Messiaen ! Le noir dans le salon de l’enfance, l’odeur du projecteur, le fondu-enchaîné, le magnétophone Grundig, les sons, les présences, souvent des personnes invitées à dîner chez les parents... incontestable magie de tous ces processus visuels et sonores n’ayant cessé de se dérouler depuis ce temps lointain au fond du puits de la conscience.
L’argot de Gavroche
Tellement savoureuses, les répliques de Gavroche parlant aux deux petits enfants qu’ils a recueillis et dont il ignore qu’ils sont en fait ses frères, eux aussi abandonnés par la Thénardier qui ne s’est intéressée qu’à ses deux filles aînées ! « Môme ! on ne dit pas les sergents de ville, on dit les cognes. (...) Moutard ! reprit Gavroche, on ne dit pas un logement, on dit une piolle [sic] (...) On ne dit pas la nuit, on dit la sorgue. (...) On ne dit pas brûler la maison, fit Gavroche, on dit riffauder le bocard. » Il emploie au moins cinq ou six variantes différentes du mot enfant, môme, moutard, momignard, momacque et ce merveilleux « mes jeunes humains », etc.
Richard Millet
Recevant une proposition de note d’un court livre de Richard Millet, paraissant aux éditions Fata Morgana, éprouvant une certaine hésitation en raison des polémiques suscitées par l’auteur, je cherche à me renseigner et je tombe sur un très bel article de Jacques Henric où je lis notamment cela, qui m’importe par-dessus tout : « En un temps où le ventre qui nourrit la bête immonde, l’antisémitisme, redevient terriblement fécond, en Europe et particulièrement en France; où le déni de la Shoah prend une inquiétante ampleur ; où après qu’une partie non négligeable du milieu littéraire et intellectuel a été gangrenée par ce mal au cours du 20ème siècle (...); où aujourd’hui certains partis politiques siégeant à l’Assemblée en sont atteints, il est bon qu’un écrivain, Richard Millet, soit non seulement indemne de ce mal mais se batte pour le vaincre. Dans son court texte Israël depuis Beaufort (2015), il qualifie Auschwitz d’ « événement absolu », dit tenir Shoah, le film de Claude Lanzmann pour un des grands films de l’histoire du cinéma, affirme comme catholique son lien profond au judaïsme. "Être antisémite, écrit-il, c’est se séparer de l’origine et de l’héritage". »
Être vivant
Tellement juste ces vers de David Brazil que Jean-René Lassalle me propose pour un de ses si beaux dossiers pour Poezibao :
To be alive / while you’re alive: turns out to be a taller order than / expected,
Traduction de Jean-René Lassalle :
Être vivant /tant qu’on est en vie/s’avère une tâche plus vaste/que prévu
→ c’est sans doute ce qui fait que tant de poésie semble morte, elle émane de poètes qui ne sont pas vivants alors même qu’ils sont en vie.
Flacon de sels
Cette irruption, soudaine, du chant, tout proche : le merle ! revenu à sa place, juste en contrebas de la fenêtre, sur le montant de bois de la terrasse voisine, le même merle, son chant magnifique, mais si tôt ? - la musique de benevolo, venue du fond des âges, comme celle du merle – le souvenir des taquineries de deux jeunes très aimés en voyage aux états-unis, lors d’une visite à walden, en raison de ma prononciation du nom de thoreau (quelque chose comme soreau), soreau seriné en cascades avec force gloussements et rires -
De l’enfant
Relevé cette note si profonde dans David Copperfield : « C'est peut-être une illusion, mais pourtant je crois que la mémoire de beaucoup d'entre nous garde plus d'empreinte des jours d'enfance qu'on ne le croit généralement, de même que je crois la faculté de l'observation souvent très-développée et très-exacte chez les enfants. La plupart des hommes faits qui sont remarquables à ce point de vue ont, selon moi, conservé cette faculté plutôt qu'ils ne l'ont acquise ; et, ce qui semblerait le prouver, c'est qu'ils ont en général une vivacité d'impression et une sérénité de caractère qui sont bien certainement chez eux un héritage de l'enfance. »
→ On pourrait croiser cela avec certaines des assertions de Boris Wolowiec dans son livre ! Avec l’enfant. Et soudain me saute au visage ce « Avec » sur lequel je ne m’étais pas encore focalisée. Avec, un terme pas si fréquent, me semble-t-il chez Boris Wolowiec, un terme qui me fait ressentir soudain à quel point l’enfant, celui dont parle aussi Dickens, est là, présent, en chacun, avec chacun. « L’enfant révèle la fantaisie d’exister. L’enfant révèle la fantaisie de rencontrer le monde. L’enfant révèle la fantaisie de rencontrer le monde de manière inconséquente. » (Avec l’enfant, p. 91)
Hommage à Lucien Suel
Victor Hugo, au début des Misérables : « Tantôt il bêchait dans son jardin, tantôt il lisait et écrivait. Il n’avait qu’un mot pour ces deux sortes de travail : il appelait cela jardiner. "L’esprit est un jardin", disait-il. »
Même cendre après
« Tous les hommes sont la même argile. Nulle différence, ici-bas du moins, dans la prédestination. Même ombre avant, même chair pendant, même cendre après. » (Victor Hugo)
Jim Harrison et Thoreau
Jim Harrison a écrit une passionnante introduction à la nouvelle traduction de Walden par Brice Matthieussent (Le Mot et le reste, 2013)). J’ai été mise sur la piste de cette traduction par une émission de France Culture autour de Harrison et Gary Snyder, avec Brice Matthieussent.
Jim Harrison dans cette préface écrit : « En affûtant un peu la lame de votre curiosité, vous aboutissez à cette conclusion que le XIXe siècle nous a donné trois géants, Thoreau, Whitman et Melville, dont le XXe siècle n’a pas produit l’équivalent. »
Il écrit aussi : « Thoreau avait une perception extraordinairement fine de la flore et de la faune, des points de vue tant botanique qu’historique. Il connaissait sur le bout des doigts ce qu’il appelait "la grammaire mordorée" du monde naturel. La plupart des littérateurs sont franchement des généralistes de tendance romantique, qui en guise de savoir accumulent une flopée d’anecdotes, alors que Thoreau était un étudiant assidu tant de la littérature que de la nature. »
→ et cette lecture de Walden, dans ses aspects critiques, me semble parfois tellement en phase avec notre monde contemporain, notamment en ce qui concerne la surconsommation, le gaspillage, l’accélération forcenée, la négation du temps et des distances. « Par tous les temps, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, je me suis efforcé de privilégier l’instant présent et de le marquer d’une encoche sur mon bâton ; de me tenir à cette jonction de deux éternités, le passé et l’avenir, qu’est précisément l’instant présent ; de suivre cette ligne sur la pointe des pieds. »
Et cette réflexion encore : « Nous sommes très pressés de construire un télégraphe magnétique entre le Maine et le Texas ; mais peut-être que le Maine et le Texas n’ont rien d’important à se dire. »
Avec l’enfant
« Pour l’enfant, les lettres et les nombres apparaissent comme des choses, comme des choses du monde. Pour l’enfant, les lettres et les nombres ne sont pas à interpréter. Pour l’enfant, les lettres et les nombres surgissent simplement afin d’apparaitre utilisés, utilisés à l’instant, utilisés par l’instant. » (Boris Wolowiec, avec l’enfant, p. 108)
→ pas à interpréter. Nous avons tellement été formatés à interpréter et ici je ne parle pas de musique. Interpréter tous les signes. Décrypter, analyser, extraire la substantifique moëlle et cela bien souvent au détriment de la « chose » elle-même, devenu support d’un supposé sens qu’elle n’a peut-être jamais endossé. N’y a-t-il par un rapport entre les pratiques du poète et la manière de faire et surtout d’être de l’enfant qui ne décrypte rien, mais qui reçoit en revanche tout, de plein fouet, dans sa singularité extrême, constitutive, avant d’être dressé au classement, à l’étiquetage, aux catégories ? Et ici, lisant ce qu’écrit Boris Wolowiec je pense, et bien sûr ce n’est pas un hasard à Philippe Jaffeux. Pas un hasart comme il l’écrit lui-même ? Les chiffres et les lettres sont des choses, à utiliser à l’instant.
Lire, écrire, avec l’enfant
« L’enfant devient une légende. L’enfant devient une légende presque sans parole et presque sans image. L’enfant devient une légende par le geste infinitif réflexe d’écrire sans savoir lire ce qu’il écrit. »
« L’enfant devient une légende comme une émotion qui demeure. L’enfant devient une légende comme une émotion qui demeure presque sans image et presque sans parole. L’enfant devient une légende comme une émotion qui demeure l’espace d’un instant. L’enfant devient une légende comme une émotion qui demeure presque sans image et presque sans parole l’espace d’un instant. »
→ Quitte à ne pas être dans le sens donné ici à ces mots par Boris Wolowiec, je dirais que c’est étrangement ce que je ressens quand je pense à ces petits héros enfantins qui me touchent tant (pas tous au demeurant et cela, en soi, est une piste de travail !) et qui inspirent en ce moment mon travail d’écriture. Le P’tit Bonhomme de Jules Verne, le David Copperfield de Dickens, essentiellement.
Écoute
J’ai relevé cette remarque essentielle dans un portrait de la rabbin Delphine Horvilleur dans M le Magazine du Monde : « L’écoute du récit de l’autre comme un matériau sacré ». (Le Monde du 12 janvier 2019)
La musique en soi
Theodor Reik, dans ses Écrits sur la musique, l’a beaucoup travaillée, cette forme de rémanence de la musique à l’intérieur de soi. Mais sous un angle exclusivement psychanalytique. Je cherche à la surprendre, j’en devine la quasi permanence, sans être toujours capable d’identifier les thèmes. Il me semble que l’élément rythmique est essentiel et plus surprenant que tout, peut-être, qu’il imprime à notre insu quelque chose au rythme vital, de manière non pas générale mais très précise. J’explore cela en écoutant cette pièce magnifique d’Alain Kremski, L’Appel des îles lointaines, dans le disque (quasi introuvable !) Résonance /mouvements, mouvement/résonances dont les mots du titre et la construction de ce dernier en chiasme ne peuvent que me retenir. Je pense en particulier au balancement des petits enfants dans les hospices roumains qu’on ne cessait de nous montrer il y a une vingtaine d’années (avant ou après la chute de Ceausescu ?). Ce syndrome connu sous le nom d’hospitalisme. « L’hospitalisme était très fréquent dans les pouponnières de la France d'après-guerre. La solitude rendait les jeunes enfants malades, ils dépérissaient peu à peu, tant physiquement que psychiquement. L'enfant en carence affective passe par différentes étapes : le premier mois de séparation, il pleure, crie et cherche le contact. Le deuxième mois, il dort mal, perd du poids, sa croissance est ralentie. Le troisième mois, il semble détaché, indifférent et ne témoigne plus aucun intérêt ni pour les personnes ni pour le monde extérieur. À l'époque, la psychologie des enfants n'était pas d'actualité. On pensait que leur comportement était dû à leur hérédité : parents alcooliques, syphilitiques ou pourquoi pas attardés de génération en génération. Ces explications ont été balayées par la découverte de l'hospitalisme, que l'on doit notamment à René Arped Spitz, un psychanalyste d'origine hongroise. » (source).
→ Recherche un peu décousue, anarchique, mais qui me donne le sentiment d’être sur zone pour nombre de mes chantiers de travail. Je tombe aussi sur cet extrait d’un article de Corinne D. Dubon Rougier qui souligne l’universalité de comportements rythmiques répétitifs chez les petits enfants, dont la plupart ne sont pas pathologiques : « Déjà en 1949, Lourié après avoir insisté sur l'importance de l'activité rythmique chez les organismes vivants, avait décrit les patterns rythmiques du jeune entant, insistant sur leur variété clinique, leur évolution plus ou moins discontinue ; ces patterns "changent de forme plutôt qu'ils ne disparaissent complètement, chez l'enfant avant 3 ans". Selon Lourié, ces activités répétitives ont un effet "organisateur" à des périodes de transition d'une étape du développement psycho-moteur à une autre, puis subsisteraient ensuite, répondant à un besoin secondaire ; ce type d'activité donnant à l'enfant l'occasion de soulager une tension. C'est en leur accordant un rôle analogue que Wallon parle de "décharges tensionnelles" ; pour lui, l'hypertonus engendre chez le jeune enfant une tension donc un malaise auquel il échappe par la "décharge tensionnelle", source de bien-être. Une autre analyse à valeur explicative est donnée par J. de Ajuriaguerra qui parle de "décharge de tension érotisée" ; la décharge apporte du plaisir à l'enfant et relève donc d'un comportement auto-érotique. Ces mêmes phénomènes, souvent portés à leur paroxysme, ont été étudiés en pouponnière par J. Aubry et regroupés sous le terme de stéréotypies à connotation nettement pathologique. » (source)
Flacon de sels
assise près d’un petit garçon très aimé qui s’endort, sentir sa petite main qui vous cherche à tâtons dans le noir et qui vient se promener dans vos cheveux ou sur votre oreille – recevoir deux photos d’un jeune homme très aimé : la première de sa toute nouvelle batterie électronique (éprouver une petite jalousie, ce désir de jouer de la batterie depuis l’adolescence !) suivie de celle d’un somptueux ciel rose de lever de soleil pris de son étage élevé – savourer des pommes cox orange et se régaler de ces mots : le cultivar a été obtenu par un semis chanceux de ribston pippin vers 1825 à colnbrook en angleterre par un horticulteur à la retraite nommé richard cox puis apprendre que « comme la 'grelot' et la 'pépin sonnant', on peut entendre bouger les pépins d'une cox lorsqu'on la secoue car ils ne sont pas bien "accrochés" à la pomme. » - l’andantino du jeunehomme, le concerto pour piano n°9 K.271 de mozart par mitsuko uchida
Livres cités :
Gérard Macé, Colportage, Gallimard
James Sacré, figures de silence, Tarabuste
Charles Dickens, David Copperfield
Victor Hugo, Les Misérables
Henri Thoreau, Walden, traduction de Brice Matthieussent, préface de Jim Harrizon, Le Mot et le reste
Boris Wolowiec, Avec l'enfant, Lurlure