lundi 11 février 2008

Dossier spécial Carnets de Marina Tsvetaeva/2

Marina_avec_murr_19127_copie_2 La traduction française des Carnets de Marina Tsvetaeva est un événement éditorial et littéraire, auquel Poezibao s’associe par un dossier spécial, en trois volets.
Le premier a présenté le projet éditorial. Dans le second, publié ici, il s’agit de rendre compte d’une rencontre avec Nadine Dubourvieux et Eveline Amoursky, les traductrices qui ont travaillé à cette édition monumentale sous la houlette de Luba Jurgenson. Paraitra ensuite le troisième volet, constitué d’une note de lecture des Carnets.
Rappel important : Les Carnets paraissent seulement début mars, en même temps que le livre d’Ariadna Efron, Marina Tsvetaeva, ma mère, également publié aux Éditions des Syrtes.

 

 

 

L’unique lieu qui est le sien, le texte[1]
Une présentation de l’édition des Carnets de Marina Tsvétaïeva
Deuxième volet, rencontre avec les traductrices

 

J’ai rencontré Eveline Amoursky et Nadine Dubourvieux, dans les bureaux des Éditions des Syrtes. J’ai souhaité cette rencontre car j’avais été spontanément attirée par cette entreprise, que je pressentais de grande envergure, voire même un peu folle, d’une traduction en français des Carnets de Tsvetaeva. Et l’entretien m’a en effet permis de mesurer la passion et l’engagement nécessaires à un tel projet !

 

La formation d’un trio
Trois personnes se sont attelées à cette tâche, soit dans l’ordre chronologique de leur intervention, Eveline Amoursky, Nadine Dubourvieux et Luba Jurgenson.
Eveline Amoursky[2] a enseigné le russe et elle a réalisé plusieurs traductions pour Les Syrtes, Actes Sud et l’Age d’Homme. Elle a notamment traduit les Lettres à Anna[3] et Les Lettres du Grenier de Wilno[4].
Marina_page_manuscrite_carnet_4_c_2 Nadine Dubourvieux a étudié le russe à la Sorbonne
avec Véronique Lossky et Jacques Catteau. Elle a traduit pour les éditions Clémence Hiver Quinze lettres à Boris Pasternak, paru en 1991, puis Lettres à Anna Teskova (2002) et en collaboration avec Tzvetan Todorov, pour les éditions Robert Laffont, Vivre dans le feu, un choix de lettres et écrits intimes de Tsvetaeva, paru en 2005 et sorti en poche en janvier 2008.
Luba Jurgenson est maître de conférences de littérature russe à la Sorbonne - Paris IV, romancière et traductrice ; elle est l’auteur notamment de L'expérience concentrationnaire, est-elle indicible? (Éditions du Rocher, 2003), essai dans lequel elle mène une analyse comparative des plus grands récits littéraires sur l’univers des camps nazis et soviétiques. Elle a aussi été maître d’œuvre de l’édition intégrale des Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov (Verdier, 2003).
Lorsque les Éditions des Syrtes ont acquis les droits de traductions des Carnets, c’est Eveline Amoursky seule qui a entrepris ce travail, mais plusieurs mois plus tard elle a été rejointe par Nadine Dubourvieux, qui a pris en charge le second tome de l’édition russe. Parallèlement s’est imposée l’évidence que le texte seul des Carnets constituerait pour le lecteur français un ensemble difficile d’accès. Faire des coupes étant un choix peu satisfaisant, une autre option s’est fait jour : éclairer le texte. Tâche complexe pour laquelle Luba Jurgenson a été appelée en renfort. C’est donc sous sa direction que le travail à trois s’est mis petit à petit en place, relectures communes des traductions et surtout, pas à pas dans les Carnets, relevé puis mise en œuvre de tout ce qui pourrait aider à mieux les lire, les comprendre : notes diverses et encadrés de toutes sortes : portraits des principaux et très nombreux personnages évoqués par Marina, éclaircissements sur divers aspects de la vie en Russie, brefs extraits de la correspondance ou de certains textes de Tsvetaeva, lettres d’autres protagonistes, iconographie très développée et légendée avec soin, bref une multitude de sources complémentaires, venant enrichir et éclairer le texte même des Carnets.
Marina_avec_serguei_et_murr_pas_de_ A tous ces éléments inclus dans le fil du livre sont venues s’ajouter trois annexes importantes :
-un vaste panorama historique et littéraire de l’époque avec repères chronologiques, établi par Luba Jurgenson ;
- une chronologie de la vie de Marina Tsvetaeva, détaillée (pour les années touchées par Les Carnets) avec de menus faits parfois encore mal connus du public français.
-Un ensemble de repères biographiques permettant de resituer personnages épisodiques ou secondaires de la vie du poète
ces deux dernières annexes établies par Nadine Dubourvieux.
Sans compter l’inévitable et indispensable index général des noms.

 

Ne pas s'en tenir au biographique
Autant de clés donc pour faciliter la lecture puisque tous ces faits jouent ici un rôle fondamental et que s’il n’en connaissait rien, le lecteur pourrait avoir l’impression de lire une succession d'anecdotes plus ou moins intéressantes, croustillantes ou encore sordides.Il faut aussi rappeler l’extrême complexité de la personnalité de Marina Tsvetaeva, complexité telle que Nadine Dubourvieux constate qu’après vingt années passées en sa compagnie et dans l’intimité de son écriture, il y a des aspects qui lui échappent encore.
Les indications fournies sur le contexte historique et social sont utiles aussi pour mieux appréhender certains aspects du comportement de Marina, cette liberté dont elle fait preuve dans ses incessantes rencontres amoureuses, à mettre en regard du chamboulement des mœurs induit par la guerre et la révolution.
Nadine Dubourvieux et Eveline Amoursky suggèrent qu’on a jusqu’ici beaucoup trop approché Marina sous l’angle du biographique. Et qu’il serait dommage que Les Carnets soient appréhendés uniquement sous cet aspect, alors qu’ils vont bien au-delà, qu’ils sont le lieu des expériences du vivre-écrire de Tsvetaeva, que dans ces pages sont nés nombre de textes, rapportées tant de rencontres fondamentales, inscrites des lectures importantes, relatés des faits significatifs, etc. Les Carnets permettent aussi de saisir l’évolution fulgurante de Marina, depuis la toute jeune fille, souvent futile, qui commence à les tenir vers l’âge de vingt ans, en 1912, alors que sa première fille a trois mois, jusqu’à l’écrivain en pleine possession de ses moyens, traitant d’égale à égal avec Heine, Casanova, le Prince de Ligne, Goethe pour les morts mais aussi tant et tant de contemporains, parmi les plus grands.

 

Comment lire les Carnets
Pour clore cet entretien, j’ai demandé à chacune des deux traductrices de me dire comment selon elles, il fallait lire ces Carnets. Nadine Dubourvieux préconise plutôt une lecture au coup par coup, les prendre « matin et soir », dit-elle, lire une phrase « et cette phrase va ouvrir dans votre vie quelque chose d’étonnant ». Eveline Amoursky ne prône pas non plus forcément la lecture linéaire, mais elle souligne que seule celle-ci permet de voir comment une « chrysalide insouciante » devient ce qu’est devenue la vraie Tsvetaeva en un laps de temps très court et de se poser la question fondamentale de la part de l’Histoire dans son histoire.

 

A venir, une note de lecture détaillée des Carnets

Photos aimablement communiquées par les Editions des Syrtes, de haut en bas, Marina avec son fils Murr, page manuscrite du Carnet 4 et Marina avec son mari Sergueï et son fils Murr.

 

 



[1] Luba Jurgenson, in Marina Tsvetaeva, Les Carnets, Éditions des Syrtes, parution mars 2008
[2] Eveline Amoursky a réalisé un site sur Marina Tsvetaeva avec notamment une très intéressante iconographie
[3] Lettres à Anna, trad. E. Amoursky, Syrtes, 2003
[4] Lettres du Grenier de Wilno, Trad. E. Amoursky, Syrtes, 2004

 

 

vendredi 08 février 2008

Dossier spécial Carnets de Marina Tsvetaeva/1

Marina_plaquette_2 Un important événement éditorial s’annonce : la publication par les Éditions des Syrtes de l’intégrale des Carnets de Marina Tsvetaeva, travail de grande envergure qui a requis les efforts passionnés de pas moins de trois personnes, Luba Jurgenson, responsable de la publication, Nadine Dubourvieux et Eveline Amoursky, traductrices.
A cette occasion, Poezibao présente un dossier « spécial Carnets de Marina Tsvetaeva ».
Il comportera :
•une présentation des Carnets et de leur édition en français (ci-dessous)
•une interview des traductrices
•une note de lecture.
L’ensemble sera illustré de plusieurs reproductions des carnets, couvertures, ou pages du carnet et de photos.
Attention : sortie du livre début mars

 

 

L’unique lieu qui est le sien, le texte[1]
Une présentation de l’édition des Carnets de Marina Tsvetaeva

 

Marina_portrait_2 Petit à petit l’œuvre de Marina Tsvetaeva est publiée en France, permettant aux lecteurs de mieux comprendre son importance et son ampleur. Il faut signaler ici tout particulièrement les efforts de deux maisons d’édition, Clémence Hiver et Les Éditions des Syrtes[2].
Ces dernières frappent un très grand coup en mettant à la disposition de tous Les Carnets de Marina, en un très fort volume de près de 900 pages qui est aussi un modèle d’édition (je vais y revenir en détail). Pour un état des publications, en français, je renvoie à la bio-bibliographie de Marina Tsvetaeva qui est disponible sur le site et que je viens de mettre à jour.

 

Marina_carnet_rouge_2 15 carnets
C’est à Ariadna Efron[3] que l’on doit le sauvetage des archives de sa mère. De 1955 à sa mort en 1975, elle s’est consacrée à la tâche de rassembler l’héritage manuscrit, lequel sera déposé aux Archives d’État de littérature et d’art de Moscou et restera, selon la volonté d’Ariadna, incommunicable jusqu’en 2000.
A partir de cette date, archives ouvertes donc et publication par Elena Korkina et M. Kroutikova des cahiers de création, correspondances, journaux et carnets de notes. La transcription des Carnets donne lieu à l’édition en russe de deux volumes sous le titre Neizdannoe. Zapisnye knijki v dvoukh tomakh. Tom pervyï, 1913-1919. Tom vtoroï, 1919-1939.
Ce sont ces deux volumes qui sont aujourd’hui traduits et présentés en France par les Éditions des Syrtes. Publiés sous la direction de Luba Jurgenson, traduits du russe et annotés par Eveline Amoursky et Nadine Dubourvieux, avec un avant-propos de Luba Jurgenson, une préface de Caroline Béranger et une postface de Véronique Lossky.
Au nombre de 15, les Carnets couvrent la période 1913 à 1939 (Marina est née en 1892 et s’est pendue en 1941). Ils retracent en filigrane la genèse de l’œuvre littéraire et constituent souvent le matériau dont Marina se sert pour écrire.

 

Marina_carnet_manuscrit_2 Le livre
Ce qu’il importe sans doute de souligner tout particulièrement, c’est le parti éditorial adopté par l’équipe conduite par Luba Jurgenson. Car si l’on dispose bien ici de la traduction intégrale des Carnets de Marina, le texte en est accompagné d’un superbe ensemble de photos, de reproductions de pages de carnets, de documents de toutes sortes, grâce notamment à une belle collaboration avec les Archives russes de littérature et d’art. De plus les réalisatrices de ce très beau livre ont eu le souci d’éclairer tout le contexte de ces notes et notations de M. Tsvetaeva, dont elles démontrent à quel point il est essentiel dans la compréhension non seulement des Carnets mais de la personnalité même de Marina et de son évolution (voir leur interview, à paraître sous peu sur le site). Cela se traduit par des notes de bas de pages, mais aussi par de substantiels encadrés sur tel ou tel aspect de la vie ou des usages en Russie (où la plupart des Carnets ont été rédigés). Sont présentés aussi les principaux  et très nombreux personnages évoqués dans ces pages. En fin de livre, trois annexes importantes, une chronologie détaillée, totalement inédite en français, de la vie de Marina, une chronologie historique de l’époque et un index des personnages cités qui ne font pas l’objet d’une note plus détaillée dans le fil des pages.

 

A suivre par l’interview des traductrices et la note de lecture du livre

 

 


[1] Luba Jurgenson, in Marina Tsvetaeva, Les Carnets, Éditions des Syrtes, parution mars 2008

[2] Les Éditions des Syrtes ont déjà publié, Lettres à Anna, traduction Eveline Amoursky, Lettres du Grenier de Vilno, traduction Eveline Amoursky, Cet été-là, correspondance Marian Tsvetaeva/Nicolas Gronski, traduction Chantal Houlon Crespel et Marina Tsvetaeva/Boris Pasternak, Correspondance, traduction Eveline Amoursky et Luba Jurgenson.

[3] Les Éditions des Syrtes publient en même temps que les Carnets, un livre d’Ariadna Efron, Marina Tsvetaeva, ma mère. Ariadna Efron (1912-1975) est la fille aînée de Marina, qui aura deux autres enfants, Irina, morte en bas âge (1917-1920) et Murr, né en février 1925 et mort en 1944.

 

 

samedi 09 juin 2007

Aux éditions Arfuyen

Arfuyen

La maison d’édition alsacienne, aux choix bien arrêtés : poésie et textes de la tradition spirituelle – où trouver ailleurs Jacopone de Todi, Angelus Silesius mais aussi Cristina Campo ou Jessica Powers ? - propose à ses lecteurs des nourritures tout autant célestes que terrestres à fin de les rassasier pour longtemps, en tous cas de ne pas manquer en temps de disette …

 

Que l’on en juge !

 

Hillesum Tout d’abord et par dilection spéciale : Etty Hillesum, "histoire de la fille qui ne savait pas s'agenouiller" ; un livre d’apparence composite, mais dont chacune des parties concourt à donner les traits d’une spirituelle pour aujourd’hui en temps de catastrophes : émouvant, le témoignage de Liliane Hillesum, discret celui de Charles Juliet, délicats les commentaires du p. Dominique Sterckx, o.c.d. (connaisseur, s’il est, d’une « formule de vie », celle du Carmel), enfin, magnifique (comme toujours) le propos de Claude Vigée, sur cette « sœur universelle » à qui échut à Westerbork d’être « le cœur pensant de la baraque » (cf. la biographie de Sylvie Germain aux éditions Pygmalion).

 

Ensuite, quelques mots infiniment trop rapides pour de bien beaux livres, en signifier les effets, en en « publiant la louange ».

 

                                                                      Avanza la cara figure d’amore
                                                                      Quei dolci tacchi battuti sul core
                                                                      E l’ombra calda sulla faccia.

 

Sinisgalli Quelques vers de Sinisgalli, pour saluer J’ai vu les Muses traduit de l’italien par Jean-Yves Masson (le poème cité : Rue Saint-Walburge, aux pp. 118-119).
J’emprunte sans sourciller quelques lignes de la recension d’Emmanuel Laugier, consonnant tout particulièrement avec celles-ci dans ma réception de l’auteur d’Oubliettes (La Feugraie)

 

Et à Sinisgalli d'ajouter à l'origine indéterminée des muses cette finale en forme de réouverture : " Le coeur émerveillé/ J'ai interrogé mon coeur émerveillé,/ J'ai dit à mon coeur la merveille. " Le métier d'écrire, véritable métier d'ignorance, est alors cette merveille ouverte sur le naturalmente cosa, un n'importe quoi... qui importe là plus que tout, qui ne dit pas l'indifférence méprisante pour les choses sans voix devant nous, mais la considération de tout ce qui existe, cyprès dans le vent, genoux crayeux d'un enfant, " éclat des phares/ Sur les massifs d'immortelles/ Ce soir ".

 

Mots du cœur ! comme ceux d’Etty Hillesum, ou encore ceux de Philippe Beck, lecteur fidèle : « La didactique a une origine, le cœur ». (En réponse à Gérard Tessier, dans Beck, l’impersonnage) ou encore ce vers résumeur du Finale des Chants populaires : « C. est le premier moteur. »

 

Carvalho_2 On a déjà rencontré ici (portait et anthologie) mention de Enquête sur les domaines mouvants de Max de Carvalho. Je souligne simplement que le poète est aussi le découvreur des textes d’une moniale dont un florilège a paru aux éditions de l’Arrière-pays tandis qu’Arfuyen en donnera prochainement l’édition définitive sous le titre Le repos inconnu. J’ajoute, relisant un propos de Marc Blanchet, que la manière des poèmes a évolué, notamment en se rapprochant parfois de l’éclat aphoristique.

 

Suied Alain Suied a vu ses ouvrages publiés à maintes reprises dans la collection les cahiers d’Arfuyen. Son site personnel donne des extraits de l’une des suites : Sortir de la fausse mort de son dernier recueil « Laisser partir ».
Chacune des huit suites : De la perte au manque – Obscur est le cœur – Le blessure la plus lointaine – Entendre, écouter, comprendre – Apnée dans le vraie vie – Sortir de la fausse mort – À l’arraché – Sous le masque de la chair, comporte une dizaine de poèmes.

 

De la huitième suite, ce huitième poème en guise de salut à Hervé Castanet, Céline Masson et leurs lecteurs …

 

          Sortir de la fausse mort : l'image
          que tu as toi-même construite.
          Voilà pourquoi tu arpentes la nuit
          commune. Voilà pourquoi tu ne peux
          t'identifier au masque fragile
          et mortifère à la fois des conventions

 

          Aller vers le soleil du visage :
          chaque reflet du temps te ramène
          à l'origine commune. Voilà pourquoi
          tu remontes, marche après marche
          du gouffre illusoire et mortel
          à la fois du vrai abandon.

 

Comme un écho du sundgovien Nathan Katz, qui a donné son nom à un prix récent . S’il est une Chine, sans aucune doute existe une « Alsace intérieure » :

 

          All dini Traim, si süeche
          I mein, i säch si um mi steh:
          Si lüege groß mi a!

 

Ce qu’Alfred Kern traduisait de l’alémanique par :
tous tes rêves vont vers moi/je crois les voir/autour de moi/qui me regardent/ils sont là/de grands yeux effarés.
(revue l’Autre, 1990)

 

©Ronald Klapka

dimanche 06 mai 2007

Dossier André du Bouchet 4 : La revendication de la prose un article d’Yves Peyré

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La Revendication de la prose

La poésie est une brutale et miraculeuse éclaircie à l’horizon du langage rendu aussitôt à l’essentiel. Pour André du Bouchet la poésie est l’autre nom de la respiration. Ce n’est pas un jeu, encore moins un calcul, c’est l’état d’un passage à même le tumulte des mots en vue d’un débordement, au gré de l’existence, du verbal lui-même, mais ce débordement, André du Bouchet se plaît à l’inscrire sur la page. La poésie est la cime de l’expression, doit-elle être le seul accès à l’être ? Certainement pas car il y a aussi la réflexion, la méditation, ce que l’on appelle l’essai qui, aussi poétique sera-t-il, ressortit de la prose. Cela serait également vrai de la notation qui s’attarde, qui échappe à la fugacité du strict poème (carnet, récit). La prose existe qui est le contraire de la poésie. Alors, dans un élan irrépressible, la poésie inclut à son propre mouvement cette différence, elle s’accapare cette altérité, elle en fait une autre de ses provinces. La poésie avec André du Bouchet contamine la prose, elle la revendique. Sa poésie est au reste la meilleure incarnation d’un excès du verbal, au plus haut, elle est suspens, éboulement, infini vibratoire. Dans le geste même de vouloir tout dire, il arrive à chacun d’éprouver la bousculade des mots au point que la parole se coupe, rentre en attente, le heurt verbal se traduisant par un bégaiement, un blanc provisoire, c’est cela la prose de Du Bouchet, un acte d’excessive parole qui au plus fort de l’emportement traduit le muet. Aussi bien l’attention portée à d’autres créations, proches et significatives, impose le trouble de la prose pour une clarté poétique convaincante. Des grandes méditations presque classiques des débuts sur Poussin ou Baudelaire réécrites pour ne pas déroger à cet impératif jusqu’à la considération frémissante de Tal Coat ou, reconnaissante, de Leiris comme à l’aveu presque anonyme d’une histoire sans histoire, André du Bouchet honore la prose, il introduit en elle cassure et suffocation, il donne à la pensée le point d’appui incertain qu’elle recherche. Se tenir en arrêt, marcher d’un bon pas, réduire la distance, telle est sa façon de tourner autour du sens qui s’évanouit aussitôt qu’il devient, qui demande à être relevé, placé loin en avant de la parole qui le découvre. Il s’agit ni plus ni moins d’un salut. A l’aune de cette ignorance du prosaïque, la prose elle-même advient à sa lumière, poésie imprévue qui refleurit dans l’épaisseur de sa nuit. André du Bouchet l’a arrachée à sa lourdeur, l’a rendue légère comme une voyelle ou un timbre d’oiseau. La prose discontinue dès lors ne s’apaise pas. Elle va à son feu, selon la rigueur de sa flamme.

 

Yves Peyré

 

Cet article paraît dans le numéro double exceptionnel que la revue l’Etrangère consacre à André du Bouchet

photo DR, Truinas, la maison d'André du Bouchet

 

Dossier André du Bouchet, 3 : une lettre inédite à Paul Celan

14 Mars 1966

 

Voici longtemps, cher Paul Celan, que je souhaitais vous écrire. Je le fais aujourd’hui pour vous dire que la revue ou cahier trimestriel projetée avec Yves Bonnefoy, Louis-René des Forêts er Gaëtan Picon, a, cette fois, pris corps (je vous avais déjà parlé de ce projet, je crois)– et doit sortir dès Octobre prochain sous le titre de « L’Ephémère ». Pour durer quelques temps, je l’espère… À tous, il nous paraît essentiel que quelque texte de vous y figure dès l’un des premiers numéros – en français. Et je songe, de nouveau, à votre admirable Méridien, auquel peut-être pourrait s’adjoindre une traduction de quelques poèmes – Nous avions presque fini, l’été dernier, d’en revoir ensemble la traduction – Les défauts de cette traduction m’apparaissent plus clairement aujourd’hui – mais aussi plus clairement la possibilité d’y remédier de façon à ce que ce texte en français ne soit pas indigne du sens qui s’y trouve attaché.

 

Je vous envoie ma pensée amicale, je vous serre la main.

 

André du Bouchet

 

Adresse de l’expéditeur : 15, rue des Grands Augustins, Paris VI
Adresse du destinataire : 78, rue de Longchamp, Paris XVI

 

Cette lettre inédite paraît dans le numéro double exceptionnel que la revue l’Etrangère consacre à André du Bouchet


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photo DR

Dossier André du Bouchet, 2 : une étude inédite sur Victor Hugo

Un texte inédit d’André du Bouchet : Vision et connaissance chez Victor Hugo
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Ce texte date sans doute du début des années 50 et se présente sous la forme de 7 pages dactylographiées sur papier fin, attachées par un trombone ( en haut à gauche) qui ne se retirait pas à cause de la rouille sauf à déchirer le haut des pages. L’ensemble se trouvait dans une chemise cartonnée d’un rouge foncé et passé sur laquelle sont inscrits de la main d’André du Bouchet : au recto : Victor Hugo ; au verso, des notations manuscrites.

 

Vision et Connaissance chez Victor Hugo

 

Un des critiques de Hugo les plus pénétrants, Léopold Mabilleau, constatant à son tour que dans son œuvre l’imagination créatrice prend toujours la forme visuelle, se trouve amené à dénoncer la « dégénérescence » qui, à l’en croire, aurait progressivement porté Hugo « à devenir de moins en moins sensible à l’apparence propre des objets » et à transformer sa perception « en une sorte de rêve intérieur », et cela, après qu’il eût passé « de la région verbale et mensongère de la rhétorique pour entrer dans le domaine de l’observation. » Cette dernière constatation, ne l’empêche pas d’affirmer que Hugo « a fini par ne plus voir que lui-même ». Fondée ou non, la thèse de Mabilleau comporte une contradiction intéressante qui lui a échappé, et qui n’est que le reflet d’un doute essentiel dont, sous ses dehors péremptoires, l’œuvre de Hugo est profondément empreinte. C’est le doute même de Hugo lui-même que, à son insu le critique invoque, sous cette forme contradictoire, contre l’œuvre qui en tire son origine. Car, loin de constituer un symptôme de dégénérescence, cette incertitude doit se placer à la source de l’effort créateur chez Hugo.

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Vue et Expression

 

L’acte de voir symbolise chez Hugo l’effort par excellence, face à la difficulté de

 

     « Chercher un pli, chercher un nœud, de faire effort
     Pour prendre l’impalpable et l’obscur par le bord »,

 

d’arriver à assurer sa prise, à prendre pied dans ce qui demeure inexprimé : l’univers, qui semble frappé de mutisme, ou la page blanche. La vue est le signe d’appropriation de l’incréé. Tel est le nom de Gilliatt sur la neige, le mot vient s’y inscrire de façon visible, pour ensuite s’effacer. L’expression « à perte de vue » prend toute sa résonance sous la plume de Hugo.

Car, aussitôt créé, le monde objectif semble frappé de nullité. Pour Hugo, création est synonyme de chute : toute expression comporte une sorte de rétrécissement, qu’il tente de parer, sur le plan verbal, par une surenchère où la vue s’égare, où sa perte se consomme. Il n’y a pas de moyen terme entre précision et diffusion. L’expression précisée, visualisée, s’identifie avec la ruine. Et la diffusion à laquelle il a recours pour lui restituer sa première énergie, précipite au contraire son effacement. Dans le cheminement poétique propre à Hugo vient chaque fois s’inscrire une cosmogonie.
Chaque chose vue devient un gage de la création, et le signe même de l’expression poétique : la mystique visionnaire ne se sépare pas d’une sorte de réalisme sommaire. L’univers se présente sous l’aspect d’un langage visible, d’un alphabet visuel qui sans cesse surgit et s’efface :

 

     « La terre est sous les mots comme un champ sous les mouches. »

 

Autour des points acquis, comme autant de taches, des centres symboliques, s’organisent les lignes de force formant le réseau dont Hugo enveloppe le monde objectif.

 

Le Milieu Visible

 

Une véritable matière de la vue : selon l’hypothèse avancée dans les Travailleurs de la Mer, l’« assèchement » du jour révèlerait toute une faute spécifique à la vue, surgissant et se confondant alternativement avec la transparence. Ici la création du « voyant » coïncide avec la création tout court, les degrés de l’être étant déterminés par l’intensité de la vue. Profondeurs troubles. Linéaments avides, se cristallisant en pieuvre, en mouches, en tous les prête-noms d’une réalité innommable. Ce monde visuel protoplasmique paraît se placer à l’origine même de la vie ; c’est la vue, ou la vie dans sa forme moléculaire. Toutes les dimensions usuelles, l’échelle humaine elle-même, sont contaminées par cette perception moléculaire. La vue, continuellement contrainte de s’ajuster à ces mouvements d’expansion et de raréfaction, trouve une sorte d’objectivation dans le renvoi au microscope et au télescope qui servent à matérialiser cette démarche imaginaire, à « grossir la vision ». Entre ces deux infinis, la réalité elle-même paraît faire défaut, et c’est sur ce « milieu visuel », qui lui sert de stimulant poétique, qu’il arrive alors à Hugo de greffer une filiation prétendue réelle, et parfois non exempte d’une certaine platitude.

     « Il regarde tant la nature

     Que la nature a disparu ».

 

L’Univers de la Vue

 

L’exercice de la vue qui est pour Hugo le premier moyen de pénétration du domaine objectif a cela de particulier qu’il semble en même temps annuler le champ de son investigation. La connaissance est liée à une fragmentation de l’objet qui ne peut être compensée que par un effort de généralisation inversement proportionné, pour en lier les éléments épars et en assurer l’intelligibilité ; dans les deux cas, dans l’éclatement résultant de la tentative de mainmise comme dans la généralisation par laquelle il tâche de préserver son intégrité, l’identité même du sujet, absorbé par ce qu’il s’est efforcé de saisir, est mise en cause. Les éléments de cette dialectique visuelle peuvent être reconstitués.

 

a) taches qui se précisent et se dessinent.

 

b) objets à leur tour réduits à des points. C’est, dans mainte œuvre de Hugo, l’épilogue par l’effacement.

 

c) après l’effacement : le non-visible, ou l’indicible. Etats de flottement crépusculaire.

 

d) fonction presque gratuite de la vue dans le non-visible, conduisant, par sa propre énergie, au dégagement d’objets visibles. Thème des « linéaments livides ». S’agit-il d’une réalité ou d’une vision ?

 

e) le monde de la vision. Un univers « visionné » dont chaque élément, n’existant qu’en vertu du regard qui s’y pose, devient à son tour doué de vue, se charge de fluide visuel, et voit.

 

    « Et sur vous qui passez et l’avez réveillée ,
    Mainte chimère étrange à la gorge écaillée
     ……………………………………………
    Du fond d’un antre obscur fixe un œil lumineux »

 

Tout, n’existant qu’en vertu de cette vue, ne peut que mutuellement s’entrevoir : l’existence devient un gigantesque solipsisme visuel.

 

    « Les objets effarés qu’un jour sinistre éclaire
    Sont l’un pour l’autre vision ».

 

C’est à ce moment de paroxysme visuel que le poète peut surprendre

 

    « l’attitude effarée et terrible

     De la création devant l’éternité »,

 

c’est-à-dire l’étonnement de ce qui voit face à ce qui ne voit pas, de voir, en dernier ressort, qu’on ne voit pas.

 

f) on existe simplement parce qu’on est vu, on a renoncé à voir. La vue cesse d’être un principe actif, le poète n’est que soumis à une vision. A cette phase correspond chez Hugo l’invention d’un œil transcendant. Du point de vue poétique, il est peut-être significatif que cet œil passif et conservateur soit à l’origine de la vision la plus conformiste chez Hugo.

 

La Vision

 

Dans sa confrontation du proche et du lointain, de l’immense et de l’infime, ses antithèses perpétuelles, le travail de réduction de ce qui voit à ce qui est vu, se confond avec le travail poétique lui-même. L’objet de la vision, avant de se confondre avec le visionnaire, semble réfléchir, réverbérer le regard qui le fixe, et, dans la mesure même de son intensité, refouler le rayon visuel à sa source, comme si la vision, consommant son cycle, rentrait en elle-même, et se résorbait dans le non-visible.

 

     « Il me toucha le front du doigt, et je mourus. »

 

L’eau recouvre la tête de Gilliatt au moment où le point qu’il fixe disparaît.
      « On voit tout, et rien. »
Le terme de la vision conduit donc au néant initial, à cette indicible carence de la réalité qui sollicite la création et engendre, une fois de plus, la vue.
C’est ainsi qu’avec Hugo, le fait même de voir, transcendant la description, commence à intervenir dans la formulation de la réalité, en cristallisant le rêve de faire corps avec la réalité extérieure. Des Contemplations aux Illuminations et aux Yeux Fertiles, à travers l’aventure de la fragmentation la poésie aura éprouvé l’unité de l’être et du monde.

voir la présentation du double numéro de la revue l'Etrangère où doit paraître ce texte

photos DR (André du Bouchet et ses carnets)

 

Dossier André du Bouchet, 1 : présentation du numéro spécial de la revue l'Etrangère

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François Rannou, qui en est un des principaux maîtres d’œuvre, a composé pour Poezibao un très beau dossier, riche en particulier de documents exceptionnels et inédits pour la plupart, autour des deux forts volumes consacrés par la revue l’Étrangère à André du Bouchet. Qu’il en soit remercié très chaleureusement.

 

Je publie séparément à la suite de cet article Vision et connaissance chez Victor Hugo, un article inédit d’André du Bouchet. Ainsi qu’une lettre à Paul Celan. Je publierai aussi à la suite, par souci de lisibilité, un des articles de la revue que François Rannou a bien voulu me communiquer, La revendication de la prose, par Yves Peyré.

 

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Pour introduire à la lecture des deux volumes de la revue L’étrangère consacrés à André du Bouchet

 

La revue L’étrangère tente, avec les deux volumes doubles qui viennent de paraître*, d’ouvrir un peu les portes de l’atelier d’André du Bouchet. Ainsi, nous le découvrons aux États-Unis où, il n’a pas vingt ans, son sens aigu de la lecture frappe d’emblée par sa justesse sans concession. Nous pouvons mieux comprendre également comment se construit ce qui est moins une poétique (ce serait même, d’une certaine manière, un contresens d’employer ce mot) qu’une ligne de conduite que la poésie, parce qu’elle est parole et silence, écoute et voix, geste et regard, sous-tend et révèle.
L’amitié y tient sa part, celle avec Reverdy, Celan, Des Forêts, notamment ― l’amitié, oui, qui n’a rien seulement de littéraire mais engage, concrètement, une responsabilité. Et le dialogue qui se noue avec les artistes (Jean Hélion, Tal-Coat, Giacometti entre autres), très tôt, le prouve. Et sans cesse interroge comment parvenir à saisir ce qui du réel s’éclipse, furtivement se laisse entr’apercevoir et se dérobe ― toucher au point muet qui fonde et troue sa propre langue ― toute langue, la sienne, alors, devenant étrangère. Cette question soutient de façon centrale la recherche d’André du Bouchet et nous l’apercevons directement dans ce pas au-delà d’elle-même qu’il fait faire à la traduction, l’amenant, par là, paradoxalement, au plus littéral de ce qui la constitue.

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La revue propose donc au lecteur de rentrer dans le vif de ce travail en donnant à lire d’André du Bouchet des textes et traductions inédits ou retrouvés, des lettres (à lui aussi adressées), des notes, des esquisses, des extraits de carnet, en permettant, grâce aux entretiens qu’il a accordés généreusement, d’entendre sa voix. J’ai voulu encore que fût présente la parole critique, à laquelle du Bouchet a toujours souscrit, même si c’était souvent en franc tireur ― il l’a suscitée, encouragée, elle éclaire, aujourd’hui, d’une lumière différente les enjeux de cette œuvre, et du Bouchet aurait été heureux de constater qu’une nouvelle génération poursuit sa lecture. Les poètes qu’il aimait ont évidemment été invités dans cet atelier ― les compagnons et amis de sa génération, et ceux, plus jeunes, dont il appréciait les textes ― il faut dire, d’ailleurs, combien cet homme, qui avait la réputation d’être hautain, inabordable, a été à l’écoute de ceux qui commençaient (pour reprendre le terme que Reverdy emploie lorsqu’il dédicace Main d’œuvre à André du Bouchet : « d’un poète qui finit à un poète qui commence »), les a encouragés, conseillés, a pris sur lui, même, de les faire éditer (c’est le cas de Philippe Denis et d’Alain Suied, par exemple).
Enfin, une chronologie permet de mieux cerner encore le parcours, de celui qui, par son exemple, indique une direction, exige d’aller encore plus loin, au devant de soi-même.

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Un aperçu de ce que le lecteur peut trouver dans chacun des volumes
 

Le volume 1 s’ouvre sur les derniers textes en cours trouvés rue des Grands-Augustins. La première partie, comme un fronton, s’ouvre avec les textes de Philippe Jaccottet, Jacques Dupin, Yves Bonnefoy et Anne de Staël.
Puis on rentre dans l’atelier. D’abord l’activité de lecteur : André du Bouchet écrit de nombreux textes critiques dans sa jeunesse « américaine » (sur Fénéon, Péguy, Descartes, Rimbaud). Une fois rentré en France, sa réflexion prend une autre dimension comme le confirment ses essais sur Hugo, Mallarmé, Rimbaud, puis Hölderlin comme, plus tard, sur Celan (à qui André du Bouchet rend hommage dans un texte à notre connaissance inédit).
L’œuvre du poète suscite bien sûr de nombreuses approches critiques qui permettent de mieux saisir les enjeux de l’œuvre. Ainsi de remarquables éclairages sont-ils donnés par Emmanuel Levinas, Didier Cahen, Dominique Grandmont, Salah Stétié, Denise Le Dantec, Alain Suied, Jacques Depreux, Jean-Patrice Courtois, Yves Peyré et Jean-Claude Schneider.
Une familiarité s’installe, alors, que les témoignages de ceux qui l’ont rencontré rendent plus claire, plus chaleureuse encore. Les lettres que Reverdy adresse à André du Bouchet forment, d’autre part, la preuve de ce qui se tisse « d’un poète qui finit » à un poète « qui commence ».
Enfin, après des poèmes (ceux qu’on offre à l’hôte qu’on vient visiter), et des entretiens (ici, avec Monique Petillon et Georges Piroué), le volume se clôt par une chronologie précise et un inédit d’André du Bouchet qui dit la perte d’un de ses fameux « carnets ».

 

Le volume 2 propose de mieux approcher André du Bouchet traducteur. Le lecteur peut notamment percer le cœur du mouvement de traduction grâce à une lettre que Louis-René des Forêts adresse à l’auteur d’Ou le soleil à propos de sa traduction d’une prose de Laura Riding.
Après des études critiques d’une grande justesse où de jeunes essayistes parviennent à renouveler l’approche de l’œuvre d’André du Bouchet (Thomas Augais, Clément Layet, Sylvie Decorniquet, Elke de Rijcke, Rémi Bouthonnier, Victor Martinez, Nathalie Brillant entre autres), le lecteur pourra entendre la voix du poète à travers des entretiens.
Mais il ne saurait être question d’oublier, bien entendu, le rapport étroit qu’entretenait du Bouchet avec la peinture. Une lettre de Jean Hélion, des textes sur Géricault, Masson, Miro et Tal-Coat constituent une partie riche que vient conclure une très belle étude de Jean-Claude Schneider.
Enfin, Victor Martinez donne une bibliographie documentée mise à jour…et le dernier mot reste au poète : « Raconte-moi/ma vie ».


*La revue L’étrangère propose les deux volumes sur André du Bouchet pour la somme de 45 € (chaque volume fait à peu près 500 pages).
On peut trouver ces volumes en librairie dès la fin mai. On peut aussi se les procurer en adressant son règlement à l’ordre de :
Pierre-Yves Soucy / L’étrangère
c/o La Lettre volée
20, Bd Barthélemy
B -1000 Bruxelles (Belgique)

photos DR

ajout du 30 juin 2007 : remue.net vient de publier un ensemble tout à fait complémentaire de celui de Poezibao, sur ces mêmes numéros de la revue l'Etrangère

 

samedi 05 mai 2007

Libelluler

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mercredi 13 décembre 2006

Soirée Gaston Miron, aujourd'hui, 13 décembre, au Centre Culturel Canadien de Paris

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Aujourd’hui, mercredi 13 décembre,

À 20h00 au Centre culturel canadien.
À l'occasion du dixième anniversaire de la disparition du poète québécois Gaston Miron,

regards croisés sur l'homme et l'œuvre

par des membres de l'Académie Mallarmé, de la Nouvelle Pléiade, du Pen Club français et du Cercle des Amis de Gaston Miron.

Présenté par Sylvestre Clancier.
Réservation : 01 44 43 24 90.

 

Centre Culturel Canadien, 5, rue de Constantine, 75007 Paris.

 

L’occasion pour Poezibao de célébrer la parution d’un très beau livre consacré à Gaston Miron. Livre intitulé Album Miron et composé par la compagne du poète disparu il y a dix ans, Marie-Andrée Beaudet. Le livre propose une magnifique collection de photos, accompagnées de notes manuscrites et d’extraits de poèmes, documents rares et manuscrits inédits. Il s’ouvre sur les paysages de l’enfance et se clôt sur ses funérailles en 1996, sa machine à écrire, sa bibliothèque. Les commentaires sont tirés de l’œuvre de Gaston Miron qui se fait ainsi le guide de ce livre émouvant et passionnant par la multitude des documents.

Gaston Miron était né le 8 janvier 1928 dans les Laurentides au Québec et son enfance est marquée par deux ruptures, la découverte de l’analphabétisme de son grand père et la mort de son père en mars 1940. Il sera élevé par des religieux, loin de sa famille et c’est dans ce contexte de tristesse qu’il écrira ses premiers poèmes.

En 1953 il fonde les éditions de l’Hexagone. Il fait un important séjour à Paris, en 1959 pour étudier les techniques de l’édition à l’école Estienne. En 1970 paraît son livre L’homme rapaillé qui obtient un vif succès. Atteint d’un cancer, il meurt le 14 décembre 1996.

 

[…]

 

Ceci est agonique
Ceci de père en fils jusqu’à moi

Le non-poème
c’est ma tristesse
ontologique
la souffrance d’être un autre

Le non-poème
ce sont les conditions subies sans espoir
de la quotidienne altérité

Le non-poème
c’est mon historicité
vécue par substitutions

Le non-poème
c’est ma langue que je ne sais plus reconnaître
des marécages de mon esprit brumeux
à ceux des signes aliénés de ma réalité

Le non-poème
c’est la dépolitisation maintenue

de ma permanence

Or le poème ne peut se faire
que contre le non-poème
ne peut se faire qu’en dehors du non-poème
car le poème est émergence
car le poème est transcendance
dans l’homogénéité d’un peuple qui libère
sa durée inerte tenue emmurée

[…]

Premières pages des « Notes sur le non-poème et le poème » publiées à l’été 1965 dans un numéro spécial de la revue Parti Pris,  consacré à « la difficulté d’être québécois ».

 

mardi 04 avril 2006

Marcel Moreau et James Sacré aux éditions Cadex

04_moreauHélène Boinard a repris les rênes de la belle maison d'édition Cadex (comme CADavres EXquis) et après un court temps de latence, marque son arrivée par une double publication. Deux livres singuliers, deux célébrations. Admirablement édités, l'un comme l'autre. Il suffit de songer à ces… (quel nom leur donner si ce n'est celui de produits), graines de best-sellers racoleurs qui encombrent les tables des libraires, pour mesurer toute la différence. Ici petits volumes, formats à la convenance du texte, beaux papiers, vergé et couché satiné (mais quand on découvre que les livres ont été imprimés par Le Temps qu'il fait, tout s'explique !). Luxe inutile ? Non, nécessité, vraie nécessité que l'écrit singulier, l'écrit rare puisse encore bénéficier de ce soin-là (qu'il serait terrible de voir réservé aux seuls livres de bibliophilie aux prix inaccessibles). Dire aussi, et l'on sait à quel point c'est difficile d'y parvenir, la très belle qualité de reproduction des photos en noir et blanc de Jean-David Moreau.

Jean-David Moreau, photographe qui signe en effet avec Marcel Moreau ce Tectonique des Femmes. Où il est question de plans, plans très rapprochés, à la limite de la macrophotographie, images infiniment troublantes parce si on sait ce qu'elles ne représentent pas, on ne sait pas ce qu'elles représentent. Puisqu'elles sont supposées nées d'un réel tangible et non pas d'un fantasme. Support de l'écriture de Marcel Moreau, en une même exploration fascinée d'un mystère. Avec ce paradoxe qu'ici l'image semble moins réelle que les mots qui scrutent les plis, l'anfractuosité : "ce n'est pas tout à fait le sexe / C'est l'entrée d'un pays qui commence par l'abyme".
Les mots et les photos tissent ici leur dialogue en un jeu d'échos dont l'effet, puissant, augmente le trouble et le questionnement. Un regret cependant : que le mystère des photos soit en partie levé.

04_sacrMétaphorique aussi le travail de James Sacré pour scruter la même énigme du sexe féminin. Pas de photos ici mais les images très présentes suscitées par les mots récurrents, tels violoncelle, rose, taureau pour dire l'amour, l'étreinte. Avec un charme un peu suranné, mais ne s'agit-il pas ici de Trois anciens poèmes mis ensemble pour lui redire je t'aime (trois textes parus en 1966, 1970 et 1990) ?
Cadex est donc toujours bien vivant et on souhaite beaucoup de bonheur éditorial à Hélène Boinard.

Marcel Moreau, Jean-David Moreau, Tectonique des Femmes, Cadex Éditions, 2006, 17 €.
James Sacré, Trois anciens poèmes mis ensemble pour lui redire je t'aime, Cadex Éditions, 2006, 11 €

samedi 01 avril 2006

Gare maritime 2006 vient de paraître

 

01_gare_maritime_1Gare maritime est une revue écrite et sonore de poésie contemporaine. Elle se présente comme une revue annuelle, mais c'est aussi l'anthologie des lectures-rencontres qui ont eu lieu au cours de l'année écoulée dans le cadre du programme de la Maison de la Poésie de Nantes.
Pour chaque auteur : une présentation rédigée par un poète, un éditeur ou un traducteur, des poèmes, inédits ou déjà publiés, une bibliographie détaillée, des repères biographiques et une photo. La revue est accompagnée d'un CD, court extrait de la lecture de chaque poète.
Gare Maritime s'étoffe chaque année et se présente donc comme une anthologie vivante, en cours, très attentive à ce qui se fait dans le domaine de la poésie, en France mais aussi à l'étranger.
Au sommaire de Gare Maritime 2006 :
Jean-Baptiste Para, Michel Butor, Gil Jouanard, Michel Dugué, Christian Hubin, Liliane Giraudon, Christian Prigent, Jacques Demarcq, Delphine Brétesché, Valérie Rouzeau, Laurence Vielle, Anne Belin, Christophe Lamiot Enos, Hélène Lanscotte, Céline Minard, John Burnside, Rosemary Waldrop, Keith Waldrop, John Giorno, Aharon Shabtaï, Alain Freixe, Daniel de Bruycker, Hubert Lucot
avec des présentations signées par Raphaël Monticelli, Bernard Bretonnière, Henri Deluy, Guénaël Boutouillet, Louis Dubost, Daniel Biga, Jean-Pascal Dubost, Jean-Baptiste Para, Paol Keineg, Jean Princivalle, Franck Pruja

Gare maritime 2006
Revue publiée par la Maison de la Poésie de Nantes
avec le concours du Centre National du Livre
un n° (84 pages + un CD) : 15 € + frais de port (2,65 €)
Voir les autres numéros : www.maisondelapoesie-nantes.com

Contact : T. 02 40 69 22 32 / F. 02 40 71 99 92 / 2, rue des Carmes 44000 Nantes

mercredi 29 mars 2006

Renaissance de L'année poétique

29_annee_poetiqueSuperbe initiative : l'Année poétique reparaît ! Sous la houlette de Patrice Delbourg et Jean-Luc Maxence.
C'était jadis, au temps du grand Pierre Seghers, événement quasi annuel, de 1955 à 1977, une traversée au travers de la poésie de langue française, pour rendre compte de toute la richesse d'une année poétique. Dernier voyage en 1977 et depuis rien.
Or il se trouve que 2006, c'est aussi le centenaire de la naissance de Pierre Seghers. Donc voici Cent vingt poètes pour un centenaire, une large vue en coupe dans toute une année de parution, édition et revues comprises. "Choisis avec impartialité parmi plusieurs centaines de revues, de journaux, de recueils, d'anthologies de langue française" (textes publiés entre novembre 2004 et fin 2005)
Je mets juste le petit bémol habituel, pourquoi seulement 21 femmes poètes sur 120, soit 17, 5 % de femmes ? Est-ce le juste reflet de ce qui s'est publié en 2005 ? Je n' en suis pas tout à fait sûre. Il me semble par exemple qu'une Florence Pazzottu a publié un livre important, une Geneviève Pastre aussi, ou encore Armelle Leclercq, Sophie Loizeau, Marie-Claire Bancquart. Sans parler du deuxième tome des œuvres complètes de Danielle Collobert.
Longue vie on l'espère à l'Année poétique avec une attention accrue au travail des poètes françaises.

L'Année poétique
2005
présentée par Patrice Delbourg et Jean-Luc Maxence
Seghers, 2006,
isbn : 2-232-12277-8, 17 €

samedi 18 mars 2006

Antonio Gamoneda, lauréat du Prix Européen de Littérature 2006 et parution de Clarté sans repos, chez Arfuyen

18_gamonedaAu point où en sont les choses, de quelle clarté perdue
venons-nous ? Qui peut se souvenir de l'inexistence ?
Il serait sans doute plus doux de revenir, mais

nous entrons indécis dans une forêt d'aubépines. Il n'y a rien
au-delà de l'ultime prophétie. Nous avons rêvé qu'un dieu
nous léchait les mains : nul ne verra son masque divin.

Au point où en sont les choses,

la folie est parfaite.
(Antonio Gamoneda, Clarté sans repos, traduction Jacques Ancet, Arfuyen, 2006, p. 109)

Le Prix Européen de Littérature 2006 a été attribué
à Antonio Gamoneda (Espagne)
et
La Bourse de Traduction du Prix Européen de Littérature à
Jacques Ancet

Le 4 mars 2006, dans les Salons de l’Hôtel de Ville de Strasbourg, a eu lieu la remise officielle du Prix Européen de Littérature par M. Robert Grossmann, Président de la Communauté Urbaine et Maire délégué de Strasbourg.
Le Prix Européen de Littérature, parrainé par la Ville et la Communauté Urbaine de Strasbourg, distingue, pour l’ensemble de son œuvre, un écrivain européen de stature internationale, afin de témoigner, en ce lieu hautement symbolique, de la dimension culturelle de l’Europe ainsi que de l’urgence d’une meilleure connaissance mutuelle de nos pays à travers les grandes figures littéraires qui en sont les symboles. Ce Prix distingue également un Traducteur qui contribue à la rencontre entre les grandes œuvres littéraires contemporaines.

L’œuvre d’Antonio Gamoneda est l’une des plus marquantes de l’Espagne d’aujourd’hui La quasi-totalité de ses livres a aujourd’hui été traduite, en particulier par Jacques Ancet, Jean-Yves Bériou, Martine Joulia et Amelia Gamoneda. Parmi les traductions les plus récentes, on citera : Froid des limites (Lettres Vives, 1999), Blues castillan (Corti, 2004), Description du mensonge (Corti, 2004), Passion du regard (Lettres Vives, 2004) et Clarté sans repos (Arfuyen, 2006).

Antonio Gamoneda est né à Oviedo (Galice) en 1931. Après la mort de son père, sa mère s’installe à León, en 1934. Au milieu de difficultés matérielles de toutes sortes, ils sont témoins de la sanglante répression de la guerre civile et de l’après-guerre. Sans avoir pu terminer ses études, Gamoneda entre, en 1945, comme coursier dans une banque où il va travailler pendant vingt-quatre ans. Pendant les années 50 et 60 il partage sa vie entre formation d’autodidacte et travail d’écriture, d’une part, et, de l’autre, un actif militantisme anti-franquiste. En 1969, il commence à travailler aux services culturels de la province de León : il crée et dirige la collection «Provincia » et anime un prestigieux centre d’expositions. Le prix Castilla et León des Lettres lui a été décerné pour l’ensemble de son œuvre et il a reçu le Prix National de Poésie pour Edad en 1988.

Jacques Ancet, né à Lyon en 1942, vit et travaille près d’Annecy. Il n’a jamais séparé ses activités d’écrivain et de traducteur qui représentent pour lui les deux faces d’un même travail d’écriture. Il a traduit Jean de la Croix, Ramón Gómez de la Serna, Vicente Aleixandre, Luis Cernuda, Xavier Villaurrutia, María Zambrano, José Ángel Valente, Roberto Juarroz, Antonio Gamoneda ou Juan Gelman. Il a reçu le Prix Nelly Sachs 1992 et le Prix Rhône-Alpes du Livre 1994.
Jacques Ancet est présent sur Poezibao :
Fiche bio-bibliographique,
extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4 (Diptyque avec une ombre),
un texte de JA sur La dernière phrase,
fiche lecture de la Dernière Phrase, voir aussi les Cartes blanches

18_gamoneda_1Antonio Gamoneda
Clarté sans repos, Prix Européen de Littérature 2006
traduit de l'espagnol par Jacques Ancet
Arfuyen, 2006
isbn : 2084590 087 2
18 €

lundi 13 mars 2006

Butor, Oeuvres Complètes

Poezibao est en mesure d'apporter des informations complémentaires sur l'édition des œuvres complètes de Michel Butor aux Éditions de la Différence.
Je rappelle que cet important travail éditorial est mené sous la direction de Mireille Calle-Gruber.

13_butor_1"Éditer les Oeuvres complètes de Michel Butor, c’est relever un singulier défi : celui d’une oeuvre en expansion, d’une écriture inclassable, régie par le principe de la transgression des genres, les lois de l’hospitalité littéraire, les mouvements de transits textuels et artistiques aux effets incalculables.
La portée de l’entreprise Butor, qui s’efforce d’embrasser tout sans faire un ensemble, ou plutôt qui multiplie ensembles et assemblages, a atteint aujourd’hui une telle force qu’elle exige la réunion aussi souple qu’incontournable de ses composantes.
Dix volumes sont pour l’instant prévus, dont les titres, pour la plupart pris au lexique de Butor, constituent des mots de passe : Romans, Répertoires, Le Génie du lieu (1), Matière de rêves,
Improvisations, Poésie (1), Le Génie du lieu (2), Poésie (2), Essais, Entretiens.
Chaque livre formera une constellation nouvelle. Chaque assemblage répondra à son titre et le débordera, présentant des scansions inédites. Chaque recueil sera chronologique et ne le sera pas tout à fait ; il sera sériel mais interrompu par d’autres formes.


Michel Butor
Oeuvres complètes I – Romans, coll. Oeuvres complètes,
1200 p., 49 e.
ISBN : 2-7291-1605-2
mise en vente du 23 mars 2006
comprenant :
Passage de Milan (1954) ; L’Emploi du temps (1956) ; La Modification . (1957) ; Degrés (1960) ; Portrait de l’artiste en jeune singe (1967) ; Intervalle (1973).
http://www.ladifference.fr

13_butor_2Michel Butor
Oeuvres complètes II – Répertoire 1, coll. Oeuvres complètes, 1080 p., 49 e.
ISBN : 2-7291-1606-0

comprenant :
Répertoire I (1960); Histoire extraordinaire (1961); Répertoire II (1962); Essais sur les Essais (1968); Répertoire III (1968)
Les mondes de l’écrivain ainsi recomposés offrent une cartographie sans précédent du patrimoine culturel et artistique de notre planète. Au fur et à mesure des trajectoires où il est entraîné, le lecteur, suivant les déménagements de la littérature, voit émerger le portrait de Michel Butor Voyageur et Hospitalier.

Oeuvres complètes III – Répertoire 2 comprenant :
La Rose des vents
(1970)
Répertoire IV
(1974)
Dialogue avec 33 variations...
(1971)
Le Château du sourd
(2002)
Répertoire V

paraîtra en septembre 2006

mercredi 01 mars 2006

Parution : Un cinquième Frénaud en Poésie/Gallimard

 

1_frenaudFrénaud, cinquième ! Avec la publication de ce cinquième volume d'André Frénaud, la collection Poésie/Gallimard propose désormais l'ensemble de son œuvre poétique.
Avec Nul ne s'égare, recueil composite, Frénaud souligne de manière presque testamentaire ce qui a guidé son chemin d'écriture «Ni plus ni moins que dans l'accomplissement du poème ou dans la construction d'un livre, à travers les plusieurs livres qu'il aura dans sa vie constitués, il s'agit toujours pour le poète de laisser percer quelque chose de l'universelle dissonance instigatrice»

A signaler, cette édition est précédée d'une très substantielle (près de 40 pages) préface de Yves Bonnefoy

André Frénaud dans Poezibao :
Bio-bibliographie,
extrait 1
, extrait 2, extrait 3

vendredi 10 février 2006

Anthologie permanente : Danielle Collobert

100206_collobertPour célébrer la parution d'une très belle anthologie, x poètes au féminin, chez l'Arachnoïde. Très bien édité, ce livre donne à lire huit poètes : Leonora Carrington (née en 1917), Danielle Collobert (1949-1978), Marie-Françoise Prager, Friederike Mayröcker (née en 1924), Gilberte H. Dallas (1918-1960), Alejandra Pizarnik (1936-1972), Nelly Sachs ( 1891-1970) et Laure Bataille (1903-1938). Beau parti de ce livre qui plutôt que de consacrer un chapitre à chaque auteur emmêle leurs textes.
Sur x poètes au féminin, admirablement préfacé par Muriel Richard-Dufourquet (court extrait ci-dessous), lire une très belle note de Jean-Claude Bourdais qui revient plus en détail sur tous les poètes, notamment la très mystérieuse Marie-Françoise Prager
Les éditions L'arachnoïde font partie d'une association dirigée par Olivier Cabière de Montpellier. X poètes au féminin a été tiré 500 exemplaires, dont les 50 premiers sont numérotés et signés par Muriel Richard-Dufourquet. On peut les commander en allant sur le site de l'arachnoïde ou (car il ne semble pas actualisé) en envoyant un mail directement à [email protected]

"On est au cœur de la nuit avec ces femmes….mortes presque toutes….Suicidées pour la plupart….on est au cœur d'un voyage d'ailleurs…Alors parler de voyage évidemment c'est un peu indiscret….On est dans l'indiscrétion avec ces femmes parce qu'on est au cœur noir de la fleur noire de l'âme…Tout ce qui transfigure et tout ce qui est beau et naturellement tout ce qui est l'horreur absolue de ce temps [...]… Elle meurt aussi la beauté elle meurt avec toi petite Laure avec toi petite Alejandra et toi petite Collobert et petite Nelly au fond du trou…Et toi aussi petite Dallas couchée sous une éternité volante peut-être…. en compagnie de cette femme à l'humour grinçant : Leonora Carrington…"
Muriel Richard-Dufourquet, préface de x poètes au féminin, l'Arahnoïde, 2005, p. 10 et 12.


je partant voix sans réponse articuler parfois les mots
que silence réponse à autre oreille jamais
si à muet le monde pas de bruit
fonce dans le bleu cosmos
plus question que voyage vertical
je partant glissure à l'horizon
tout pareil tout mortel à partir du je
à toutes jambes fuyant l'horizon
enfin n'entendre que musique dans les cris
assez assez
exit
entrer né sur débris à peine reconnu le terrain
émergé de vase salée le fœtus sorti d'égout
plexus solaire rongé angoisse diffusant poumons
souffle haletant

Danielle Collobert, extrait de œuvres I, P.O.L., 2004, p. 415, publié in x poètes au féminin, l'Arachnoïde, 2005, p. 41.

bio-bibliographie de Danielle Collobert

dimanche 05 février 2006

Parution : Suppôts et Suppliciations d'Antonin Artaud en Poésie/Gallimard

050206_artaudCet appel est celui d'un poète qui veut aimer les cœurs qui ont bien voulu lui faire l'honneur de l'écouter et de l'entendre, et qui veut par toutes les projections de son souffle leur donner lieu de respirer dans ce monde d'asphyxiés
Antonin Artaud, lettre à Henri Thomas, le 13 mars 1946


Dernier recueil de textes composé par Antonin Artaud peu avant sa mort,
Suppôts et suppliciations rassemble des éléments apparemment disparates : des poètes, des récits de rêves, un essai sur Lautréamont, un commentaire de dessin et des lettres. Mais il faut renoncer à chercher dans ce recueil une unité, il est plutôt un drame, la dramaturgie d'un cri de douleur et de révolte qu'Artaud met une dernière fois en scène dans ces pages.
Suppôts et Suppliciations est paru pour la première fois en 1978 dans les œuvres complètes d'Artaud (tome XIV), chez Gallimard. Le texte a été révisé en 2004 dans Quarto et l'est à nouveau pour ce Poésie/Gallimard qui paraît aujourd'hui, dans une édition présentée, établie et annotée par Evelyne Grossman. C'est le n° 416 de la collection Poésie/Gallimard.
(extrait du communiqué de presse des Éditions Gallimard)

Extrait :
"Ce livre est composé de trois parties :
Fragmentations,
Lettres,
Interjections
.
La première constitue une espèce de révision haletante de la culture, une abracadabrante chevauchée du corps à travers tous les totems d'une culture ruinée avant d'avoir pris corps.
Dans la seconde, le corps souffrant qui entreprit cette chevauchée se découvre :
et on voit bien qu'il s'agit d'un homme qui est un homme et non un esprit.
Dans la troisième, il n'est plus question :
de culture
ni de vie,
mais de cette espèce d'enfer incréé où le corps de l'homme suffoque avant de commencer à respirer
et qui se tient aussi bien à la lisière du sentiment que de la pensée
Et j'ai fini par y apprendre qu'il n'y a ni conscience ni pensée"
Antonin Artaud,
Suppôts et Suppliciations, Poésie/Gallimard n° 416, 2006, p. 25

mardi 24 janvier 2006

Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris

240106_baudelaireVient de paraître, tout juste reçu :

Charles Baudelaire
Le Spleen de Paris
petits poèmes en prose

Nouvelle édition entièrement revue de Robert Kopp, préface de Georges Blin, Poésie/Gallimard n° 415, 5, 80 €

"Ô nuit ! ô rafraîchissantes ténèbres ! vous êtes pour moi le signal d'une fête intérieure, vous êtes la délivrance d'une angoisse ! Dans la solitude des plaines, dans les labyrinthes pierreux d'une capitale, scintillement des étoiles, explosion des lanternes, vous êtes le feu d'artifice de la déesse Liberté !
Crépuscule, comme vous êtes doux et tendre ! Les lueurs roses qui traînent encore à l'horizon comme l'agonie du jour sous l'oppression victorieuse de sa nuit, les feux des candélabres qui font des taches d'un rouge opaque sur les dernières gloires du couchant, les lourdes draperies qu'une main invisible attirent des profondeur de l'Orient, imitent tous les sentiments compliqués qui luttent dans le cœur de l'homme aux heures solennelles de la vie. "
Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris, petits poèmes en prose, Poésie/Gallimard n°415, 2006, p. 155.

Communiqué de presse :
Cette réédition des
Petits poèmes en prose, sous le titre plus évocateur de Le Spleen de Paris, a été entièrement revue, annotée et présentée par Robert Kopp. Elle est désormais précédée d'une préface de Georges Blin qui donne la mesure de la nouveauté formelle forgée par l'auteur des Fleurs du mal : "Autant que le permettent les lois de la création littéraire, Les Petits poèmes en prose marquent un commencement absolu. Ils soutiennent tout un système généalogique dont on dessine les branches maîtresses quand on cite le premier livre des Divagations, les Illuminations et les Moralités légendaires : le foisonnement ultérieur est infin. Il semble que Baudelaire ait eu lui-me^me conscience d'avoir ouvert par cette extrême expérience une route que l'on dût après lui, nécessairement emprunter"
Cette édition est destinée à remplacer celle qui est parue en 1973 sous le titre de Petits poèmes en prose.

vendredi 09 décembre 2005

Ecoutez si on allume les étoiles

091205_maiakovskyA la suite de la publication d'un premier poème de Maïakovski dans Poezibao , l'éditeur Le Temps des Cerises a porté à ma connaissance une publication qui m'avait échappé et que je vais ajouter bien entendu à la bibliographie. Et mieux encore, cet éditeur a eu la gentillesse de m'envoyer le livre que voici, Écoutez si on allume les étoiles, poésies choisies et traduites du russe par Simone Pirez et Francis Combes.

Ce livre est intéressant à double titre, par ses traductions bien sûr d'un choix de textes qui portent sur l'ensemble de la vie et de l'œuvre de Vladimir Maïakovski (1893-1930) mais aussi par son iconographie : nombreux portraits du poète, aussi bien en beau ténébreux qu'en dandy ou en mauvais garçon mais aussi des reproductions de magnifiques collages de Rodtchenko.

Un extrait de Verlaine et Cézanne

C'est alors
            que de nous
                        s'approche
                                        Paul Cézanne :
"Je vais vous peindre
                            -comme ça
                                                Verlaine".
Et il peint.
                Je regarde
                        comme la peinture est fraîche.
- Monsieur
                    excusez-moi,
chez nous
                    pour les vieux
                                            votre nom
était
      comme un coup de bride sous la queue.
Tantôt
            une saison
                            notre dieu d'était Van Gogh
et une autre fois
                                c'était Cézanne.
Maintenant
                on a laissé
                            tomber l'art.
On n'aime plus les couleurs
                                            mais les grades.
Des oisillons
                      encore du lait
                                           aux lèvres
mais déjà prêts
                        au garde-à-vous.
Ont adopté un nom énorme :
                                        A.A.R*.
Mais ne font
                            que passer la main
                                        sur l'épaule des dirigeants.
Ne feraient pas
                    par exemple
                                        mon portrait.
Ils n'useraient pas
                            leurs pinceaux
                                                pour rien.
En matière de tête
                            ils préfèrent
un peu plus près
                    du Comité central.
Cézanne
        a suspendu son trait
et, touché,
        s'est répandu en remerciements.
Paris
        violet
                Paris d'aniline
se levait
            derrière les vitres
                                            de la Rotonde.

Vladimir Maïakovski, Écoutez si on allume les étoiles, Le Temps des Cerises, 2005, p. 126

Lire aussi sur les problèmes de traduction, le commentaire d'Alain Marc

*Association des Artistes Révolutionnaires

mercredi 09 novembre 2005

Pasolini, par Bertrand Levergeois, un livre, une rencontre à Paris le 21 novembre

Le Lundi 21 novembre à 19h
au centre de Langue et de Culture italienne
Bertrand Levergeois
présente son livre

Pasolini, l’alphabet du refus
Editions Le Félin, collection Les Marches du temps, 2005.


A l’occasion du trentième anniversaire de l’assassinat du grand poète et cinéaste Pier Paolo Pasolini, Bertrand Levergeois choisit de le faire vivre puisque "la mort n¹est pas de ne pas pouvoir communiquer, mais de ne plus pouvoir être compris". Poésie, critique, cinéma, politique : pédagogue de la subversion, Pier Paolo Pasolini est un alphabet de refus. Épelons-le : telle est l’invitation de Bertrand Levergeois qui présentera son livre aux côtés de Nicola Guarino, critique de cinéma. Lectures, chansons, débat et projection d’extraits d¹un film rare de Pasolini de 1963, à mi-chemin entre l’essai et le poème : La Rage.

Bertrand Levergeois est connu pour ses biographies de figures hors norme comme le philosophe Giordano Bruno, mort sur le bûcher de l’Inquisition (Giordano Bruno, Fayard, 1995, 2000) ou encore le Fléau des Princes de la Renaissance (L’Arétin ou l’insolence du plaisir, Fayard, 1999). Il est aussi l’auteur de deux ouvrages sur Federico Fellini, dont une biographie.

Entrée Libre.
La rencontre-signature sera suivie d¹une bicchierata amicale.

Le Centre de Langue et Culture Italienne
4, rue des Prêtres Saint-Séverin
75005 Paris
Métro Saint-Michel ou Cluny la Sorbonne
RER B & C Saint-Michel Notre-Dame

Le 2 novembre 1975, Pier Paolo Pasolini est retrouvé mort à Ostie, près de Rome. Crime sexuel, politique ou crapuleux ? on s’est interrogé malgré les aveux du jeune Pelosi dit la Grenouille, qui s’est borné à endosser cet assassinat perpétré dans des circonstances encore mystérieuses.
Bernard Levergeois dans son livre passe de l’abjuration à la zone, sans oublier tous les fascismes et la cause gay. D’Accattone à Salò toute le cinéma de Pasolini est traversé par la poésie, le théâtre, la peinture et inversement. Dante affronte Pétrarque et la nouvelle avant-garde, le Christ s’appuie sur Gramsci, et le Tiers Monde, lui attend son heure. L’essentiel des citations présentées dans le livre (déclarations, poèmes, extraits de critiques, etc.) est inédit en langue française, ce qui fait de l’ouvrage de Bertrand Levergeois une véritable anthologie.

mercredi 02 novembre 2005

Actualité de Pascal Quignard

Je recommande très vivement l’émission de Surpris par la nuit, diffusée lundi soir 31 octobre sur France Culture et réécoutable pendant une semaine. Un dialogue de très haut niveau entre Pascal Quignard et Alain Veinstein.

A lire aussi une belle chronique d’Angèle Paoli sur Terres de Femmes (sur les Ombres errantes et le Goncourt de Quignard)

Sur le site de remue.net également nombreuses contributions autour de Pascal Quignard

Parmi les publications en cours ou attendues :
chez Galilée :
Inter Aerias Fagos, première édition , Orange Export ltd, 1979
Une gêne technique à l’égard des fragments, (autour de la Bruyère) Fata Morgana, 1986
Le voeu de silence, Fata Morgana, 1985, essai en hommage à Louis-René des Forêts
Pour trouver les enfers
Écrits de l’Éphémère

Annoncés aussi
les actes du colloque de Cerisy, 2004,
Pascal Quignard, figures d’un lettré, dirigé par Philippe Bonnefis et Dolorès Lyotard.

samedi 08 octobre 2005

Huit mains dans le panier

081005_huit_mains_dans_le_panier« Huit mains dans le Panier »

Ouvrage écrit “ à huit mains ” par Monsieur Gadou, Isabelle Jelen, Franck Pruja et Françoise Valéry lors de la résidence collective des « Cuisines de l'Immédiat » au cipM (en été 2004).

L’imprégnation et l’implication de chacun et chacune au long de ce séjour résidentiel nourrit une écriture tissée et par quatre fois revue, écrémée juste ce qu’il faut d’un trop de subjectivité, ménageant tout de même une marge de désordre et d’inexpliqué car l’Auteur raffole des surprises. Des points de vue peuvent diverger mais restent d’une complémentarité assidue et toujours préhensile sous le signe du plaisir. Les indices laissent à penser que cette histoire est inscrite sur les tabloïds de l’Auteur et qu’elle vous est racontée en temps réel par lui-même en DJ. Tour à tour, l’Auteur se métamorphose en détective, en majorette, en commis voyageur, en métaménagère ou, par l’effet fish-eyes de sa lunette personnelle, en panier garni, en orchestre, en graine d’anis étoilée, en oracle d’été, en ruelle rêvée, en instrument à vent, en main à la pâte, en carrément bouteille ou en etcetera.
Extrait :

La quadrature (1) de l’Auteur (2) se concrétise par une élaboration à huit mains, procédant par échanges de textes et d’images suivant la boussole de nos préoccupations communes : dégager les truffes (3) du quotidien, où comment faire basculer le regard d’un autre oeil. L’ Auteur se réunit deux fois par semaine, pour faire le point.

UN POUR QUATRE, QUATRE POUR UN,
ou encore
L’auteur est quatre donc il est invariable
1 x 4, 2 x 2, 4 x 1

1. Faux problème que les géomètres anciens tentaient de résoudre.
2. Cause, créateur, principe, dieu, artisan, fondateur, inventeur, initiateur, promoteur, responsable, écrivain, copyright.
3. La truffe est le diamant de la cuisine (Brillat-Savarin).


L'association Les Cuisines de l'Immédiat (loi 1901) publie sous le label « Les Editions de l'Attente » des ouvrages de littérature, d'écriture, de poésie contemporaine et autres curiosités, échos des divers centres d'intérêt & pratiques artistiques de ses membres fondateurs, le tout basé sur des rencontres et des collaborations enrtre des artistes et des auteurs d'horizons différents.

« Huit mains dans le panier »

Monsieur Gadou, Isabelle Jelen, Franck Pruja, Françoise Valéry
coédition cipM/Spectre Familiers ; collection “Le Refuge”.
ISBN : 2-909097-58-7 ; sept. 2005
40 pages, 10 €
disponible sur le site du cipM

centre international de poésie Marseille
Centre de la Vieille Charité - 2, rue de la Charité
13236 Marseille Cedex 02
tel : 04 91 91 26 45 / fax : 04 91 90 99 51
[email protected]
http://www.cipmarseille.com/

mardi 04 octobre 2005

Anthologie permanente : Lorand Gaspar

« Oui, comme une lampe au soir »
Pour saluer dès aujourd’hui la parution d’un numéro dédié par la revue Europe à Lorand Gaspar. Numéro dont je rendrai compte un peu plus tard.


je suis tout juste un peu d’air qui passe
air où naviguent mes amis oiseaux
air qui pénètre les poumons de la vie,
(celui qu’ils rejettent, que respirent les feuilles)
un peu d’air qui passe sans heurt sur les rochers,
que traversent les sabres, les poings et les balles
j’accueille les rayons du soleil
et le noir invisible de la nuit
j’entoure la présence de la mort
son inconnaissance peut-être –

mes longs bavardages avec la mer
le sable, les cailloux, les herbes et les arbres

[...]
Lorand Gaspar, poème inédit, revue Europe n° 918, octobre 2005, p. 50.

041005_lorand_gaspar_europe Et, cité en exergue de l’introduction de Madeleine Renouard :

en chemin vers l’inconnu
humain trop humain bien sûr
je puis tout de même aimer
serrer cette chose claire
tant que je peux dans ma nuit
aimer quand même dire oui
à une herbe à un caillou
à l’esprit au corps humains
cherchant un peu de lumière
malgré l’horreur la folie
« oui » comme une lampe au soir

extrait des Poèmes d’été à Sidi-Bou-Saïd, Europe, n° 918, octobre 2005, p3.

Lire la fiche bio-bibliographique de Lorand Gaspar
, et d’autres extraits publiés dans Poezibao extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4,

mardi 27 septembre 2005

"Dada en vrac"

270905_dadaLa libraire Michèle Ignazi et la revue Action poétique
présentent

la revue Action Poétique n° 181, Dada Da

le jeudi 29 septembre
à partir de 19 heures

(Librairie Michèle Ignazi, 17 rue de Jouy, 75004 Paris, métro Saint-Paul ou Pont-Marie)

« Dada n’était pas seulement l’absurde, pas seulement une blague. Dada était l’expression d’une très forte douleur des adolescents, née pendant la guerre de 1914 et pendant la souffrance. Ce que nous voulions, c’est faire table rase des valeurs en cours, mais au profit des valeurs humaines plus hautes…. » Tristan Tzara, 1963.

Alors dans la revue Action Poétique, numéro 181, qui vient de paraître « Dada en vrac, pas un hommage, un rappel. Dada est là ! [...] Dada en vrac, Dada en trop, avec des expressionnistes, des futuristes, des aveniriens, des constructivistes, d’autres encore ; Dada incomplet, par morceaux, sans mondialisation, ni esprit de synthèse ni vue panoramique ; un Dada de hasards, ce Dada-là, qui nous aide à résister. » (Henri Deluy, Liliane Giraudon : ouverture du numéro spécial Dada da d’Action Poétique)


mercredi 07 septembre 2005

Parution : Le flou rire de Yves Plamont

070905_yves_plamontYves Plamont vient de publier aux Éditions Chloé de Lys, le Flou rire.
J’ai choisi cet extrait :

LA ROCHE
De bric et de broc….

On l’exploite
On la choque
On la taille

On la note
On la numérote
On l’entrepose…

On l’éclate
En mille traces….

Elle se fraye
Un chemin
Une tranchée

On la creuse
On le sait
On la dépossède
De son espèce…
[…]

Yves Plamont, Le Flou rire, Chloé des Lys, 2005, p. 27.

Yves Plamont est né en 1970 à Tournai. Il est publicitaire. C’est son premier ouvrage.

Les Éditions Chloé des Lys ont été créées en 1999 ; leur principal objectif : publier des auteurs qui n’ont la plupart du temps encore jamais été édités et cela dans des domaines aussi différents que la science-fiction, la poésie, les chroniques, l’humour, le roman, l’autobiographie ou les nouvelles.

Éditions Chloé des Lys, rue de Maulde, 26 7534 Barry (Belgique)
[email protected]

dimanche 10 juillet 2005

Giovanni Raboni

100705raboniGiovanni Raboni, (1932-2004) est doublement à l’honneur en ce début d’été, avec la parution chez Gallimard de A prix de sang, traduction française de l’anthologie établie par le poète lui-même en 1988 et dont les poèmes, choisis dans divers recueils écrits et publiés entre 1953 et 1987, ont été en partie réécrits par lui, et surtout réorganisés en séquences.

Poète du quotidien et d’une ville, Milan, mais aussi chroniqueur nostalgique des mutations de la société dans laquelle il vit, Raboni est aujourd’hui considéré comme le poète italien le plus important de sa génération. Il est ici traduit par Bernard Simeone.

On retrouve Giovanni Raboni dans le numéro 75, juin-Août 2005, de Le Nouveau Recueil, avec la présentation et la traduction par Jean-Charles Vegliante de 7 poèmes en version bilingue.

Giovanni Raboni, né en 1932 à Milan, est mort en 2004 à Parme. Il a travaillé comme éditeur de poésie et comme critique littéraire et théâtral au Corriere della Sera. Il est l’auteur d’une œuvre poétique abondante et a traduit Baudelaire et Proust.

Egalement disponible en français
Au livre de l'esprit, traduction de Philippe Jaccottet, La Dogana 2001.

Une page en italien sur Giovanni Raboni

dimanche 26 juin 2005

Anthologie permanente et parution : Henri Pichette/2

Les Ditelis du rougegorge, poèmes inédits, et une nouvelle édition de Dents de lait dents de loup du poète Henri Pichette, paraissent en librairie en ce mois de juin 2005. Occasion de faire entrer Henri Pichette dans l’anthologie permanente de Poezibao où il ne figurait pas encore. Hier samedi 25 juin 2005, présentation et un extrait de Les Ditelis du rougegorge, aujourd’hui, dimanche 26 juin 2005, présentation et un extrait de Dents de lait dents de loup.


260605dents_de_lait_pichetteDents de lait dents de loup : extrait de la présentation de l’éditeur
Dents de lait dents de loup fut le dernier recueil publié en 1962 par Henri Pichette (1924-2000) avant un long silence, au terme duquel il entreprit la correction de ses œuvres. Les Dents de lait sont les premiers poèmes de Pichette, écrits entre 1942 et 1944 tandis que les Dents de Loup furent composées de 1947 à 1958.
Cette nouvelle édition par Gallimard comporte les dessins que Roger Mandel, ami de Pichette, avait conçus pour sa toute première plaquette, Quatre poèmes, tirée photographiquement à deux exemplaires en 1943. Roger Mandel est mort en 1945 des suite d’une grève de la faim comme objecteur de conscience.

voir la fiche bio-bibiographique d’Henri Pichette


L’ÉTÉ (extrait)

         Le soleil tape sur les enclumes de granit.
        L’herbe métallique vibre, au flanc de l’immense vague pétrifiée.
        Je cours, un feu de joie plein la poitrine.
        La gloire d’une vallée m’arrête d’émerveillement.
        (Encore un horizon que je devrai à la délicatesse d’un tournant de sentier !)
        Un million de pampes crépitent.
        Tarins et pipits se tiennent clos et cois sous les ombrages, et les pies achalées ne se jacassent plus d’un arbre à l’autre.
[...]
        Certaine sauterelle orangée visite à la venvole un grand aubifoin des montagnes.
        - Tant de beauté (dôme d’azur, escarpements pour chèvres à sonnailles, sous-bois moussus, plateaux flattés de bise, épicéas fûtant droit au ciel), tant de bonheur est-il pour satisfaire une soif de possession, le goût impérieux du bien-être ? Pareille félicité, on soupirerait à la garder toute.
[...] Combloux, 1949.

Dents de lait dents de loup, Gallimard, 2005, p. 41
ISBN 2070773302, 10 €

dimanche 19 juin 2005

Cahier Critique de Poésie n° 9

190605ccp9le centre international de poésie de Marseille, qui sera présent au 23ème Marché de la poésie du jeudi 23 au dimanche 26 juin, place Saint-Sulpice, à Paris, stand H10-H11

annonce la sortie toute prochaine du
CCP 9 - Cahier Critique de Poésie

Un panorama critique des publications de poésie du 1er semestre 2004
Un dossier étayé consacré à Guy Debord
(en librairie le 24 juin)
Dossier Guy Debord
« On n’est jamais à son aise devant les œuvres de Guy Debord. Et, ce qui est pire : c’est fait exprès. » (Asger Jorn)
Boris Donné & Jean Daive : Un entretien
Boris Donné : Apostilles
Alain Giffard : L’Ars Memoriae de Guy Debord
Jean-François Bory : Debord complètement débordé
Arthur Hubschmid : Debord dansait-il le rock ?
David Lespiau : La révolution la nuit
Olivier Quintyn : Tout lecteur des Mémoires…
Dominique Meens : « Mais enfin monsieur… »
Jérôme Duwa : L’acte situationniste le plus simple …
Jacques Donguy : Debord et la poésie
Emmanuel Ponsart : Bibliographie

 

Lire la suite "Cahier Critique de Poésie n° 9 " »

vendredi 17 juin 2005

Parution : Allais en Poésie/Gallimard

170605allais_2Une surprise que cet Alphonse Allais en Poésie/Gallimard….. comme le dit de façon humoristique le communiqué des Éditions Gallimard « celui qui passe depuis un siècle pour un humoriste, autrement dit pour un touche-à-tout pas sérieux, peut donc prendre place dans une collection où les joyeux drilles ne sont pas légion ?

Né à Honfleur en 1854, il suit quelques cours à l’École de Pharmacie de Paris avant de rejoindre les Hydropathes et les Fumistes et de devenir rédacteur en chef du Chat noir pendant 5 ans. Il écrit toutes sortes de choses, souvent inclassables et qu’il regroupe sous le titre de Œuvres Anthumes. Il meurt le 28 octobre 1905.
Le poète en lui est avant tout un inventeur, qui se joue des identités, de la logique, des formes, de l’ordre, créant aussi bien le "poème morne traduit du belge", que les" rimes riches à l’œil", les "poèmes hydrocéphales", le "vers néo-alexandrin", autant de champs que les pataphysiciens et les oulipiens laboureront plus tard en lui rendant grâce. Alfred Jarry n’avait-il pas prédit : « Allais, celui qui ira ».

Alphonse Allais, Par les bois du Djinn, Parle et bois du gin, poésies complètes, édition de François Caradec, Poésie/Gallimard n° 407, 2005.

FT

VI
Conseils à un voyageur timoré qui s’apprêtait
               à traverser une forêt hantée
                 par des êtres surnaturels


Par les bois du Djinn, où s’entasse de l’effroi,
Parle et bois du djinn ou cent tasses de lait froid
(le lait absorbé froid, en grande quantité est bien connu pour donner du courage aux plus pusillanimes).
(p. 52)

samedi 11 juin 2005

Exposition-lecture et parution à Lyon : 111 rumeurs de villes

Le lundi 13 juin à partir de 17h30 le CERTU* vous invite à la présentation du livre

111_rumeurs_de_la_ville111 Rumeurs de villes

Exposition - Lecture par Marcel Notargiacomo (comédien de Traction Avant Cie) et les auteurs présents

Le vendredi 1er octobre 2004, il faisait beau sur la ville, sur toutes les villes, 111 personnes marchaient, pédalaient, roulaient, dans les rues de Bordeaux, Fort de France, Grenoble, Lille, Lyon, Nîmes et Montpellier, Nantes, Nice, Paris, Nancy et Strasbourg, Alger, Auckland, Bamako, Berlin, Buenos Aires, Cluj-Napoca, Copenhague, Manille, Messine, New York, Wuhan - une volait au-dessus de Tokyo - en pensant qu'elles étaient chacune ce jour-là, page irremplaçable d'un livre en devenir...

"Le Certu a dix ans et inscrit cet événement autour du thème " Mieux vivre la ville ". Fort de notre tradition éditoriale, nous avons pensé spontanément célébrer cet anniversaire avec une publication particulière, dont les auteurs ne seraient pas uniquement les professionnels avec qui le Certu a l'habitude de collaborer. Notre volonté était de diversifier les voix, les écritures, afin de faire partager des témoignages de vie, de pratiques sensibles et singulières de la ville.
Ainsi est né le projet de cet ouvrage Rumeurs de ville dont nous avons confié la conception du synopsis et sa mise en œuvre à une artiste, Bernadette Griot, dont la démarche se trouvait en belle harmonie avec notre souhait.
111 personnes contactées ont toutes répondu à l'appel.
(À Lyon : Charles Juliet, Céline Ariagno, Henri Fernandez, Michel Jeannès, Bernard Maret,
Nathalie Mongin, Olivier Penet, Emmanuelle Rey, Richard Verret, Éva Vettiger).
Le résultat est là, à l'image de la diversité infinie de tous ceux qui vivent la ville au quotidien. Les photographies, les dessins, les textes, expriment des sentiments divers et traduisent bien comment notre environnement immédiat est fondateur de chacun d'entre nous."

* CERTU : Centre d'Études sur les réseaux, les transports, l'urbanisme et les constructions publiques
9 rue Juliette Récamier - 69006 - Lyon ( à 5mn de la gare de la Part-dieu)

dimanche 05 juin 2005

Parution : revue Poésie 2005, numéro 104 "La Rue"

La_rue_revue_posie_n_104En écho aux spectacles Jehan Rictus et Gaston Couté... le numéro 104 de la revue Poésie 2005 consacré à la « La Rue » vient de paraître. Confié aux soins de Francis Combes, poète et directeur des éditions du Temps des Cerises, il propose, comme une modulation vivante et très actuelle de la voix d’Orphée dans les villes, des poèmes et des textes de Daniel Biga, Jean L’Anselme, David Dumortier, Jean-Pierre Siméon, Francis Combes, Jacques Gaucheron, André Benedetto, Aragon, Jean-Baptiste Clément, Yvon Le Men, Jean-Luc Despax, Raymond Queneau, Jacques Réda, Georges Hassoméris, Jehan Rictus, etc.
Prix de vente : 18€
(Frais de port France : 3.80€ par numéro)
Maison de la Poésie, Franck Legendre
Passage Molière - 157 rue St Martin
75003 Paris
Tel : 01 44 54 53 00
[email protected]
Site Maison de la Poésie

samedi 28 mai 2005

Bernard Chambaz, demain 29 mai à Paris

280505chambazRappel

Demain, dimanche 29 mai 2005 à 16h45
Les Parvis poétiques – Marc Delouze
reçoivent

Bernard Chambaz

à l’occasion de la parution de Été
(compte rendu de cette lecture sur Poezibao lundi dans la journée)

(séquence 152)
Catalogue des nuages
Liste méthodique, nomenclature, énumération, répertorier les nuages comme les bateaux ou les livres. Rêver à un catalogue d’exposition : les nuages du 25 mai ou du dimanche 10 juin.
En index, noter quelques détails ou variantes, par exemple la force du vent au-dessus de Beijing, la fumée autour de Thelonious Monk, l’antimoine dans le long poème indien, le Meghaduta, où le nuage comparaît avec l’éléphant et le lotus et les pommiers-roses. Définir le sujet, par genres : cumulus/stratus/cirrus/nimbostratus/etc., par espèces et par variétés, adjectifs latins condensés depuis des siècles, classés ou reclassés, classifiés
                nuagier
                comme
                on dit
                herbier

                    botanique aérienne, ensembles de particules en évolution incessante, cirstaux de glace et goutelettes d’eau avant qu’ils ne commencent à tomber
Bernard Chambaz, Été, Flammarion, 2005, p. 88.


Bernard Chambaz n’avait pas publié de poèmes depuis la parution d’Echoir en 1999, s’étant alors lancé dans un projet qu’il qualifie lui-même de démesuré : l’écriture d’un recueil "au long cours" – ou plutôt d’un immense poème, composé de 1001 fragments, à raison d’une centaine par an. Résultat de cinq années d’écriture, Eté réunit la première moitié de cet ouvrage, ses 500 premières "séquences", réparties en cinq chants. Rebrassant tous les thèmes qui lui sont chers – les voyages, la tribu familiale, la lumière et le drame, l’amitié des livres et des hommes mêlés – ces pages font alterner fragments en vers, sonnets cachés, courts paragraphes de prose.

Lire le communiqué complet de cette lecture sur Poezibao

Fond’action Boris Vian
6 bis Cité Véron 75018 Paris (au niveau du 92 Bd de Clichy, M°Blanche)
Renseignements 01 42 54 48 70 – courriel : [email protected]
Entrée et Participation aux frais : libres
FT

lundi 23 mai 2005

Parution : un Poésie/Gallimard Mario Luzi

230505luziPrémices du désert

Un tout nouveau Poésie/Gallimard, le quatre cent sixième recueil de cette magnifique collection dont on ne dira jamais assez l’importance fondamentale, vient de paraître et est consacré au grand poète italien Mario Luzi.
Cette série de poèmes des années 1932 à 1957 est traduite de l’italien par Jean-Yves Masson et Antoine Fongaro, préface et notes de Jean-Yves Masson. Le livre comprend la première chronologie de la vie et de l’œuvre de Mario Luzi accessible en français. Le livre n’est malheureusement pas bilingue.
Ce volume reprend les six premiers recueils de poèmes publiés par Mario Luzi, de la Barque, 1935 à Honneur du vrai, 1957 (plus une série intitulée Poèmes épars), dans la version définitive que l’auteur en a donnée en 1960. C’est par sa volonté que ces six livres forment un tout, qui correspond à la première période de son œuvre : celle qui a fait de lui le chef de file de la génération de poètes nés autour de 1914 et qui ont assuré la relève de la génération d’Ungaretti et de Montale.
Trois des six recueils ici présents étaient déjà parus en français, Cahier gothique chez Verdier en 1989, la Barque chez La Différence en 1991 et Prémices du désert, également chez La Différence, en 1994. Les autres recueils sont Avènement nocturne, Une libation et Poèmes épars.

A noter, une citation de Mario Luzi dans l’anthologie permanente de Poezibao, en décembre 2004, avec une courte notice biographie et bibliographique et quelques liens.
Poezibao publiera prochainement une fiche actualisée et de nouveaux extraits de l’œuvre de Mario Luzi
FT

samedi 21 mai 2005

Lecture : A/Z de Constantin Kaïtéris

210505constantin_ferm_2Commençons par une petite « séance d’alphabétisation »
A ttention
B rillantissime
C onstantin
D écouverte
E xcitantisssime
F lament
G oupillant (peut exploser !)
H eureusement
I ntensément
J onglerie

K aïtéris/K (Editions)

…..petite séance intentionnellement suspendue au K par K, le K de l’auteur de A/Z, Constantin Kaïtéris et Le K de l’éditrice (alias Catherine Flament)

De même que dans Babar (suprême référence) ce « coquin d’Arthur » tombe dans la jatte de crème, nul doute que Kaïtéris est tombé, lui, dans la marmite des langues et des dictionnaires. Pour le plus grand bonheur de ses lecteurs, puisqu’il en tire aujourd’hui un assez incroyable opus, qui se goûte, se hume, se mâche.
Démonstration :
Saviez-vous que l’alphabet compte 26 lettres ?
Saviez-vous que l’on peut écrire 26 textes de 26 lignes, comportant chacun environ 100 mots commençant TOUS par la même lettre (cela s’appelle un tautogramme) ? Dans le « vrai ordre » comme diraient les enfants ?
Saviez-vous que de cette façon on peut raconter une histoire (les mânes de Perec et les antennes de Roubaud doivent vibrer) ?
Saviez-vous qu’on peut ne pas se contenter de si peu ?
Saviez-vous qu’on peut aussi être fou de typographie, au point de choisir pour chaque lettre une typo différente….(en ces temps de dispersion des fontes de l’Imprimerie Nationale, quelle cerise sur le gâteau de ce texte !)
210505constantinouvert- Ça donne quoi ? J’entends d’ici les puristes grincheux brandissant leurs diktats "jamais plus de deux polices et trois corps dans une même texte" . Mais en fait ils n’ont rien compris, ça leur arrive….
Parce qu’il y a un dispositif et que K editrice a le know how pour K auteur.
Soit : une double page. À gauche, la lettre (A, B ; C….), chaque fois dans une typo différente avec une courte citation, le nom de la typo commençant par la lettre choisie (G comme Garamond pour faire simple, mais aussi A comme Avant-garde ou E comme Exocet…) et la citation ayant de plus un rapport avec la lettre. Et même si le I de Rimbaud est bien là, il y en a 25 autres souvent très subtiles.
Rien n’est gratuit, tout est drôle, vertigineux, excitant, profond. Une construction, un objet, un livre, agencé au millimètre près, à tenons et mortaises comme savaient le faire les maîtres anciens. Et ça tient la route de A à Z (on repart d’ailleurs en sens inverse illico presto –nombreux mots du champ de la musique dans tout le livre – pour retourner da capo).
©florence trocmé
on peut lire une petite suite fantaisiste sur le même thème sur le Flotoir

Constantin Kaïtéris
A/Z
Les aventures tumul/tueuses & passion/nées d’Anna-Lise Zénana
K Éditions 2005
isbn : 2-9517940-4-5

mercredi 18 mai 2005

Action poétique spécial Tarkos

180505actionpoetiqueAu sommaire du numéro 179 d’Action Poétique, paru en mars 2005, un très intéressant dossier sur Christophe Tarkos dont il faut rappeler qu’il est décédé très prématurément le 30 novembre 2004. « Comment se passer de cette présence absolue/d’un être là,/absolument là,/et qui se déguisait en absent de ses propres mots, / de ses propres gestes ;/ un être là/au regard qui traversait/pour regarder loin, là-bas derrière,/ailleurs/toi seul, savais où, » dit Julien Blaine dans un poème-adresse très émouvant tandis que Philippe Castellin revient sur le travail de « performer » de Tarkos (réécouter Tarkos sur le site du cipM). A noter aussi un bel article de Thierry Aué sur le rapport de Tarkos avec la musique, Tarkos dont il est rappelé qu’il a intéressé plusieurs compositeurs contemporains.

Au sommaire également un dossier monté par Jérôme Game "Angleterre, 7 poètes" et ouvrant par un entretien décapant avec Keston Sutherland "De la poésie après Thatcher ou comment écrire aujourd’hui en Grande-Bretagne ?". Poètes choisis : John Wilkinson, Kevin Nolan, Peter Manson, Sean Bonney, Chris Goode, Keston Sutherland et Mhairi Burden (on regrettera une fois encore la part congrue réservée aux poète femmes dans cette sélection, une sur sept c’est un peu maigre, NDLR).

samedi 14 mai 2005

Parution : Ferrailleurs du Cosmos de Didjeko

140505ferrailleursdu_cosmosJamais fini de travailler
Depuis le jour où des marchands
Ont posé pied sur cette terre
Escortés de puissants navires
Abordent ici de lourds vaisseaux
Aux flancs gonflés de marchandises

Non

Jamais fini de travailler
Depuis le jour où des marchands
Ont posé pied sur cette terre
Pour instaurer le changement
Ordonner le débarquement
Coordonner le chargement
Lire la suite

Extrait de :
Didjeko, Ferrailleurs du cosmos, Oui-dires, Ports de parole et autres dires dare-dare, Éditions du boucanier
Se procurer ce livre

dimanche 08 mai 2005

Pierre Albert-Birot en Poésie Gallimard

080505pierrealbertbirot
Pierre-Albert Birot
1876 – 1967
dit souvent PAB
dit Grabinoulor
dit l’oublié l’escamoté
dit « monde infini »

Il dit
« puisque je suis vivant mon devoir est de chanter » (38)
il dit
« Les feuilles courent après moi sur la route « (39)
il dit
La joie des sept couleurs
Amenpeine
Deux cent dix gouttes de poésie

il dit
« je suis ému de m’être éveillé ce matin [amiral des mots (48)

il écrit
en petites capitales
en blocs de texte justifiés
en poèmes-paysages qui n’ont rien à envier aux Calligrammes de son ami et presque contemporain Apollinaire

il écrit
« les yeux qui regardent ne pensent pas aux dessins qu’ils font » (72)
il dit aussi
« moi qui n’ai pas été moi avant d’être et qui ne serai pas moi après (79)
il dit aussi
Toi qui es moi soyons nous mais un violet n’est ni bleu ni rouge (81)

Ce qu’il dit, je ne peux le dire
ici davantage
ce qu’il dit, je le dirai, un peu à la fois dans l’anthologie permanente de Poezibao
ce qu’il dit est enfin à portée simple de qui veut bien le lire grâce au trois centre quatre-vingt seizième recueil de la collection Poésie/Gallimard

Ce qu’il dit il le dit ici dans
Poèmes à l’autre moi de 1927
La joie des sept couleurs de 1919
Ma morte de 1931
La Panthère noire de 1938

Ce qu’il dit ici c’est le versant poésie d’une œuvre prolifique dominée par le personnage de Grabinoulor « double mythique et verbe poétique incarné », héros de son épopée mythobiographique.

Ce qu’il dit va de la facétie à la tragédie
de l’onomatopée burlesque au « grand verset biblique »
de la « goutte de poésie » à la strophe ciselée

Ce qu’il dit est magnifiquement édité ici, avec une préface passionnante de Joëlle Jean.

Ce qu’elle dit, c’est l’urgente nécessité de rendre plus visible cette « œuvre occultée depuis plus de trente ans »

Ce que je dis c’est
« Indéfiniment
Tu feras le tour
Tu feras le tour
Et tu diras posément
D’une voix à écrire
Ce que broient les heures
Ces moulins à vent » (229)
©florence trocmé

Pierre Albert-Birot, Poèmes à l’autre moi, précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire, préface de Joëlle Jean, Poésie/Gallimard n° 396, 2004. ISBN 2-07-031631-9

Parution : la revue Europe

080505europe_bretagneSoyons honnête, à première vue, découvrant la couverture de ce nouveau numéro de la revue Europe (n° 913 de mai 2005), « Littérature de Bretagne », on se pose la question de la pertinence d'un tel recensement.
Grave erreur bien sûr, découverte dès l’ouverture du recueil sur son sommaire riche de tant de poètes aimés et déjà abondamment cités dans l'anthologie permanente de Poezibao parmi lesquels Heather Dohollau, Guillevic ou Henri Droguet.
La préface cadre net et précis le propos : oui depuis de dernier numéro d’Europe consacré à ce continent poétique en 1981, les choses ont bien changé ; langue et culture bretonnes ont été extraordinairement promues. Mais… « l’identité est devenue un produit à bon compte, la Bretagne un lobby culturel »
Et c’est là que la littérature se dresse refusant de jouer le jeu, ce jeu-là. Le mot de récupération n’est pas prononcé mais il est latent !
Et c’est tout le mérite de ce travail de recensement et de présentation de savoir éviter les pièges qui consisteraient à réduire la littérature bretonne à une affaire soit de langue, soit de naissance, soit d’adhésion idéologique nationaliste ou pire encore à une forme de « géographie sentimentale » (Hervé Carn)

Ce nouveau numéro tente donc de montrer avant tout la diversité et la richesse d’œuvres souvent étouffées dans un « contexte éditorial et médiatique [...] où aucun lieu sérieux de débat n’existe.
Le choix a été opéré par François Rannou, autour du concept de « nouvelle littérature bretonne ». Quelques temps forts, parmi d’autres, du sommaire : « Deux souvenirs sur Louis Guilloux » par Christian Prigent, « Guillevic, l’homme-poète » par Yvon Le Men, « Paol Keineg, ici et maintenant » par Marc Le Gros, « Une lumière comme on n’en voit nulle part » de Jean-Pascal Dubost ou encore « Retrouver le monde » de Michel Le Bris. (sommaire complet disponible sous peu sur le site de la revue.
Et des poèmes de Heather Dohollau, Paul Quéré, Paul Louis Rossi, Denise Le Dantec, Denis Rigal, Henri Droguet, Marc Le Gros, Alain Jégou, Yves Prié, Erwann Rougé, Robert Nédélec, Alain Le Beuze, Jean-Louis Aven.

Le numéro est complété par un cahier Yves Ellouët, coordonné par Jacques André. Yves Ellouët, né en 1932, peintre et écrivain, époux de Aube, la fille d’André Breton, auteur notamment de Le livre des rois de Bretagne (1968) et de Falc’hun, publie en 1976, un an après sa mort survenue le 27 avril 1975.

Signalons enfin comme d’habitude les notes de lecture de poésie de Charles Dobzynski : elles sont consacrées à Marie-Claire Bancquart, Jacques Ancet et Pierre Dhainaut.
©florence trocmé

mercredi 20 avril 2005

Philippe Jaccottet : de la poésie, entretien avec Reynald André Chalard

200405jaccottet_chalardParfois la rencontre avec un écrivain, réelle ou par le biais du seul livre, peut infléchir le cours d’une vie, sauver du désespoir (ou bien y conduire…)
Professeur agrégé de lettres modernes, Reynald André Chalard montre dans ces pages comment la découverte de la poésie de Philippe Jaccottet a représenté « un peu de lumière pour dissiper les ombres »  à un moment de sa vie où ses repères et ses certitudes vacillaient. C’est il me semble, le plus grand intérêt de ce livre, qui donne à voir l’articulation entre une œuvre et son lecteur. Même si R.A. Chalard a souhaité rencontrer Philippe Jaccottet et qu’il livre ici le fruit de ces entretiens.
Le livre est en effet composé en diptyque. Dans une émouvante entrée en matière, Reynald André Chalard revient sur l’événement que fut pour le très jeune homme qu’il était alors, la lecture du livre de Jaccottet, L’ignorant pour les besoins d’un « concours difficile ». Dans un contexte de lectures et d’études dominé par les « voleurs de feu », Hugo, Baudelaire, Rimbaud, etc. Avec toutes les conséquences qu’elle put avoir sur le plan de sa pensée, de son approche théorique de la poésie et même de sa vie.
La relation de l’entretien m’a semblé un peu moins probante (éternelle problématique de la transcription de ces rencontres lecteur /écrivain !). Ici peu de découvertes de fond à faire concernant Jaccottet mais de nouvelles formulations, à glaner avec bonheur, de points de vue, d’idées, permettant de retrouver, très présent dans ces pages, celui qui se définit lui-même comme « d’une nature pleine de doutes et de tâtonnements » (25). A noter aussi pour l’histoire littéraire, un passage intéressant sur les rapports de Jaccottet avec Ponge et son jugement sur l’œuvre de ce dernier. Les principales questions ont porté sur la traduction et le statut de l’image ainsi que sur « l’expérience du sacré » : « il y a eu comme de petites épiphanies inattendues [...] On n’est pas allé se promener en attendant de rencontre des anciens dieux… C’est sorti du sol comme cela, beaucoup du jeu de la lumière sur les choses » (50).
Un livre discret, pudique, très jacottien, au fond…..
©ft

Philippe Jaccottet, De la poésie, entretien avec Reynald André Chalard, Arléa, 2005, 11 €,
(ISBN 2-86959-694-4)

mardi 19 avril 2005

Valérie Rouzeau, Récipients d'air

190405rouzeauDu titre au contenu (récipients d’air) les jeux de mots, les jeux avec les mots se propagent, comme des ricochets que l’on ferait avec un caillou retiré à sa chaussure. Sautant à cloche-pied d’un registre à l’autre, du grave au facétieux, du calembour (dont on sait depuis le bon docteur F. le rapport avec l’inconscient) à une de ces bifurcations prenant appui sur un seul mot dont Valérie Rouzeau a le secret depuis ses premiers livres (et sans doute bien en amont, depuis l’enfance). Jeux avec les formes aussi puisque dans ce très bref recueil d’une trentaine de pièces, on trouve pas moins de trois villanelles. Sans parler des « incrustations » de Baudelaire, Apollinaire ou Péguy.
Comme si l’enfance sans cesse affleurait aux mots, avec son pendant (et son penchant), l’étonnement sur ces mots, cailloux ou bonbons qui agacent ou enchantent les dents.
Récipients d’air est le fruit d’une correspondance entre Valérie Rouzeau et Vincent Vergone (metteur en scène et plasticien), autour d’un spectacle « Lettres en l’air » donné depuis de début de 2005.

Valérie Rouzeau, Récipients d’air, , dessins originaux de Vincent Vergone, Le Temps qu’il fait, 2005, ISBN 2.86853.428.7, 11 €

…je suis toujours enfant, je dessine avec soin de longs chemins de fer, et des bateaux dansant
(j’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans)
Mon beau navire ô ma mémoire
Il y a aussi un coucou en bois
Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches
(Mais l’espérance est une toute petite fille…)

La fiche de Valérie Rouzeau sur Poezibao
©florence trocmé

Apollinaire à livre ouvert

190405apollinaireC’est un double objectif que s’était fixé le colloque international Apollinaire, tenu à Prague du 8 au 12 mai 2002 et dont les actes viennent d’être publiés par l’Université Charles de Prague : rappeler la réception d’Apollinaire en Europe centrale et évoquer sa culture littéraire.C’est bien autour de cette double thématique, elle-même centrée sur le nom et l’image de Prague, que s’ordonnent les quinze contributions présentées dans ce recueil. La figure ainsi construite se compose de diverses facettes, vues souvent sous des angles très pointus mais dans une grande cohérence.Le livre s’ouvre par la communication d’un grand spécialiste d’Apollinaire, Michel Décaudin, disparu depuis la tenue du colloque et à qui il est rendu hommage. Intitulé Apollinaire et Prague, elle tente d’explorer quelques aspects encore peu analysés de l’influence sur le poète de son séjour dans la ville, en 1902. Au fil des interventions sont ensuite éclaircies quelques « similitudes » entre Apollinaire et Kafka (qui auraient pu se rencontrer), dressé un portrait de l’écrivain en lecteur préparant notamment un projet inabouti sur Raspoutine, interrogé le rapport du poète avec la musique, domaine difficile à explorer faute de traces tangibles dans l’œuvre mais dans lequel Guy Erismann s’aventure sur quelques pistes bien étayées (notamment en ce qui concerne l’articulation entre musique et théâtre).Enfin, comme un fil parcourant tout le colloque, le thème du Juif errant. Tant à partir du récit d’Apollinaire, Le passant de Prague, que via une exploration de ce « mythe » et de façon plus générale du rapport d’Apollinaire à la « judéité », dans un article passionnant de Kurt Roessler (professeur à l’université de Münster, en Allemagne).
©Florence Trocmé

Apollinaire à livre ouvert
, actes du colloque international tenu à Prague du 8 au 12 mai 2002.Université Charles de Prague
Cette note de lecture est également publiée sur le site fabula.org

Détail des communications
Michel Décaudin, Apollinaire et Prague
Louis Brunet, Réalité et illusion dans les récits d’Apollinaire et de Kafka, quelques similitudes
Pierre Caizergues, Lecture-écriture d’Apollinaire, l’exemple de Raspoutine
Claude Debon, Calligrammes, un livre nouveau : le manuscrit dans l’imprimé
Daniel Delbreil, Le livre dans les récits d’Apollinaire
Guy Erismann, La musique dans le sillage d’Apollinaire
Stéphane Gailly, L’œuvre d’Apollinaire dans l’imaginaire littéraire pragois
Elzbieta Grabska, l’ambivalence de la curiosité go-culturelle dans les écrits sur l’art d’Apollinaire
Etienne-Alain Hubert, Lilith poursuivie dans les livres
Catherine Moore, Apollinaire et les récits fantastiques de Théophile Gautier : l’écriture de la transgression
Alena Morávková, Les Mamelles de Tirésias de G. Apollinaire au Théâtre Libéré de Prague
Peter Read, Les Onze mille verges, livre secret, livre ouvert
Kurt Roessler, les juifs errants d’Apollinaire
Anna Saint-Leger Lucas, Palimpseste et masque dans le Bestiaire
Joseph Tollet, Entre plume et pinceau

samedi 16 avril 2005

Georges Henein, une surprenante actualité

Fondateur et animateur du groupe surréaliste en Egypte, Georges Henein est sans doute trop oublié aujourd’hui et il faut donc saluer l’initiative de la Nouvelle Revue Française qui dans son numéro 573 d’avril 2005 a confié à Pierre Vilar et Yves Leclair le soin de réaliser un dossier, (Re) découvrir Georges Henein , à l’occasion de la sortie du fort volume Œuvres chez Denoël.

Egyptien, né en 1914, Georges Henein écrit à partir de 1933 en français : de la poésie, en forme versifiée souvent litanique ou sous l’aspect de brefs récits saisissants (excellent exemple de cette manière dans le numéro, avec le récit Paris-Istambul), mais aussi le pamphlet et la chronique. Toujours Henein gardera sa liberté par rapport aux chapelles et aux coteries et agira en franc-tireur, assez peu soucieux de réunir ou structurer son œuvre dispersée, ce qui ne facilite pas la tâche de ceux qui veulent lui rendre justice. Il a néanmoins joué un rôle très important dans la constitution d’une avant-garde littéraire et artistique égyptienne d’expression française et pris part à plusieurs entreprises surréalistes françaises et internationales. Plus tard il devra quitter l’Egypte et il entamera une seconde carrière journalistique et littéraire à Paris, à la direction de Jeune Afrique puis à l’Express. Il meurt en 1973.

Le dossier de la NRF est très bien construit, une brève et claire introduction historique de Pierre Vilar encadrant avec un court mais dense essai de Yves Leclair quelques pages anthologiques tentant de rendre compte des trois aspects de l’œuvre de Henein. Dont Yves Leclair dit qu’il appartient « à cette fraternité modeste et hautaine des seigneurs rebelles, à cette légion d’honneur de ceux qui marchent sur la Tête ». Et dont il place l’œuvre sous le signe du sable « le sable [qui] fut l’alpha et l’oméga de son parcours [...] L’homme, ses œuvres, quels qu’ils furent, Prométhée ou Sisyphe : quelques poignées de sable sur le grand jeu des pistes…  »  Henein qu’il compare aussi à un « chat qui dort dans son silence subversif », « tôt habitué à remettre en question toutes les frontières de langue et de culture, tous les enfermements, toutes les patries, tous les conforts de l’esprit » ce qu’il démontre de façon évidente en parcourant l’anti-carrière de l’écrivain avec « ce refus viscéral d’être un assis ». D’où le rôle qu’il lui accorde, celui de veilleur ou de vigie susceptible d’ouvrir les horizons bouchés, les portes de prison pour « voir au-delà du visible qui n’est le plus souvent qu’une convention »

Dans cette même livraison de la NRF, on peut signaler aussi plusieurs notes de lecture de poésie, à propos des livres récents de Jacques Réda, (L’adoption du système métrique), de Jude Stefan (Caprices), d’Annie Le Brun (Ombre pour ombre), de Lionel Ray (Matière de nuit), de Venus Khoury-Ghata (Quelle est la nuit parmi les nuits) et de Jacques Ancet (La dernière phrase).

©florence trocmé

La Transparence de Gérard Pfister

160405pfisterLa Transparence, un titre-programme véritablement pour ce nouveau livre que publie aujourd’hui Gérard Pfister, comme s’il s’effaçait derrière les quelques thèmes qui s’entrelacent ici : la fleur, l’enfant, la source, le souffle, le fruit, une poignée d’adjectifs, de verbes et de noms qui ouvrent les seize séquences qui composent le recueil et qui tels autant de cours d’eau convergent vers la coda, un seul passage.
Fragiles esquifs en effet que les mots et les textes ici assemblés dans un monde paradoxal qui évoque puissamment l’univers des mystiques, où les certitudes se brouillent, entre désespoir et sagesse. La pensée, aphoristique, semblant « battre » osciller d’un pôle à l’autre, de vide à plein, entre présence et absence, entre néant irrémédiable et sentiment du divin, avec parfois en filigrane une évocation christique. Chaque poème est aussi comme la matérialisation d’un mouvement, descente, montée, écoulement…..

Dans le fruit

la gloire
de la sève,

la fragilité
de la semence,

le don
parfait

et la mort de la fleur.

Apparaît ainsi, alors même que l’auteur se fait transparent en ces pages où le tu désigne un impersonnel, soi-même peut-être ou l’alter ego, la cohérence de la démarche de Gérard Pfister, dont il faut rappeler qu’il est à la fois poète et éditeur. Qu’il se consacre sans relâche à faire connaître depuis trente ans, via sa maison d’édition Arfuyen des œuvres rares, exigeantes, telles celles de Vincent La Soudière, Roger Munier, Alain Sueid, Jean Kahn Dessertenne, Margherita Guidacci, Leonardo Sinisgalli, Maître Eckart (Gérard Pfister est aussi traducteur de l’italien, de l’allemand, de l’anglais et du turc).
Gérard Pfister, La Transparence, Arfuyen, 13, 5 €,  ISBN 2 84590 065 1
©florence trocmé

vendredi 01 avril 2005

Parution : Gianni D’Elia, Congé de la vieille Olivetti

010405couv_conge_olivetti“ Certes, / ma génération a rêvé : mais elle a rêvé / mal, sans savoir qu’elle rêvait, sans la conscience, la culture / et la poésie qui sont nécessaires au rêve / pour qu’il ne devienne pas cauchemar… ” La poésie de Gianni D’Elia est placée tout entière sous le signe de la déception et de la désillusion politiques, deux termes qui confluent en italien dans le mot delusione, titre du poema, le long poème, qu’il publia en 1991. Soucieux, comme l’était Pasolini, du dialogue entre la poésie de langue nationale et une création poétique en dialecte, D’Elia se réclame encore davantage de l’auteur de Théorème lorsqu’il pratique lui-même une poésie “ civile ”, non pas “ engagée ”, occupée à transcrire obstinément les heures d’une histoire personnelle et collective, dans l’espoir, souvent rageur, qu’un lien véritable subsiste, en dehors du poème, entre ces deux sphères.
Un autre versant de sa production dialogue avec Franco Fortini bien davantage qu’avec Pasolini : ce sont alors des compositions dont l’exigence plastique et la ferme scansion évoquent un classicisme que rongerait encore la courbe baroque. Souvent constitués de trois quatrains riches en hendécasyllabes et septénaires, ces poèmes conservent, du ton oraculaire fortinien, une prédisposition à l’allégorie, un âpre travail de la syntaxe, mais l’amertume n’y est plus prophétique, simplement automnale et méditative, capable de secrètes résistances et d’imprécations contrôlées. “ Dans le bruissement des feuilles sèches / on entendait certes l’écho des luttes passées, / de toutes les beautés escomptées, / l’étreinte juvénile accueillant / toutes choses qui furent et ne furent pas… ” C’est l’action, et l’énigme de son utopie, que D’Elia, dans ces strophes nettes et sourdes, soumet au lent travail du deuil.
Congé de la vieille Olivetti, paru aux éditions Einaudi en 1996, s’organise autour d’un dialogue - celui du poète et de sa machine à écrire - qui devient lecture du présent et du passé dans le souvenir de quelques maîtres (notamment le poète et critique Franco Fortini, auquel on doit d’avoir inventé, dans les années cinquante, alors qu’il était un des collaborateurs de la firme Olivetti, le nom Lettera 32 que porte la machine en question). Mais on peut voir aussi dans Congé un art poétique en forme de bilan existentiel, historique et générationnel.
Retrouver l’intégralité de cet article de Bernard Simeone sur le site des éditions Comp’Act où l’on peut aussi consulter une fiche avec cinq poèmes du recueil (présentation bilingue).
Gianni D’Elia, Congé de la vieille Olivetti
Édition bilingue (italien - français)
Introduction et traduction de Bernard Simeone
Poésie
Collection La Polygraphe
ISBN 2-87661-336-0
192 pages, 15 x 21 cm, 21 €

Parution : revue Décharge, n° 125

010405dechargeCOMME LE FEU D’UN RENARD
Je ne dors pas
j’attends l’aube
qui défait les fantômes de la nuit

mots sans mémoire
qui si bien se diluent
dans le désordre du poème

comme le feu d’un renard
à l’anarchie des buissons
confondu

D’un renard qui doit
sa vitesse à la peur ;
Serge Wellens, in Décharge n° 125, p. 33.

Numéro 125 mais aussi 25e année de parution pour la revue Décharge. Au sommaire de ce numéro édité par L’idée bleue (ex-le Dé bleu), Pierre Autin-Grenier à l’occasion de la parution de son troisième livre en Folio, les Radis bleus et entre autres, des textes de Alain Guillard, Yves-Jacques Bouin, Serge Wellens, Jacques-François Piquet, des articles sur le Printemps de Durcet, peinture et poésie (par Luce Guilbaud), la collection Polder co-éditée par Décharge et Gros texte.
Luce Guilbaud est l’auteur des illustrations de première et de quatrième de couverture.
FT

Décharge n° 125, mars 2005, 6 euros.

samedi 26 mars 2005

Parution : Mais une galaxie de Mathieu Bénézet

260305benezetmais_une_galaxie« Le nom d’Isolde est maintenant dans l’épaisseur et dans la profondeur du corps il appartient à la nuit au silence du corps à quoi il se voue désormais pour avoir trop parlé livré au pouvoir le nom qu’il eût dû celer sous la dalle »
Mathieu Bénézet, Mais une galaxie, p. 18.

Obisidane & le Temps qu’il fait viennent de co-publier Mais une galaxie, fort recueil anthologique de plus de trois cents pages du poète Mathieu Bénézet. Ce quatrième volume de la collection Les Analectes traverse toute l’œuvre du poète de Dits et récits du mortel (1977) jusqu’à L’aphonie de Hegel, publié en 2000. Il fait suite au volume rétrospectif Et nous n’apprîmes rien, qui regroupe les livres écrits avant la trentième année.
La présente anthologie a été composée par l’auteur. On peut y lire des pages de Fin de l’homme, de l’Ode à la poésie ou de Le travail d’amour. Mathieu Bénézet qui dit ne pas pouvoir se résoudre au commandement qui enjoint à Orphée de ne pas se retourne : «  tu veux Orphée et Euridyce. Tu ne désires ni concilier ni, dis-tu, réconcilier, mettre ensemble et faire de ce chant au bord de la mort un chant de vie ». Avec le désir d’inscrire sa poésie dans le sillage des poètes qui depuis toujours l’accompagnent : Hugo, Rimbaud, Mallarmé, Ghil, Breton, Aragon, Frénaud.

Mathieu Bénézet est né en 1946 à Perpignan. Il vit et travaille à Paris où il dirige notamment depuis 15 ans l’Atelier de Création radiophonique de France Culture. Il a publié notamment
Dits et récits du mortel, Flammarion, 1976
Votre solitude, Seghers, 1988
Moi, Mathieu Bas-Vignon, fils de…., Actes Sud, 1999
L’aphonie de Hegel, Obsidiane, 2000
Et nous n’apprîmes rien, Flammarion, 2002
Images vraies, le préau des Collines, 2003
Tancrède, Léo Scheer, 2004
Ceci est mon corps, Léo Scheer, 2005
Mais une galaxie, une anthologie, 1977-2000, Obsidiane & le Temps qu’il fait, 2005.
Une bibliographie beaucoup plus complète
Un texte de Mathieu Bénézet sur le site de Jean-Michel Maulpoix
La présentation de Mais une galaxie sur le site de l’éditeur le Temps qu’il fait

mercredi 16 mars 2005

Parution : la revue le nouveau recueil fête ses vingt ans

160305nouveau_recueilLe nouveau recueil, « revue trimestrielle de littérature et de critique » fête aujourd’hui ses vingt ans. Double anniversaire en fait, selon la courte introduction de Jean-Michel Maulpoix, son directeur. En 1984 en effet était fondé Recueil devenu le nouveau Recueil en 1995. Longévité magnifique de cette revue si l’on pense que « pendant toutes ces années, l’état et la forme du monde ont changé bien plus qu’elle ! Plus brutale est "l’époque", plus incertain le sort des livres et plus menacée la pensée. De sorte que le geste – qui naguère semblait à peu de chose près aller de soi – consistant à solliciter et à réunir des textes exigeants, est à présent perçu comme une forme de résistance… »

Elle est trop courte au demeurant cette introduction de Jean-Michel Maulpoix dont on aurait aimé qu’ici il retrace un peu l’histoire de la revue, qu’il évoque ses plus grands contributeurs, qu’il dégage quelques perspectives comme il sait le faire dans ses livres ou sur son site.

En revanche, riche de plus de trois cents pages, ce numéro est d’une grande générosité avec des textes de 43 écrivains parmi lesquels Jacques Réda, Yves Bonnefoy, Marie-Claire Bancquart, Antoine Emaz, Michel Deguy, Marilyn Hacker, Marie Etienne, Fabienne Courtade, Jean-Pierre Verheggen, Christian Prigent.

Impossible donc de détailler toutes ces contributions. Dire, évoquer simplement la découverte d’une Judith Chavanne ou d’un Jean-Marc Sourdillon, le coup de poing de deux ou trois poèmes d’Alain Duault, les retrouvailles avec Marie-Claire Bancquart, l’émoi et le dénuement d’un Emaz ou d’une Fabienne Courtade (devant la mort, l’un comme l’autre), les réflexions sur la poésie de Michel Deguy ou de Lionel Ray, ou encore les désopilantes variations sur le personnage de Tintin signées Jean-Pierre Verheggen.
©florence trocmé

mardi 15 mars 2005

Parution : Poésie, 404

150305armenlubinComment dire qu’il y a des poètes à sauver de l’oubli. Comment affirmer que leurs poèmes manquent à la rumeur du monde ? Comment leur faire à nouveau place alors que du temps a passé, que les enjeux – politiques, esthétiques, spirituels – ont changé ? Publier Armen Lubin aujourd’hui, c’est en fait relever des défis de cette sorte. Ce que fait Jacques Réda ici, préfaçant ce quatre cent quatrième livre de la collection Poésie/Gallimard en proposant d’Armen Lubin un portrait en « dépanneur poétique ».

Le présent recueil regroupe les trois livres parus chez Gallimard, Le passager clandestin (1946) , Sainte Patience (1951) et Les hautes terrasses (1957). Il est complété par les poèmes de l’anthologie personnelle de l’auteur Feux contre feux (Grasset, 1968, épuisé) qui ne figuraient pas dans les trois recueils Gallimard et par les premières versions des poèmes qui ont été les plus remaniés.

N’ayant plus de maison ni logis
Plus de chambre où me mettre,
Je me suis fabriqué une fenêtre
Sans rien autour
Les hautes terrasses, p. 137.

en savoir plus sur Armen Lubin

jeudi 10 mars 2005

Passeurs de mémoire : a "work in progress" ?

100305passeurs_velterHier soir, 9 mars 2005, au Palais-Bar dans le Xe arrondissement de Paris, André Velter et Jean-Baptiste Para présentaient, en présence de Jean-Pierre Verheggen et de Zéno Bianu , le recueil Passeurs de mémoire, publié dans la collection Poésie/Gallimard à l’occasion de ce Printemps des Poètes (voir l’article que j’ai consacré à la présentation succincte de ce recueil en attendant une note de lecture plus détaillée).

Évènement qui somme toute aurait pu avoir quelque chose de circonstanciel et de banal n’étaient les idées et perspectives qui ont été soulevées et ouvertes.

André Velter a raconté succinctement l’histoire du projet : il s’agissait de demander à un poète contemporain de choisir un poète du passé (de l’Antiquité à Apollinaire), de le présenter et de sélectionner quelques extraits de son œuvre. Première surprise pour les maîtres d’œuvre du projet : le « taux de réponse » très élevé. A peine 50 demandes pour 43 réponses. Seconde surprise, un seul doublon. Troisième surprise, l’originalité des choix et le fait que certains des poètes choisis sont très peu connus. Quatrième surprise : le très grand intérêt des présentations écrites par des poètes pourtant très différents mais dont la plupart, loin de l’exercice convenu de type scolaire ou universitaire, se sont impliqués profondément dans leur texte pour dire les raisons personnelles, par rapport à leur vie et à leur écriture, de leur choix. Dernière surprise enfin, la répartition des poètes choisis, avec une forte représentation de la fin du Moyen-Age et de la Renaissance, au détriment du « cœur romantique ». André Velter souligne au passage que tous ces choix, -poètes et époques- reflètent bien l’esprit de la collection Poésie/Gallimard qui associe des « canoniques » à des écrivains beaucoup moins connus. Parmi les alliances inattendues sont citées celle de Valérie Rouzeau avec Agrippa d’Aubigné, de Sophie Loizeau avec Pierre Louÿs ou encore celle de Franck Venaille avec Jules Laforgue ce qui fait dire à Jean-Baptiste Para que cela lui a permis de découvrir une « note laforguienne » chez Venaille !

100305passeursparaOn est donc loin du recueil de circonstances, plus ou moins « biodégradable ». D’où l’idée évoquée d’une pérennisation en une sorte de « feuilleton permanent ». Il s’agirait de s’appuyer sur les poètes pour faire connaître les poètes du passé afin de pouvoir ainsi, selon la belle expression de Jean-Baptiste Para « maintenir notre vie sur un chemin de métamorphose ».

Il y a une dimension éthique et esthétique dans ce projet qui va à contre-courant d’une tyrannie du présent et du « mutisme et de la décrépitude de la fonction critique » : il ne faut pas « céder un pouce de ce cœur poétique là ». Avec une dimension pédagogique, étant entendu que les poètes ont à dire sur la poésie des choses différentes mais complémentaires de ce peuvent dire les professeurs, parce qu’ils les lisent à partir de leurs propres préoccupations. Il y a dans cette idée de faire des poètes d’aujourd’hui des passeurs de mémoire une profondeur qui fait souhaiter qu’elle ne soit pas l’idée d’une seule saison : « les poètes contemporains ce sont les poètes qu’on lit. Qu’ils aient vingt siècles ou un jour ».

 

100305passeurs_bianu100305passeurs_verheggenAu terme de cet échange, Zéno Bianu a lu quelques haïku de Kobayashi Issa (1763-1827) puis Jean-Pierre Verheggen a évoqué Hélinand de Froidmont (1160-1229)

 

                                                                                                                                       Et nous, spectateurs, de rêver à une assemblée des 86 poètes présents dans Passeurs de mémoire, à la manière de l’École d’Athènes, la toile de Raphaël.

©florence trocmé – 2005
photos florence trocmé, de haut en bas André Velter, Jean-Baptiste Para, Zéno Bianu (à gauche) et Jean-Pierre Verheggen (à droite).

jeudi 03 mars 2005

Parution : la revue Europe consacrée aux Formalistes russes

030305formalistesrusses_1Le numéro de mars 2005 de la revue Europe est dédié aux Formalistes russes. Ainsi nommés, contre leur gré, ils comptaient notamment dans leurs rangs Viktor Chklovski (1893-1984), Boris Eichenbaum (1886-1959) et Iouri Tynianov (1894-1943) « titans de la pensée en théorie de la littérature » mais aussi écrivains d’envergure sur lesquels a choisi de se focaliser la revue. Ils furent découverts dès 1960 grâce à Roman Jakobson. On leur doit non seulement une œuvre riche propre à chacun mais également une correspondance qui est un « monument épistolaire souvent éblouissant ».

Ce « trio prodigieux » reste peu connu du public et on ne peut que se féliciter de voir la revue Europe faire œuvre utile une fois de plus en braquant sur eux le projecteur, au moment où le Salon du livre met la littérature russe sur le devant de la scène. La même revue offre également un texte de Pouchkine, un court essai sur deux pièces de Tchekhov et un dossier sur la jeune poésie russe (Pavlova, Oulanov, Krouglov, Sen-Senkov, Kouzmine, Lvovski, Lavout, Ryzji, Medvedev, Barskova, Davidov et Gatina et consacre sa section Dires et débats à la révolution de 1905.

NB : sur la couverture du numéro, dessin de Malevitch pour un costume d’opéra.

Rappel : un DVD contenant la collection complète d’Europe 1923-2000 est disponible. On peut en consulter une présentation sur le site de la revue
FT

Parution : la revue cahier critique de poésie 8

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Le cahier critique de poésie, alias CCP, numéro 8 est paru ! D’un jaune lumineux et fort de 280 pages entièrement dédiées à la poésie. Émanation du Centre international de poésie de Marseille (cipM) qui accomplit un travail considérable en faveur de la poésie, édité par Farrago, ce huitième Cahier critique de poésie s’ouvre par un gros dossier Jacques Roubaud. Au sommaire notamment un entretien entre Jacques Roubaud et Eric Audinet, un texte de Inês Oseki-Dépré sur Jacques Roubaud traducteur (me trompé-je ou avons-nous déjà rencontré cette Inês dans un des tomes de Le grand Incendie de Londres ?), et une très importante contribution de Jacques Roubaud lui-même. Suit la longue section habituellement consacrée aux recensions de tous les ouvrages de poésie parus dans les derniers mois, recensions qui se signalent autant par la qualité de leurs signataires que par leur objet propre, avec environ deux cents auteurs différents cités, ce qui montre le souci du CCP d’explorer en profondeur le champ de la poésie au cours des six derniers mois. Sont aussi passées en…revue plus d’une trentaine de revues.

Rappelons que le C C P, cahier critique de poésie paraît deux fois par an et propose un panorama complet sur l’activité dans le domaine de la poésie.
• Un dossier critique consacré à un auteur.
• Des critiques, des études et des notes de lecture sur les livres de poésie parus durant le semestre précédent.
• Une recension critique de nombreuses revues de poésie.
• Des chroniques sur les manifestations ; les sites internet ; la musique ; les expositions ; les ventes aux enchères ; la poésie électronique ; les livres pour la jeunesse ; les
libraires; Anagnoste.
• Une liste de livres également parus.
• Des index qui permettent de retrouver facilement les auteurs étudiés, les auteurs des articles, les revues.

CCP, cahier critique de poésie, 8 (2003 / 2), centre international de poésie Marseille, farrago, 2004, 15 €, abonnement (2 numéros par ans), 25 €.
Le site du centre international de poésie de Marseille
FT

mardi 01 mars 2005

Parution : Passeurs de mémoire en Poésie / Gallimard

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Dans le cadre du Printemps des Poètes, la collection Poésie /Gallimard publie ce recueil collectif hors-série (il sera en librairie le 10 mars 2005). Sous le beau titre de Passeurs de mémoire qui est aussi celui donné à toute la manifestation Printemps des Poètes, il propose de parcourir l’histoire de la poésie de l’Antiquité à l’aube du XXe siècle. Mais l’idée force, très originale, a consisté à demander à 43 poètes d’aujourd’hui de choisir chacun un poète des temps passés, selon le principe des affinités électives. Comme le dit Jean-Baptiste Para dans sa préface « il s’agit moins d’une anthologie que d’une œuvre polyphonique où se tissent ensemble les liens de mémoire et cet aspect essentiel de l’activité poétique que l’on pourrait appeler "la quête du moderne dans le passé" ».

Quelques « couples » présents dans ce très beau livre : Virgile et Claude Esteban, Ovide et Marie-Claire Bancquart, Dante et Dominique Fourcade, , Etienne Jodelle et Michel Deguy, Agrippa d’Aubigné et Valérie Rouzeau, Bashô et Albane Gellé, Leopardi et Bonnefoy, Whitman et Juliet, Rimbaud et Butor, Jarry et Prigent…… ; pour chaque poète du passé, une courte introduction et une sélection de textes

Passeurs de mémoire, de Théocrite à Alfred Jarry, la poésie de toujours lue par 43 poètes d’aujourd’hui, édition de Jean-Baptiste Para, Hors série Poésie / Gallimard, en coédition avec le Printemps des poètes, 384 pages, 6 €.
ISBN : 2-07-030772-7
FT

dimanche 13 février 2005

Parution : W.H. Auden, poésies choisies

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Il est très fort Guy Goffette ! Pour parler d’Auden, il n’a pas son pareil. Après Auden ou l’œil de la baleine*, c’est un vrai bonheur de le retrouver dans la préface du recueil Auden qui vient de sortir en Poésie/Gallimard (W.H. Auden, Poésies choisies*, c’est le numéro 401 et je pense à cette amie qui me disait rêver de posséder l’intégralité de la collection, rêve que je partage avec elle !). En quelques phrases, Goffette campe le personnage et sa problématique. En une « tourne », on passe de Auden « lutin, farfadet, gai luron » qui « met l’élégie en pièces et faite de la poésie réaliste et clinique » à celui qui au cours d’un voyage en Islande « sur les traces des elfes ses ancêtres » fait l’expérience de sa vie, un massacre de baleines qui soudain lui révèle, chemin de Damas à l’envers en quelque sorte, « la froide férocité de l’espèce humaine », férocité dont il prendra mieux conscience encore l’année suivante dans l’Espagne de 1937 du côté des Brigades internationales, au milieu des Rouges qui s’entre-tuent : « Adieu Marx, adieu slogans, adieux amis : voici venu le temps où le poème ne peut plus rien », démontre en un raccourci saisissant Goffette. Auden quitte alors l’Europe pour les États-Unis, revient à la religion de ses pères et se retrouve le cœur brisé mais « libre et chantant ». Intérêt de la démonstration de Goffette : elle donne les clés de la double orientation de l’œuvre, « la première à gauche toute », la seconde « ironique, métaphysique, pacifiée, virtuose »…. ; ironie aussi de la réception en France d’Auden, considéré longtemps comme un « nain » mais découvert via Quatre mariages et un enterrement, le film où l’on entend un de ses plus beaux poèmes (j'en publie un extrait dans l'almanach du lundi 14 février), adieu de l’amant à l’ami brutalement décédé ! La préface de Goffette est complétée, épaulée par une étude plus classique de Claude Guillot.

Il ne reste plus qu’à plonger dans la poésie d’Auden.
A la suite de Goffette puisque je choisis cet extrait du poème qui le sauva et qui est au cœur de son récent récit autour d’Auden*.

Dans l’Icare de Bruegel, par exemple : comme tout se détourne
De la catastrophe sans se presser : le laboureur a pu entendre
Le floc dans l’eau, le cri de désespoir
Mais pour lui ce n’étais pas un échec important ; le soleil brillait
Comme il devait sur la blancheur des jambes disparaissant dans l’eau verte,
Et le coûteux, le délicat navire qui avait dû voir
Quelque chose de stupéfiant, un garçon précipité du ciel,
Avait quelque part où aller et poursuivait tranquillement sa course. (54)

In Brueghel's Icarus, for instance: how everything turns away
Quite leisurely from the disaster; the ploughman may
Have heard the splash, the forsaken cry,
But for him it was not an important failure; the sun shone
As it had to on the white legs disappearing into the green
Water; and the expensive delicate ship that must have seen
Something amazing, a boy falling out of the sky,
Had somewhere to get to and sailed calmly on.

Ecouter ce poème en anglais

©florence trocmé

*W.H. Auden, Poésies choisies, préface de Guy Goffette, traduction de Jean Lambert, Poésie/Gallimard, 2005. ISBN 2-07-031737-4
*Guy Goffette, Auden ou l’œil de la baleine, Gallimard 2005. ISBN 2-07-077335-3

mardi 01 février 2005

Aux Editions Obsidiane

010205obsidianebnacquart_1 010205obsidianerevue010205obsidianedubostTriple parution aux Editions Obsidiane.
Marie-Claire Bancquart, Avec la mort, quartier d'orange entre les dents (2-911914-84-8, 15 €))
Jean-Pascal Dubost, Monstres morts (2-911914-81-3, 15 €)
et la revue Agotem, numéro 2, Poétes francographes ?  avec au sommaire Roger Little, Pierre Grouix, Nimrod, Jean-Pierre Vallotton, Eugène Dervain, Max de Carvalho, Dimitri T. Analis, Louis-Philippe Dalembert, Abderrahmane Djelfaoui, Rodica Draghincescu, Mohamed Laokira, Mikhaïl Mitsakis, François Tétreau, Athanase Vantchev de Thracy.

jeudi 20 janvier 2005

Vient de paraître : Goffette et Auden

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L’écrivain Guy Goffette vient de publier dans la collection L’un et l’autre, chez Gallimard, Auden ou l’œil de la baleine.

« Je ne pouvais imaginer que vingt ans de ma vie allaient d’un coup me remonter à la tête quand je découvrirais le visage de l’homme qui avait en quelque sorte changé le cours de mon existence ; et que cet homme dans la neige, non seulement je ne l’avais jamais vu et ne le rencontrerais jamais, puisque Wystan Auden est mort en 1973, mais je ne m’étais même pas soucié d’en apprendre davantage sur lui, et son nom même, je l’avais laissé peu à peu s’endormir dans ma mémoire à l’ombre du seul poème de lui comme un arbre qui me portait sur l’amer des jours.
Pas étonnant que je l’aie pris pour une baleine.
G.G. (rabat de couverture du livre)

Note de lecture à venir ultérieurement.

Guy Goffette
Auden ou l’œil de la baleine
Gallimard, 2005-01-20 17,50 €
isbn :  2-07-077335-3

lundi 10 janvier 2005

Franck André Jamme, La récitation de l'oubli

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Franck André Jamme
La récitation de l’oubli
Flammarion, 2004
isbn : 2080687174

La cime et le fond ne diffèrent. Sauvés,
perdus et le contraire, nous resterons les
égarés. Ce qui n’a pas encore de nom
viendra. Amande offerte, promesse devenue
vivante. Plus tard, quelquefois, le partage.

Franck André Jamme, Absence de résidence et pratique du songe, in La récitation de l’oubli, Flammarion, 2004, p. 99.

Note de l’éditeur : faite de courts paragraphes d’une étonnante densité, la poésie de Franck André Jamme développe une tension constante entre une narration qui semble viser à une sorte de neutralité et l’enchaînement des visions froides qui le hantent – ou dont elle est traversée. Des contrées ici dépeintes – et des créatures de lumière qui les peuplent – émane cette certitude venue des songes que l’écriture sait fixer sans en dissiper le trouble, ni l’énigme essentielle. Sous la fine surface de ce qu’il montre, le poème suggère une présence plus indécise : dans le vertige ou le vacillement du réel ;

La Récitation de l’oubli redonne à lire les premiers poèmes en prose de Frank André Jamme, autrefois réunis chez Granit (1985) et Fata Morgana (1986). A cet ensemble inaugural, épuisé depuis longtemps, l’auteur a adjoint un titre plus récent, paru chez Unes en 1998.

Le poète Franck André Jamme est né en 1947. Traducteur du poète bengali Lokenath Bhattacharya et éditeur de René Char dans la Pléiade, il a beaucoup voyagé, notamment aux Etats-Unis et en Inde, où il a effectué d’importantes collectes de peintures brutes, tantriques et tribale.
Plus d’informations bibliographiques sur le site du Centre international de Poésie de Marseille
Bibliographie
L’Ombre des biens à venir, Thierry Bouchard, 1981.
Absence de résidence et pratique du songe, Granit, 1985.
La Récitation de l’oubli, Fata Morgana, 1986.
Pour les simples, Fata Morgana, 1987.
Bois de lune, Fata Morgana, 1990.
De la multiplication des brèches et des obstacles, Fata Morgana, 1993.
Un Diamant sans étonnement, Unes, 1998.
Encore une attaque silencieuse, Unes, 1999.
L’Avantage de la parole, Unes, 1999.
La récitation de l’oubli, Flammarion 2004
Extraits de la vie du scarabée, Melville, 2004.
Près d’une cinquantaine de tirages limités, la plupart illustrés par des peintres : Nicolas Alquin, Pierre André Benoit, François Bouillon, James Brown, Francesca Chandon, Marc Couturier, Olivier Debré, Suzan Frecon, Monique Frydman, Madame Ladho, Marcel Miracle, Valérie-Catherine Richez, Raja Babu Sharma, tantriques anonymes, Richard Texier, Jan Voss, Acharya Vyakul, Yang Jiechang, Zao Wou-Ki, Jean Zuber...
et quelques poèmes musicaux et livrets avec Frank Royon Le Mée, Steve Lacy et Claire Renard – cette dernière pour l’opéra Col Canto, créé en 1995.
Traductions :
Le Danseur de cour, Les Marches du vide, Débris reconstruits, La Danse et Dieu à quatre têtes de Lokenath Bhattacharya (du bengali, avec l’aide de l’auteur, chez Granit et Fata Morgana, entre 1985 et 1993 ; les deux premiers titres repris en 2000 chez Gallimard).
Vie invisible de Udayan Vajpeyi (du hindi, avec l’aide de l’auteur, Cheyne éditeur, 2001).
Trois poèmes de John Ashbery, en cours.

jeudi 06 janvier 2005

Pierre Jean Jouve

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« J’ai dû en somme me confier toujours à la puissance affective de mon lecteur, chaque fois que l’expression élucidée était impossible »*

Pierre Jean Jouve est à l’honneur en ce début d’année 2005 avec deux parutions importantes. Un nouveau recueil dans la très belle collection dirigée par Zéno Bianu chez l’éditeur Jean Michel Place : Pierre Jean Jouve, l’Homme grave, un essai et une anthologie signés Franck Venaille, selon le principe de la collection qui consiste à demander à un poète d’écrire sur un autre poète.

La revue Europe dans le même temps a choisi Pierre Jean Jouve comme sujet principal de son numéro de novembre-décembre 2004 avec notamment des contributions de Salah Stétié ou Bernard Vargaftig ainsi que de Franck Venaille ici encore.
Second dossier de ce numéro, Psychanalyste et écrivain ? :  thème d'autant plus pertinent que Jouve fut marqué par la psychanalyse et que son épouse Blanche Reverchon-Jouve était analyste. On peut y lire en particulier des articles de Michel Schneider ou Jean-Bertrand Pontalis, avec en contrepoint quelques pages tirées de l’Enfant bleu, que Henry Bauchau a publié récemment chez Actes Sud (Henry Bauchau qui fit une analyse avec Blanche Reverchon-Jouve !)

Je rendrai compte ultérieurement de façon plus approfondie de ces deux livres.

*PJJ, cité par Audrey Large, in Europe p. 96
©Florence Trocmé




jeudi 30 décembre 2004

Hölderlin

 

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La tour où vécut Hölderlin, les trente dernières années de sa vie
"on le logea à Tübingen, dans une petite chambre au-dessus du Neckar"
(Michèle Desbordes)

A signaler une double parution à propos de Hölderlin chez l’éditrice Laurence Teper
Dans le temps qu’il marchait est un recueil de deux textes de Michèle Desbordes dont l’un est une sorte de portrait du poète et le second un long poème narratif évoquant le retour du poète en Allemagne et sa longue marche de Bordeaux à Nürtingen. Deux textes liés par une thématique commune, la fin des choses, la hantise du temps, la lente répétition des jours, la solitude et le silence.
Laurence Teper publie parallèlement les Poèmes fluviaux de Hölederlin.  Il faut savoir en effet que non content de finir ses jours dans la tour du menuisier Zimmer sur le Neckar à Tübingen (voir photo), le poète aura toute sa vie longé, traversé, contemplé les grands fleuves, le Rhin, le Main, la Garonne et bien sûr le Neckar. Ces fleuves lui ont inspiré de nombreux vers. Véritable source d’énergie créatrice, la thématique du fleuve irrigue l’ensemble de la poésie hölederlinienne. C’est sur cette idée que Nicolas Waquet a choisi de regrouper les poèmes fluviaux de Hölderlin dont il propose ici une nouvelle traduction.

De Michèle Desbordes, on se souviendra du très beau livre La demande, évocation d’une relation entre un grand maître de la Renaissance (Léonard de Vinci) et une de ses servantes.

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©florence trocmé

jeudi 16 décembre 2004

Parution : Tomas Tranströmer

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photo Jacques Outin

L’éditeur le Castor Astral et Jacques Outin, traducteur, s’attachent depuis de nombreuses années déjà à faire connaître une œuvre poétique de premier plan, trop méconnue en France, celle de Tomas Tranströmer. Leur travail est également disponible aujourd’hui en édition de poche Poésie/Gallimard qui reprend l’essentiel de la traduction et des notes de l’édition 1996 de Le Castor Astral en l’enrichissant de quelques nouveaux textes.

Né en 1931 en Suède, où il vit aujourd’hui sur une île, à l’écart du monde et des médias, Tomas Tranströmer, psychologue de formation, a rédigé une quinzaine de recueils en cinquante ans d’écriture. Sur les premiers temps de sa vie, vient d’ailleurs d’être publié, au Castor Astral encore, Les souvenirs m’observent (Le Castor Astral, 2004).
Il a reçu de très nombreux prix et son nom est cité régulièrement pour le Prix Nobel de Littérature. Il est traduit en 55 langues.
Il a été victime en 1990 d’une attaque cérébrale qui le laissa en partie aphasique et hémiplégique. Il a néanmoins publié encore trois recueils depuis lors dont les 45 haïkus de La Grande Énigme (Le Castor Astral, 2004).

Une fiche sur le site de la librairie Decitre
Une fiche dans la Poéthèque du Printemps des poètes
Un article ancien de la revue le Matricule des Anges

Transtrmer_le_posie_gallimard le nouveau recueil paru en collection Poésie/Gallimard

mercredi 08 décembre 2004

Chat !

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Benoît Jacques

Depuis la première édition de Play it by ear, Benoît Jacques a publié une trentaine de livres auto-édités. Autant de petits cailloux pour une trajectoire originale riche en imprévus et bifurcations.

Parmi les nouveautés récentes, Chat !, un petit opuscule signé Laurent Grisel pour le texte et Benoît Jacques pour l’illustration. Du chat à l’homme, il n’y a que le chas d’un rêve. (ISBN : 2-9522190-1-X).

Benoît Jacques Books, 32 rue Raymond Frot 77690 Montigny-sur-Loing, 01 64 45 62 94, courriel : [email protected]

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samedi 04 décembre 2004

Horace, Odes

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Certes ce poète n'est pas précisément moderne ni contemporain, mais je rendrai compte régulièrement des diverses parutions de l'admirable collection Poésie/Gallimard qui en est à son 399e numéro ! Voici donc Odes de Horace, en édition bilingue, préface et traduction inédite de Claude-André Tabart.

Extrait du dossier : Né sous le signe de Mercure, en 65 avant J.-C., Horace devait toujours préférer l'assomption poétique à la gloire prosaïque des activités humaines. "Mainte ode exaltera le bonheur d'être au monde. Dilater l'instant, dissiper les peines. Cueillir le jour, en faire miroiter la tranquille évidence : de l'immédiateté qui comble en lui le sage, le poète fera son miel" (Claude-André Tabart).

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