André Velter que je remercie de sa confiance, me transmet cet hommage à Serge de Beaurecueil qui vient de disparaître
Un mystique au regard clair
Sans doute y a-t-il un rêve
d’enfant au coeur de toute destinée exceptionnelle. Ainsi le père dominicain
Serge de Laugier de Beaurecueil, qui vient de mourir à l’âge de 87 ans, a-t-il
su faire de sa vie une aventure à la mesure de l’irrépressible besoin d’évasion
et d’ouverture aux autres qui avait hanté sa jeunesse. Né à Paris en 1917 dans
une famille vite désunie, le garçon ne songeait qu’à des engagements décisifs
qui le mèneraient le plus loin possible, et Dieu lui fut un maître libérateur.
Choisissant la voie des Dominicains dès 1937, il apprit l’arabe et le persan,
devint l’élève de Louis Massignon, fut ordonné prêtre en 1944, servit deux ans
comme aumônier militaire avant de rejoindre l’Institut dominicain d’études
orientales (IDEO) du Caire. Là,
il découvrit l’oeuvre du poète qui allait souverainement l’orienter et changer
sa vie : Ansârî.
Celui-ci ayant vécu au XIe siècle dans la ville de Hérat, Serge de
Beaurecueil se rendit plusieurs fois en Afghanistan, puis obtint un poste
d'enseignant à Kaboul en 1963. Traduisant et commentant Ansârî avec une
érudition et une ferveur qui lui valurent le respect et la reconnaissance des
exégètes et des soufis afghans, il étendit cependant son champ d’action bien
au-delà de l’étude des textes. En fait, suivant le Chemin de Dieu qu’évoquaient
en détail les traités spirituels d’Ansârî, il ne se mit nullement en marge du
monde. Sa maison de Kaboul accueillit bientôt les orphelins et les enfants
abandonnés de la capitale afghane. Pendant vingt ans il sauva, soigna et
instruisit les plus déshérités.
Tous ceux qui ont approché Serge de Beaurecueil ont été frappé par l’alliance
singulière en lui de la douceur et de la détermination, de la gaîté et du
courage. Il avait son franc-parler et un rire désarmant. Il était intrépide,
modeste, un peu excentrique et la bonté-même : tout cela sans une once
d’ostentation. C’était à n’en pas douter une sorte de saint atypique que les
instances religieuses n’ont guère idée de béatifier : un mystique au regard
clair.
André Velter
Rédigé par : Alain Lebeau | mercredi 23 mars 2005 à 11h20
Rédigé par : Marie | vendredi 11 mars 2005 à 09h43